Profil de recherche – Interventions adaptées à la culture
Adapter les programmes de prévention du suicide en partenariat avec les communautés autochtones.
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Dr Jitender Sareen
En bref
Qui : Dr Jitender Sareen, professeur de psychiatrie, Université du Manitoba.
Question : Les taux de suicide chez les préadolescents et les adolescents dans les communautés autochtones sont cinq fois plus élevés que ceux dans la population générale, et bon nombre de programmes de prévention ne tiennent pas compte des facteurs culturels.
Approche : L’équipe de prévention du suicide chez les Moskégons étudie les causes des taux élevés de suicide et tente de déterminer quel type de programme de prévention convient le mieux à leurs communautés.
Impact : Une meilleure compréhension des facteurs qui contribuent à des taux élevés de suicide et de la façon dont on doit s’attaquer à ces facteurs mènera à des programmes de prévention du suicide plus efficaces.
Les programmes visant à prévenir le suicide et à en réduire le nombre chez les jeunes Autochtones du Canada n’ont pas connu beaucoup de succès, en grande partie parce qu’ils n’ont pas été adaptés à la culture locale et que leur efficacité n’a pas été évaluée adéquatement.
Toutefois, des chercheurs conçoivent maintenant des programmes en partenariat avec des communautés autochtones qui, espérons-le, donneront de meilleurs résultats, estime le Dr Jitender Sareen, professeur de psychiatrie à l’Université du Manitoba.
Le Dr Sareen fait partie du groupe de recherche de l’équipe de prévention du suicide chez les Moskégons, formé de chercheurs universitaires, de soignants et de membres de la communauté du conseil tribal des Moskégons.
La nation des Moskégons est composée de huit communautés cries du Nord du Manitoba dont la population totale se chiffre à près de 11 000 personnes. La taille de ces communautés varie d’environ 300 à 3500 personnes.
Selon le Dr Sareen, les taux de suicide chez les préadolescents et les adolescents dans les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis sont cinq fois plus élevés que ceux dans la population générale au Canada, en raison entre autres de la perte d’identité culturelle, des taux élevés de pauvreté et de chômage, et de la violence.
La recherche de l’équipe du Dr Sareen montre que, chez les jeunes, d’autres facteurs contribuent au risque de suicide, dont l’ennui, le manque de supervision, le peu de relations avec les aînés de la communauté, et le fait de connaître d’autres jeunes qui se sont suicidés.
« Le fait de connaître d’autres jeunes qui se sont suicidés, surtout s’il s’agit de personnes qu’ils ont respectées, semble valider cette issue comme solution plutôt que d’obtenir de l’aide », mentionne le Dr Sareen. Un seul suicide dans une petite communauté peut bouleverser ses membres profondément et finir par toucher tout le monde.
« Les méthodes habituelles d’aide à la prévention du suicide consistent à se rendre dans les communautés pour repérer les personnes déprimées ou susceptibles de commettre un suicide, et à les aider individuellement », explique-t-il.
Il existe même des programmes de prévention du suicide normalisés, mais on ne sait pas vraiment s’ils sont efficaces. Dans l’un de ces programmes, formation appliquée en techniques d'intervention contre le suicide (ASIST), des membres des communautés triés sur le volet sont formés pour repérer ceux qui sont à risque et intervenir.
Toutefois, une étude pilote publiée récemment par le Dr Sareen et son équipe montre que le programme ASIST n’a pas été utile pour améliorer les techniques d’intervention contre le suicide dans les communautés cries.
« Nous constatons que travailler plus tôt auprès des familles et des jeunes produit plus d’impact que travailler seulement auprès des individus à risque », déclare le Dr Sareen.
L’équipe qui s’intéresse aux Moskégons évalue deux programmes qui utilisent cette approche et intègrent les traditions et les idées de la culture crie.
L’un de ceux-ci est un programme familial qui cible les familles ayant des enfants de 10 à 12 ans et qui fait intervenir les frères et sœurs, les parents, les grands-parents, et parfois même les tantes et les oncles. Il s’agit d’un programme de prévention universel qui est axé sur les facteurs de risque connus chez les individus, les familles et les communautés et qui s’attaque au problème avec les familles peu après son apparition. Ce programme permet essentiellement de trouver les participants à risque et d’impliquer toute la famille dans la gestion du problème.
Le programme comprend 14 séances et couvre les compétences parentales (pour tous les adultes qui élèvent les enfants), l’acquisition de connaissances sur la communauté et les traditions par des histoires ou d’autres activités, la communication, et plus encore.
L’approche de groupe vise à pallier le manque de relations entre les jeunes et les aînés, un facteur que les dirigeants de la communauté définissent comme problème.
Dans le second programme, intitulé Sources of Strength [sources de force], on enseigne aux jeunes adultes et aux pairs à repérer les jeunes à risque et à les aider. Le Dr Sareen soutient que, souvent, les jeunes n’écoutent pas les adultes, mais répondent mieux à des gens qui sont presque du même âge.
Jusqu’à maintenant, la réaction des participants aux deux programmes est très positive, et les taux de participation sont élevés, mais il faudra du temps pour connaître leur efficacité à long terme.
« Nous constatons que travailler plus tôt auprès des familles et des jeunes produit plus d’impact que travailler seulement auprès des individus à risque. »
– Dr Jitender Sareen, Université du Manitoba
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