Discour du président : Tirer pleinement profit de la recherche en santé
Une addresse au Club économique du Canada, Ottawa
(L'allocution définitive fait foi)
Je remercie le Club économique de m'avoir invité aujourd'hui. Je tiens aussi à remercier chacun de vous qui m'avez consacré du temps, malgré votre horaire chargé, pour entendre parler de la recherche en santé et de sa contribution à l'avènement d'une société en meilleure santé et plus productive.
Vous admettrez avec moi que ce n'est pas un sujet auquel on accorde beaucoup d'importance, dans la presse comme dans les circuits de conférences. Je crois pourtant qu'on devrait s'y attarder davantage, ne serait-ce que parce qu'il s'agit d'un investissement de six milliards de dollars par année, au Canada seulement.
Et j'ajouterais qu'il s'agit d'un excellent investissement. Les quelques données fiables dont nous disposons suggèrent en effet un rendement du capital investi entre 20 et 67 % sur une base annuelle.
Dans certains secteurs de la recherche en santé, les rendements peuvent être encore plus impressionnants. Mon organisme, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), et la Fondation canadienne pour l'innovation ont coparrainé une étude récente dont les résultats révèlent que nos investissements conjoints dans les nouvelles technologies d'imagerie médicale visant à diagnostiquer les accidents vasculaires cérébraux ont donné un rendement annualisé de plus de 200 %!
Mais la recherche en santé est surtout une entreprise essentielle à la qualité des soins et à l'amélioration de la santé. Elle est la clé d'une société en santé et prospère.
Paradoxalement, bien qu'il soit très peu mobilisé à l'égard de la recherche en santé, le public saisit intuitivement son importance et persiste à l'appuyer. Ainsi, dans un récent sondage mené auprès du public par Recherche Canada, 90 % des répondants disent considérer comme importante ou très importante la recherche en santé. Mieux, 65 % se disent prêts à payer de leur poche un dollar par semaine pour soutenir de nouveaux projets!
La recherche en santé ne fait pas que prolonger la vie; elle en améliore la qualité.
Par exemple, c'est grâce à la recherche en santé que l'incidence des maladies du cœur, et la morbidité et la mortalité qui en découlent, a diminué considérablement.
C'est grâce à la recherche qu'ont vu le jour de nouvelles techniques chirurgicales comme les pontages coronariens, et de nouveaux médicaments comme les statines ou les thrombolytiques, qui permettent soit de prévenir l'obstruction des vaisseaux, soit de dégager les vaisseaux obstrués.
La recherche nous a également permis d'accomplir d'énormes progrès dans la lutte contre le cancer, même si nous ne pouvons toujours pas crier victoire.
Nous n'avons qu'à penser au cancer du sein. La recherche nous offre maintenant des options diagnostiques et thérapeutiques qui tiennent compte de facteurs comme le profil génétique des tumeurs et le statut des récepteurs hormonaux, ce qui permet d'offrir des traitements infiniment mieux ciblés.
Nous ne parlons pas suffisamment de ces succès. Saviez-vous que le Canada se classe parmi l'élite mondiale de la recherche en santé en termes d'impact scientifique dans plusieurs domaines clés, dont la recherche clinique, les neurosciences ou la recherche sur la douleur?
Saviez-vous que de jeunes chercheurs du monde entier viennent se former au Canada ou y établir leur laboratoire?
À l'ère de l'économie du savoir, la valeur économique de cet afflux de professionnels motivés et hautement qualifiés est inestimable pour le Canada.
C'est ce que montre très clairement le rapport du Conseil des académies canadiennes, qui précise en outre que le Canada fait très bonne figure internationalement pour la production de connaissances scientifiques dans le domaine de la santé en dépit de sa population relativement faible.
Et pourtant, un autre récent rapport, cette fois du Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation du Canada, signale que nous accusons un retard dans certains domaines d'importance capitale, à savoir dans notre capacité à assurer « le transfert efficace des connaissances développées dans les établissements d'enseignement supérieur aux entreprises capables de les intégrer et de les transformer en produits commercialement viables ou en solutions aux problèmes de santé, environnementaux et sociaux ».
