Journée mondiale de l'hépatite - 28 juillet 2013

Pleins feux sur la recherche au Canada

Dre Naglaa Shoukry
Professeure agrégée, Département de médecine, Université de Montréal
Directrice, Unité de recherche en hépatite virale, CRCHUM

Vingt pourcent des patients infectés par le virus de l'hépatite C (VHC) se débarrassent spontanément de cette infection; l'objectif de la Dre Naglaa Shoukry est de comprendre pourquoi. Cette chercheuse de l'Université de Montréal, qui a récemment complété une année sabbatique au Centre d'étude de l'hépatite C de l'Université Rockefeller, à New York, a tenté de répondre à cette question une bonne partie de sa carrière. Une de ses publications récentes, parue dans le numéro de juin 2013 de la revue PLOS Pathogens et financée en partie par les IRSC, portait sur les différences cellulaires des patients présentant une infection aigüe résolutive et ceux atteints d'une infection persistante. Cette étude montre que les patients incapables de se débarrasser du virus présentent une anomalie au niveau d'une sous-population spécifique de cellules T CD4, cellules impliquées dans la réponse immunitaire adaptative et la production d'IL-21 et connues sous le nom de cellules Th17. À l'opposé, les patients atteints d'une infection aigüe résolutive au VHC ont une forte réponse Th17 qui survient de façon concomitante avec une prolifération de cellules T CD4 ainsi qu'une augmentation plasmatique en IL-21. Ces constatations laissent croire que les cellules IL-21 pourraient s'avérer utiles dans le traitement de l'infection au VHC puisqu'elles pourraient améliorer la réponse immunitaire dans des interventions comme la vaccination.

Ce projet fait fond sur les recherches que la Dre Shoukry a menées en début de carrière. Diplômée de l'Université du Caire en pharmacie, elle a obtenu un doctorat en immunologie de l'Université McGill en 2000. Récipiendaire d'une bourse de recherche IRSC-Santé Canada, la Dre Shoukry s'est jointe au laboratoire du Dr Christopher Walker à l'Institut de recherche pour enfants de Columbus (Ohio) pour son stage postdoctoral. Son intérêt pour l'hépatite C vient en partie du problème que représente cette infection dans son Égypte natale et du scandale du sang contaminé au Canada. C'est à ce moment qu'elle a établi les rôles complémentaires et essentiels des lymphocytes CD8 et CD4 dans l'infection au VHC en utilisant le chimpanzé comme modèle animal. Cette étude a clairement démontré que l'élimination des lymphocytes CD4 chez les primates non humains affectait la clairance virale.

Dès son arrivée au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM) en 2005, la Dre Shoukry a établi un programme de recherche translationnelle sur le VHC, étudiant divers problèmes immunitaires liés à cette infection virale chez une cohorte d'utilisateurs de drogues injectables exposés à des risques élevés. Cette cohorte de patients, unique au Canada, est la source de la plupart des échantillons que la Dre Shoukry utilise dans ses recherches. La Dre Shoukry et sa collègue la Dre Julie Bruneau du Département de médecine familiale de l'Université de Montréal et du CRCHUM étudient présentement la clairance virale chez des individus qui ont été infectés à répétition pour mieux comprendre le type et l'ampleur de la protection conférée par une infection antérieure. Cette étude sera utile pour la mise au point  d'un vaccin contre le VHC, un objectif prioritaire selon la Dre Shoukry. Tirant profit de l'infrastructure développée antérieurement avec des fonds provenant des IRSC, la Dre Shoukry et ses collaborateurs de l'équipe menée par les Drs Michael Houghton et Lorne Tyrrell à l'Université de l'Alberta, ont reçu une subvention de Alberta Innovates – Health Solutions destinée à la mise au point d'un vaccin chez l'humain. La Dre Shoukry croit fermement que la vaccination est essentielle à l'éradication de l'hépatite C. Bien que les traitements actuels soient très efficaces, la grande majorité des plus de 170 millions de personnes infectées par le VHC dans le monde n'ont à ces traitement ou ne peuvent pas se les payer. Le problème est encore plus criant dans les pays en voie de développement et chez les populations marginalisées comme les Autochtones. L'éradication de cette maladie chronique passe par l'accès à des traitements efficaces et à prix abordable, incluant les vaccins.

En plus de diriger son laboratoire de recherche, la Dre Shoukry est mentor au programme national de formation des IRSC sur l'hépatite C. Elle a obtenu huit subventions des IRSC en tant que chercheuse principale ainsi que d'autres subventions du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS) par l'entremise du réseau FRQS-SIDA et maladies infectieuses et de la Fondation canadienne du foie. Elle est l'auteure de nombreuses publications dans des revues à comité de lecture, dont 26 articles scientifiques sur l'hépatite C.