Profil de recherche – La recherche au service des responsables des politiques

Un nouveau rapport sur la prévention du suicide contribuera à la création d’une stratégie nationale.

Retour à l'articles principal ]


Dre Kathryn Bennett

En bref

Qui : Dre Kathryn Bennett, professeure d’épidémiologie clinique et de biostatistique, Université McMaster.

Question : Le suicide figure parmi les principales causes de décès chez les jeunes Canadiens, et aucune stratégie nationale n’est en place pour s’attaquer au problème.

Approche : La Dre Bennett a préparé un rapport faisant état des recherches actuelles sur la prévention du suicide chez les jeunes.

Impact : Le rapport guidera les responsables des politiques dans l’élaboration d’un cadre national pour la prévention du suicide.

Grâce aux efforts d’une équipe formée des meilleurs chercheurs du pays dans le domaine du suicide, le Canada pourrait bientôt être doté d’une stratégie nationale de prévention du suicide fondée sur les plus récentes conclusions de recherche en santé.

La recherche a été réalisée dans le cadre du projet de loi C-300, Loi concernant l’établissement d’un cadre fédéral de prévention du suicide, présenté en réaction aux taux de suicide alarmants, surtout chez les jeunes, afin que le gouvernement fédéral établisse un cadre national à ce sujet. Le projet de loi a été adopté en février 2012.

« On estime à 10,5 le nombre de décès par suicide sur une population de 100 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans au Canada, ce qui en fait la deuxième cause de décès en importance pour ce groupe d’âge. De plus, jusqu’à 8 % des jeunes font une tentative de suicide », déclare la Dre Kathryn Bennett, professeure d’épidémiologie clinique et de biostatistique à l’Université McMaster et auteure principale du rapport intitulé Youth Suicide Prevention: Towards an Evidence Informed Action Plan for Canada [Prévention du suicide chez les jeunes : vers un plan d’action fondé sur des données probantes pour le Canada]. Ses collègues et elle ont préparé le rapport en réaction au projet de loi C-300, et ce, grâce au financement offert par les IRSC.

Pour préparer ce rapport, les chercheurs ont étudié les données sur l’efficacité des interventions existantes pour prévenir le suicide chez les jeunes, en se concentrant sur les programmes scolaires destinés à tous les jeunes, y compris ceux fortement prédisposés au suicide, et sur les programmes à l’intention des jeunes ayant déjà fait au moins une tentative.

Les chercheurs ont repéré un nombre restreint d’études de grande qualité portant sur 32 programmes scolaires uniques pour divers groupes d’âge. Ces études ont servi à dégager les caractéristiques des programmes prometteurs pour la réduction du suicide, à savoir : dépistage de comportements suicidaires, formation du personnel ou des dirigeants pour les aider à reconnaître les élèves à risque et à intervenir auprès d’eux, soutien par les pairs, et amélioration de la sensibilisation au suicide.

Il manque cependant des données pour déterminer quelles sont les interventions les plus efficaces et comment leur efficacité varie d’une collectivité à l’autre. De plus, si des programmes se révèlent prometteurs pour réduire les facteurs de risque du suicide, les chercheurs se doivent encore de déterminer si s’attaquer à ces facteurs de risque conduit effectivement à une réduction des taux de comportements suicidaires.

Les chercheurs se sont également penchés sur la prévention du suicide chez les jeunes qui ont déjà fait une tentative. « Une tentative de suicide constitue le facteur prédictif le plus éloquent d’un décès par suicide », affirme la Dre Bennett.

Encore une fois, le nombre d’études de grande qualité demeure faible. Les chercheurs ont défini deux grandes catégories de jeunes ayant fait une tentative : ceux qui sont entrés en contact avec le système de soins de santé, et ceux qui ne l’ont pas fait. La plupart de ceux appartenant à la première catégorie avaient été transportés au service des urgences pour y faire soigner leurs blessures, ce qui donne à penser qu’il s’agit là d’un point de contact important pour reconnaître les personnes à risque. Toutefois, la prise de contact ne mène pas toujours aux soins de santé mentale appropriés.

« Environ 90 % des gens décédés par suicide présentaient des problèmes de santé mentale qui auraient pu être pris en charge s’ils avaient été décelés; [pourtant,] ces problèmes n’avaient jamais été traités chez 80 % des gens au moment de leur décès », explique la Dre Bennett.

Le rapport met aussi en relief des lacunes dans les connaissances relatives aux différences entre les sexes au chapitre des comportements suicidaires et des problèmes de santé mentale. Il s’agit là d’un élément important, car il suffirait peut-être de modifier les interventions de prévention selon qu’il s’agit d’un jeune homme ou d’une jeune femme à risque.

D’autres lacunes sont observées quant à la compréhension des causes et des éléments déclencheurs du suicide, ainsi que des types d’intervention les mieux indiqués pour les jeunes des Premières Nations, des Métis et des Inuits au Canada. Pourtant, certaines de ces communautés affichent les taux de suicide les plus élevés parmi les jeunes au Canada.

Le rapport recommande la création d’un réseau pancanadien formé de chercheurs, de soignants et de décideurs, collaborant à la mise en œuvre et à l’évaluation de stratégies de prévention du suicide prometteuses.

Ce réseau permettrait de veiller à ce que des données de qualité sur l’efficacité des interventions de prévention du suicide soient largement accessibles aux personnes chargées d’appliquer les programmes et d’offrir des soins aux jeunes à risque. Il ferait également en sorte que les personnes œuvrant au sein de programmes de prévention ne travaillent pas en vase clos, qu’elles aient accès à de l’expertise et qu’elles puissent à leur tour transmettre au réseau ce qu’elles ont appris.

« Voilà qui constitue notre recommandation pour améliorer notre capacité nationale de prévention du suicide chez les jeunes et pour élargir nos connaissances sur les éléments efficaces », conclut la Dre Bennett.

« Voilà qui constitue notre recommandation pour améliorer notre capacité nationale de prévention du suicide chez les jeunes et pour élargir nos connaissances sur les éléments efficaces. »
– Dre Kathryn Bennett, Université McMaster