De fait, les plus récentes données pour l'ensemble des secteurs au Canada, et non seulement celui de la santé, montrent une stagnation dans l'acquisition de licences et une diminution de la création d'entreprises dérivées.
Et le tableau est encore moins reluisant en ce qui touche le rendement dans les soins de santé.
En effet, selon une récente étude du Fonds du Commonwealth, le Canada se retrouve à l'avant-dernier rang des pays de l'OCDE pour un ensemble d'indicateurs, dont la qualité, l'efficacité et l'accessibilité des soins. Dieu merci pour les États-Unis, qui nous évitent le bonnet d'âne.
Est-il acceptable qu'au pays qui a inventé le concept de « pratique fondée sur des données probantes », moins de 50 % des interventions en santé se fondent véritablement sur des données probantes?
Est-il acceptable que de 25 à 30 % des interventions en santé soient sinon dangereuses, au mieux inutiles? Vrai, ces chiffres sont tirés de données américaines, mais on ne les estime pas très différents au Canada.
Avez-vous songé aux coûts engendrés par ces interventions inutiles?
Dans ce contexte, comment s'assurer que la solide performance du Canada au point de vue de la création de connaissances se traduise en bienfaits économiques et sociétaux accrus?
Comment s'assurer en tant que collectivité de tirer pleinement profit de nos talents et de notre créativité afin de stimuler la croissance et la prospérité économiques, et de s'attaquer aux défis sociétaux du 21e siècle?
Ou, pour reprendre les propos du philosophe et homme d'État britannique Francis Bacon, comment s'assurer que la découverte scientifique repose non seulement sur la quête d'enrichissement intellectuel de l'humain, mais également sur son legs à la postérité?
Nous devons d'abord reconnaître la dynamique concurrentielle de la recherche, et que cette coûteuse entreprise n'en vaut la peine que si nous sommes déterminés à jouer dans les ligues majeures. Certains parleront d'élitisme, c'est vrai. Mais ce sont les règles du jeu, car qui dit recherche médiocre dit impacts médiocres.
Les chercheurs en tant qu'individus sont un moteur fondamental de l'excellence en recherche. La clé du succès est donc simple : nous devons attirer et retenir en recherche les meilleurs, les plus doués, les plus inventifs. C'est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral a créé un ensemble de programmes visant à attirer, à encourager et à soutenir le talent, tels le Programme de chaires de recherche du Canada, le Programme des chaires d'excellence en recherche du Canada, et les programmes de bourses Vanier et Banting. La recherche est faite par les chercheurs. Eux seuls peuvent répondre de sa qualité.
Il ne suffit pas d'attirer les meilleurs cerveaux en recherche, il faut leur permettre de s'épanouir. Comme le gouverneur général nous l'a rappelé dernièrement, les esprits sont comme les parachutes : ils fonctionnent mieux lorsqu'ils sont ouverts. Nous devons donc offrir aux chercheurs des milieux intellectuellement stimulants qui leur permettront, comme le disait déjà Montaigne, « de frotter et limer leur cervelle contre celle d'autrui ».
Il faut leur faire confiance, les laisser poursuivre leur instinct. Les chercheurs sont souvent ceux qui savent le mieux quelles sont les avenues les plus prometteuses et potentiellement les plus productives.
En outre, nous devons laisser la porte ouverte aux heureux concours de circonstances : bien malin qui peut prédire les recherches dont les résultats auront ultimement le plus d'impact.
Ainsi, je me plais à rappeler que les recherches de Craig Mellow et d'Andrew Fire, lauréats du prix Nobel de 2006, ont mené à la découverte que des cellules peuvent « inhiber » l'expression de certains gènes en se servant d'un type particulier d'ARN. Ce processus, connu sous les noms d'« interférence par ARN » et d'« inactivation génique », figure maintenant au centre d'une série de travaux très prometteurs visant la mise au point de médicaments. Et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, cette découverte est née d'une étude sur la transmission héréditaire des couleurs dans les pétunias!
C'est l'une des raisons pour lesquelles les IRSC consacrent plus de 50 % de leur budget annuel d'un milliard de dollars à la recherche entièrement libre : meilleurs cerveaux, meilleures idées.
