Profil de recherche – Stopper la dépendance avant qu’elle ne s’installe
Des chercheurs mettent à l’essai un programme de thérapie cognitivo-comportementale conçu pour prévenir l’abus d’alcool ou de drogues chez les adolescents.
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Dre Patricia Conrod
En bref
Qui : Dre Patricia Conrod, Université de Montréal
Question : Certains traits de personnalité et de comportement, comme l’anxiété et l’impulsivité, sont associés à un risque plus élevé de maladie mentale et d’abus de substances chez les adolescents. De plus, un abus d’alcool ou de drogues à un jeune âge peut altérer le développement cérébral des adolescents.
Approche : La Dre Conrod et ses collègues recherchent parmi les élèves de la 7e année ceux qui risquent le plus d’éprouver des problèmes de consommation abusive plus tard. Des séances de thérapie cognitivo-comportementale leur sont ensuite offertes à l’école.
Impact : En aidant les élèves à résoudre les problèmes sous-jacents qui augmentent leur risque de dépendance, ce programme d’intervention peut aider à prévenir la consommation abusive d’alcool ou de drogues chez les adolescents et protéger leur développement cognitif.
Est-il possible d’empêcher les enfants à risque d’avoir plus tard des problèmes de dépendance et de consommation abusive d’alcool ou de drogues? C’est ce que des chercheurs essaient de trouver dans le cadre d’un programme mis à l’essai dans des écoles élémentaires de Montréal.
Appelé CoVenture, ce programme vise à identifier les enfants dont les traits de personnalité et de comportement peuvent les rendre vulnérables à d’éventuels problèmes de toxicomanie, pour ensuite mettre en œuvre des interventions fondées sur des données probantes.
Les chercheurs évaluent l’efficacité du programme dans le contexte scolaire au fil des ans et sa capacité de protéger le développement cognitif et social normal. À chaque année pendant cinq ans, ils recruteront environ 3 500 élèves de 7e année. Ces derniers seront évalués annuellement jusqu’à la fin de leur 11e année.
« Il est important de dépister rapidement les problèmes parce que la consommation abusive d’alcool ou de drogues commençant à un jeune âge est associée à des conséquences négatives à long terme, comme un plus grand risque de dépendance, de décrochage scolaire, de maladie mentale et de mauvaise santé physique », explique la Dre Patricia Conrod, professeure agrégée de psychiatrie à l’Université de Montréal.
Vers la septième année (autour de 12 ans), de nombreux élèves commencent à faire l’expérience de l’alcool et des drogues. À cet âge, le cerveau est encore en développement et des substances comme l’alcool et les drogues peuvent infliger plus de dommages neurologiques qu’à un cerveau adulte.
Les enfants qui participent à l’étude seront soumis à des évaluations visant à révéler des traits de personnalité et de comportement, comme une tendance à montrer un degré plus élevé de désespoir, de certains types de crainte et d’anxiété, d’impulsivité, et de comportement de recherche du risque. Ces traits sont associés à un risque accru de problèmes de toxicomanie et de dépendance futurs.
De plus, quatre personnes – des orienteurs et des enseignants – de chaque école recevront une formation pour travailler avec les enfants à risque en utilisant des outils de thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Les enfants assisteront à deux séances de 60 à 90 minutes par semaine qui comprendront du counseling et des activités en atelier. Ils y apprendront des techniques pour mieux comprendre leurs propres émotions, ainsi que pour analyser et gérer leurs pensées et leurs comportements.
Jusqu’ici, environ 2 500 enfants ont été recrutés pour l’étude. « La rétroaction initiale a été des plus positives. Les enfants aiment les séances, et certains souhaiteraient même qu’elles durent plus longtemps », affirme la Dre Conrod.
Les chercheurs aimeraient déterminer comment le fait de prévenir ou de retarder le début de l’abus d’alcool et d’autres drogues influe sur la fonction cognitive ou le développement cognitif des adolescents. La réponse à cette question « aura des répercussions, non seulement sur le risque de dépendance, mais sur celui d’autres problèmes de santé mentale », explique-t‑elle.
De nombreuses études scientifiques montrent que le fait d’enseigner des techniques de TCC aux enfants est souvent efficace pour lutter contre la dépression, l’anxiété et les problèmes de comportement, mais la Dre Conrod affirme que peu de programmes utilisant la TCC ont été mis en œuvre dans un but préventif.
Jusqu’à présent, 30 des 32 écoles recrutées participent à l’étude. La moitié des écoles bénéficient de l’évaluation et de l’intervention, et l’autre moitié, de l’évaluation seulement – servant ainsi de groupe témoin – selon une répartition aléatoire. Les chercheurs fourniront du matériel de formation et d’intervention à toutes les écoles à la fin de l’étude.
Plus tard, les chercheurs prévoient procéder à des études d’imagerie du cerveau pour examiner les bienfaits sur le plan neural de la prévention de la consommation d’alcool ou de drogues chez les adolescents.
« Il est important de dépister rapidement les problèmes parce que la consommation abusive d’alcool ou de drogues commençant à un jeune âge est associée à des conséquences négatives à long terme, comme un plus grand risque de dépendance, de décrochage scolaire, de maladie mentale et de mauvaise santé physique. »
- Dre Patricia Conrod, Université de Montréal
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