J'ajouterais qu'une grande partie de cette recherche entreprise à l'initiative du chercheur, la recherche dite « libre », est ce qu'on appelle communément la « recherche fondamentale », bien que je sois un peu las de cette dichotomie simpliste entre recherche fondamentale et recherche appliquée. On parle ici d'un continuum aux contours souvent flous, et de types de recherches menées par les mêmes chercheurs.
L'épreuve des faits
Contrairement à ce que vous avez pu lire dans les journaux, il est inexact de dire que les organismes de recherche consacrent de moins en moins d'argent à la recherche fondamentale. Examinons les faits.
En 2000, soit la première année d'existence des IRSC, 150 millions de dollars ont été investis en recherche fondamentale. Dans le plus récent exercice financier, ce chiffre avait grimpé à 472 millions de dollars, et si le rythme de croissance s'est ralenti au cours des dernières années, contexte économique oblige, l'enveloppe budgétaire allouée à ce type de recherche n'a jamais diminué, et nous avons pris l'engagement de l'augmenter de 10 millions de dollars par année pour les cinq prochaines années.
Faut-il conclure que la recherche en santé devrait être strictement laissée à l'initiative des chercheurs? Que le financement de recherches ciblées est, comme certains le prétendent, voué à l'échec?
Laissez-moi vous poser la question autrement : aurait-il été socialement et économiquement responsable de rester sourd à la menace des pandémies du SRAS ou de H1N1?
De ne pas réagir à la menace de ralentissement de production de radio-isotopes médicaux à la suite du bris du réacteur de Chalk River?
Ou de ne pas répondre à l'inquiétante progression d'infections nosocomiales dans nos hôpitaux, notamment l'infection à C. difficile?
Pour toutes ces crises, les IRSC ont en un temps record lancé des demandes de propositions ciblées ayant pour résultats :
- le clonage du virus du SRAS;
- l'ajout d'adjuvants au vaccin contre le H1N1;
- la découverte de nouveaux modes de production d'isotopes pour l'imagerie médicale à partir de simples cyclotrons.
Je suis convaincu que, de la même façon, c'est par des investissements ciblés que nous parviendrons à mieux traduire les résultats de la recherche en retombées économiques et sociales et, notamment, à accroître l'impact de la recherche sur la santé et la qualité des soins.
Des changements impératifs
Cela dit, l'argent est peut-être le nerf de la guerre, mais il n'est pas tout. Il nous faut dans certains cas impérativement revoir nos façons de faire, tant du point de vue de la recherche que de l'utilisation des résultats.
- Tout d'abord, il faut éliminer le cloisonnement disciplinaire. Tous s'accordent à dire que l'interdisciplinarité est l'un des éléments clés de l'innovation. Le Dr Wilder Penfield avait compris ce concept en réunissant à l'Institut neurologique de Montréal une pluralité de scientifiques hautement spécialisés, issus de disciplines aussi variées que la physiologie, la pathologie, la chimie et la psychologie.
Dr Penfield avait correctement prédit que le déploiement d'efforts pour conserver un sentiment de coordination et de synergie permettrait à la créativité de naître de la confrontation des idées de scientifiques provenant de différentes disciplines. Ainsi sont nées les neurosciences. Aujourd'hui, on peut à peine imaginer l'ampleur de l'impact qu'auront les nouveaux domaines issus d'interactions entre scientifiques biomédicaux traditionnels et économistes, mathématiciens, physiciens ou ingénieurs, pour ne nommer que ceux-là.
- Deuxièmement, il faut éliminer le cloisonnement professionnel entre cliniciens et chercheurs, sciences humaines et sciences biologiques, médecins et infirmières, à titre d'exemple.
Vous me permettrez de faire référence encore une fois à l'Institut neurologique de Montréal, où j'ai travaillé pendant près de 25 ans! Le Dr Penfield avait compris que la recherche ne pouvait être laissée uniquement aux médecins, mais qu'elle demandait une collaboration étroite des médecins et des scientifiques.
La Dre Brenda Milner, toujours active à l'approche de ses 95 ans, fournit un magnifique exemple des bienfaits de pareille collaboration, tant pour les chercheurs que pour les cliniciens. Travaillant de façon étroite avec les neurochirurgiens, elle a appris de leurs erreurs – je pense ici à son étude du célèbre patient HM qui a jeté un nouvel éclairage sur la formation et le stockage de la mémoire –, mais a aussi, à l'inverse, guidé les interventions chirurgicales ultérieures en identifiant les centres mnésiques qu'il fallait à tout prix épargner.
- Troisièmement, il faut éliminer le cloisonnement entre le public et le privé, entre les organismes gouvernementaux comme les IRSC et l'industrie de la santé, des secteurs biotechnologiques et pharmaceutiques à ceux des dispositifs médicaux et des TI.
Le récent rapport du Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation, intitulé L'état des lieux, indique que depuis longtemps, les investissements des entreprises canadiennes en R-D sont en baisse. En 2000, ils représentaient 1,05 % du PIB. Aujourd'hui, ce chiffre a chuté à 0,81 %, ce qui est inférieur à la moyenne de l'OCDE et qui se situe à cent lieues des cinq économies en tête de liste. À titre de comparaison, des pays comme la Corée du Sud, la Finlande et le Japon dépassent le seuil des 2 %.
J'ai la profonde conviction qu'une collaboration plus étroite entre les secteurs public et privé dans les domaines où leurs intérêts convergent permettrait de résoudre en grande partie l'inquiétant problème du manque d'investissements en R-D.
- Enfin, nous devons éliminer le cloisonnement administratif qui sépare les différents acteurs du secteur des soins de santé, par exemple entre les universités et les hôpitaux d'enseignement, entre les chercheurs et les utilisateurs de la recherche, et surtout, entre le fédéral et les provinces.
Comment peut-on espérer que la recherche ait un impact sur les soins si les autorités provinciales et territoriales, de qui relève la prestation des soins, n'embrassent pas les perspectives et les données probantes que la recherche leur soumet?
Les provinces et territoires, qui font actuellement face à une croissance quasi incontrôlable des coûts de santé (de 40 à 45 % de leur budget en moyenne), voient trop souvent la recherche comme génératrice de coûts énormes.
En toute justice, cette perception a du vrai. La recherche en santé peut effectivement mener à la conception d'outils thérapeutiques et diagnostiques coûteux.
Cependant, la recherche en santé est également source d'économies considérables. Par exemple, c'est grâce à elle qu'on n'hospitalise pratiquement plus les patients atteints d'ulcères gastroduodénaux, puisqu'elle a montré qu'ils sont causés par une bactérie, Helicobacter pylori. Les patients peuvent donc être traités à bien moindre coût par des antibiotiques.
Il en est de même des fibromes utérins, qu'on traite maintenant en cabinet pour une fraction du coût des anciennes approches chirurgicales, ou de la chirurgie du cancer du col, qu'on verra bientôt disparaître, du moins je l'espère, grâce à la vaccination contre le virus du papillome humain.
Bien qu'essentielle, l'élimination de ces divers cloisonnements ne suffira pas à transformer les bienfaits de la recherche en de meilleurs résultats cliniques et en soins plus efficaces.
Nous devons en outre mieux soutenir la recherche qui répond directement aux questions qui taraudent les patients, les personnes soignantes et les responsables des politiques. Je parle de recherches sur la prévention et la préemption des maladies, de recherches sur l'efficacité et la rentabilité des méthodes diagnostiques et thérapeutiques actuelles, et de recherches visant à améliorer la qualité et l'accessibilité des soins.
Car ne vous y trompez pas : la qualité des soins est inéluctablement liée à notre capacité à conduire une recherche de qualité, qui est elle-même liée à notre capacité d'absorber les résultats de la recherche faite ailleurs.
Les statistiques sont d'ailleurs incontestables : les taux de morbidité et de mortalité sont significativement moindres dans les hôpitaux où se pratique la recherche de pointe – 15 % moindres, selon les plus récentes études.
Comment changer le modèle actuel pour assurer une meilleure évaluation non seulement des nouvelles technologies, nouveaux traitements ou nouveaux modèles de pratique, mais aussi de ce que l'on fait déjà pour, à tout le moins, cesser ce qui est délétère? Est-ce possible?
L'histoire du Dr Shoo Lee, pédiatre, chercheur et économiste de la santé à l'Université de Toronto fournit des pistes de réponse.
Inquiet de ce que les indicateurs de santé dans les unités de soins intensifs néonatals ne se soient pas améliorés depuis plus de dix ans, le Dr Lee a d'abord dressé l'inventaire des publications des dernières années sur le sujet. Il a ensuite fait une liste des interventions efficaces, les a appliquées de façon systématique et en a évalué les effets selon un protocole de recherche contrôlée dans le cadre d'un essai clinique regroupant 12 unités de soins intensifs néonatals.
Les résultats ont été rien de moins que spectaculaires : diminution significative du taux de mortalité, réduction de 32 % des taux d'infections nosocomiales et réduction de 15 % de la fréquence des maladies pulmonaires chroniques. Et c'est sans compter plus de 7 millions de dollars en économies dues à la réduction des journées d'hospitalisation!
Le Dr Lee a alors transmis ce protocole aux unités de soins intensifs néonatals du pays et, là encore, en a évalué les résultats de façon contrôlée. À sa grande surprise, aucun des mêmes indicateurs n'est revenu significativement amélioré. Ce n'est que lorsqu'il s'est lui‑même employé, avec son équipe, à former et à mobiliser le personnel des autres unités néonatales du Canada à l'égard des nouvelles pratiques qu'il a commencé à obtenir les mêmes résultats à l'échelle du pays. Ainsi, au cours des trois dernières années, ces unités ont constaté une réduction de 40 % des rétinopathies du prématuré (grave maladie de l'œil menant à la cécité), une réduction de 30 % des taux d'infections nosocomiales, une réduction de 30 % des cas d'entérocolite nécrosante (infection intestinale potentiellement mortelle) et une augmentation de 20 % du taux de survie sans complications au Canada.
« Obtenir les données, m'a-t-il dit, n'est qu'un début. Le véritable défi est de s'assurer de la mise en application des résultats et des changements de pratique. » Cet objectif ne s'improvise pas : en fait, il a donné naissance à un nouveau secteur de recherche, la « recherche interventionnelle ou la recherche sur la mise en œuvre ».
Voici un autre exemple de l'impact de la recherche en santé sur les pratiques dans les soins de santé. Deux médicaments permettent actuellement de traiter la dégénérescence maculaire : le premier, Lucentis, offert au coût de 1 575 $ par traitement, et le second, Avastin, au coût de... 7 $! Selon une étude publiée en 2012 dans le Journal of Ophtalmology, les deux traitements ont exactement la même efficacité. Inutile de dire que ces résultats ne font pas l'unanimité et qu'ils devront être confirmés. Mais l'enjeu est majeur : on parle ici d'économies potentielles de plus de 100 millions de dollars par année!
C'est pour soutenir ce type de recherche et, plus globalement, développer notre capacité à poursuivre une recherche clinique de qualité, que les IRSC ont réorienté leur stratégie. D'une optique résolument tournée vers la consolidation des forces de la recherche et le comblement des lacunes dans des domaines de recherche précis, ils sont passés à la mobilisation des capacités aux fins d'impact et de transformation.
Stratégie de recherché axe sur le patient (SRAP)
De concert avec une vaste coalition de partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux, du secteur pharmaceutique, d'organisations de patients, d'autorités responsables des soins de santé, de centres universitaires de santé et d'organisations caritatives, les IRSC ont lancé il y a maintenant un peu plus d'un an une ambitieuse initiative : la Stratégie de recherche axée sur le patient, ou SRAP.
La SRAP, que la ministre de la Santé, l'honorable Leona Aglukkaq, approuve sans réserve, vise à s'assurer de l'application rapide et efficace des résultats de la recherche, de sorte que le patient reçoive les bons soins au bon moment.
L'objectif de cette stratégie est à la fois simple et complexe.
Simple, car elle met les patients et les décideurs au cœur du programme de recherche. Elle est fondée sur une collaboration étroite entre chercheurs, cliniciens, patients et décideurs.
Complexe, car elle représente une nouvelle façon de concevoir et de mener la recherche.
D'abord, elle requiert de nouveaux types de chercheurs, non seulement pour la recherche interventionnelle et la recherche sur la mise en œuvre, comme nous l'avons dit, mais aussi des épidémiologistes, des biostatisticiens, des économistes de la santé...
Elle exige ensuite et surtout une nouvelle culture :
- où les approches préventives, diagnostiques ou thérapeutiques, qu'elles soient nouvelles ou déjà en vigueur, sont systématiquement évaluées;
- et surtout, où les résultats de cette évaluation sont pris en compte et modifient la pratique.
Cela, les IRSC ne peuvent l'accomplir seuls. Il faut que tous prêtent main-forte. Déjà, les gouvernements provinciaux ont apporté un soutien enthousiaste au projet, accompagné d'appui financier. D'ici la fin de 2014, chaque province et territoire disposera d'une unité de soutien à la recherche axée sur le patient, cofinancée à parts égales par des investissements fédéraux et provinciaux.
Le secteur caritatif a aussi répondu présent. Ainsi, la Fondation Graham-Boeckh s'est engagée à financer à parts égales avec les IRSC un réseau de recherche axée sur le patient en santé mentale, à hauteur de 25 millions de dollars sur 5 ans.
Enfin le secteur industriel, notamment le secteur pharmaceutique, s'est lui aussi engagé à investir avec nous. Il y voit l'occasion d'augmenter la compétitivité du Canada en recherche clinique et sa capacité à attirer les essais thérapeutiques internationaux, qui a connu une décroissance inquiétante au cours des dernières années.
Avec la SRAP, nous tirons parti d'une longue et précieuse collaboration avec le secteur pharmaceutique, par l'intermédiaire de la Fondation pour la recherche en santé de Rx&D, et rompons concrètement avec l'orthodoxie et l'a priori voulant que les préoccupations des chercheurs universitaires et du secteur privé ne puissent et ne doivent au grand jamais se rejoindre. En fait, par la SRAP, nous souhaitons obtenir le concours de nouveaux partenaires dits « non traditionnels » qui comprennent les contributions de la recherche en santé aux résultats financiers.
Je conclurai mon propos avec optimisme : l'avenir de la recherche en santé au Canada m'apparaît très prometteur.
D'une part, la recherche continue à nous ouvrir des horizons jusqu'à tout récemment insoupçonnés, et ce, en grande partie grâce à sa transformation d'une activité largement biomédicale en une entreprise à l'interface de sciences aussi diverses que le génie, l'informatique, les mathématiques, l'économie, la sociologie et, bien sûr, la biologie.
D'autre part, je sens chez la nouvelle génération de chercheurs une importante prise de conscience du rôle social qui est le leur.
Et chez les politiques et les décideurs, une réalisation qu'on ne peut administrer une entreprise de 200 milliards de dollars par an – car c'est là le coût des soins de santé – en ne dépensant que quelques milliards par an en R-D.
Tout cet optimisme nous sera nécessaire pour relever les gigantesques défis qui nous attendent. Je fais entre autres allusion aux coûts élevés pour traiter les maladies chroniques comme le diabète, et pour freiner l'augmentation de leur incidence, ou à l'épée de Damoclès de la résistance bactérienne aux antibiotiques, qui risque de mettre en péril les énormes acquis du 20e siècle dans la lutte contre les maladies infectieuses.
Je pense par ailleurs au vieillissement de la population et à l'augmentation concomitante de l'incidence des maladies neurodégénératives. La Société Alzheimer évalue à plus d'un million le nombre de Canadiens atteints de démence dans une génération si rien n'est fait pour contrer ce fléau; on parle ici de coûts de l'ordre de 153 milliards par an en 2038, donc autant dire demain.
Et ce, pour ne citer que quelques exemples.
Dans ce contexte, il est impératif de mettre la recherche au cœur À LA FOIS de notre programme de santé ET de notre programme économique, car les liens qui les unissent sont incontestables.
Collectivement, sachons reconnaître l'extraordinaire apport de la recherche en santé à l'évolution de notre société et célébrer le talent, le travail et l'extraordinaire impact de ceux qui la font. Veillons également à ce qu'elle parvienne là où elle se doit d'être, là où l'impact de pareille excellence peut réellement se faire ressentir : au chevet du patient.
Nous sommes en tant que collectivité soumis à un impératif social : celui de tout mettre en œuvre pour tirer pleinement profit de la recherche en santé.
Merci.
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