Profil de recherche – Au-delà des alcootests
Des chercheurs de l’Université McGill aident à déterminer les récidivistes potentiels de délits de conduite avec facultés affaiblies.
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Dr Thomas Brown
En bref
Qui : Dr Thomas Brown, professeur adjoint de psychiatrie, Université McGill
Question : Depuis 2000, les taux de conduite avec facultés affaiblies ne diminuent plus. Les politiques et les interventions existantes ont peu d’effet sur le comportement des récidivistes.
Approche : Le Dr Thomas Brown et son équipe à l’Université McGill étudient les caractéristiques communes des récidivistes de la conduite avec facultés affaiblies et essaient de déterminer quels programmes et politiques préviendront la récidive chez ce groupe de conducteurs.
Impact : Le travail du Dr Brown pourrait aider à identifier les conducteurs ivres qui sont le plus à risque de récidive et à concevoir des politiques plus efficaces pour prévenir la conduite avec facultés affaiblies.
La conduite avec facultés affaiblies (CFA) demeure un problème important au Canada. Encore en 2009, plus de 2 200 personnes sont décédées dans des accidents sur les routes canadiennes, et 172 883 autres ont été blessées. Dans environ le tiers de ces accidents, un conducteur avait les facultés affaiblies.
La clé pour résoudre ce problème consiste peut-être à comprendre les causes de la récidive chez certains conducteurs. « Après des années d’amélioration, les taux de CFA stagnent depuis le début des années 2000 », affirme le Dr Thomas Brown, professeur adjoint de psychiatrie à l’Université McGill. Aujourd’hui, le défi consiste à trouver un moyen de faire baisser ces taux à nouveau.
« Il y a des récidivistes ‘endurcis’, explique-t‑il, et ces personnes sont les plus difficiles à atteindre et à amener à changer… Une approche à multiples facettes est nécessaire. » Le Dr Brown travaille avec une équipe multidisciplinaire qui étudie les causes de la CFA, ainsi que les programmes et les politiques de prévention. L’équipe de recherche comprend des représentants de l’autorité délivrant les permis de conduire au Québec et d’autres décideurs, de même que des chercheurs en sécurité routière, en toxicomanie, en criminologie, en neurosciences comportementales, en psychiatrie, en épidémiologie et dans d’autres domaines.
À l’heure actuelle, les programmes de prévention de la CFA sont surtout axés sur la dissuasion et peuvent comprendre toutes sortes de mesures allant de la suspension du permis de conduire à des peines plus sévères comme de lourdes amendes et des accusations au criminel. Au Québec, les récidivistes doivent s’inscrire à un programme de sensibilisation à la CFA ou se soumettre à une évaluation globale pour recouvrer leur permis de conduire.
Le Dr Brown et son équipe étudient les caractéristiques des récidivistes et les raisons pour lesquelles les programmes de prévention existants sont inefficaces dans leur cas. Ils ont constaté que, si les récidivistes n’ont pas tous un grave problème d’alcool, leur alcoolémie est souvent plus élevée que celle des autres conducteurs dont les facultés sont affaiblies, ce qui démontre une capacité limitée de reconnaître les risques liés à leur consommation d’alcool.
L’équipe de recherche a également découvert que les récidivistes tardent souvent à entreprendre les démarches pour recouvrer leur permis. Cette tendance est inquiétante, car elle signifie que ces personnes prennent le volant sans permis ni assurances, et qu’elles ne profitent pas des programmes d’intervention comme elles devraient peut‑être le faire.
L’équipe du Dr Brown a découvert que les personnes qui tardaient à demander un nouveau permis avaient été condamnées plus souvent par le passé pour conduite avec facultés affaiblies, conduisaient en général plus de kilomètres dans un tel état, étaient plus susceptibles d’avoir été en désintoxication et affichaient de moins bons résultats aux tests neurocognitifs pour la mémoire visuelle et l’inhibition comportementale que les personnes plus enclines à recouvrer leur permis. Ces personnes ont indiqué qu’elles tardaient à entreprendre le processus de renouvellement en raison du coût élevé d’un nouveau permis, des solutions de rechange pour le transport, ou simplement par manque d’intérêt. Dans l’ensemble, les résultats des études de l’équipe montrent que le retard mis à obtenir de nouveau le droit de conduire découle d’un amalgame complexe de facteurs d’ordre pratique, psychologique, socioéconomique et neuropsychologique.
D’autres études de l’équipe donnent à penser que la manière dont l’organisme d’une personne réagit au stress peut influencer son risque de récidive. Les personnes qui ont été maintes fois accusées de conduite avec facultés affaiblies présentent généralement des taux de cortisol – une hormone de stress – comparativement moins élevés lorsqu’elles se trouvent dans une situation stressante. Selon des données préliminaires recueillies par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke, les nouveaux conducteurs qui semblent plus lents à acquérir des habitudes de conduite responsables auraient aussi des taux de cortisol peu élevés.
Ce modèle de réponse au stress est associé à des facteurs génétiques jouant un rôle dans l’abus d’alcool et d’autres comportements à risque. En d’autres termes, des marqueurs biologiques, comme les niveaux de cortisol et l’expression de gènes particuliers, pourraient servir à mieux comprendre et détecter la prise de risques chez certains conducteurs.
Dans une étude portant sur une méthode de prévention de la CFA, les jeunes contrevenants adultes ont mieux répondu à une brève entrevue de motivation de 30 minutes que les contrevenants plus âgés. Sur une période de cinq ans, ils avaient une probabilité moins élevée d’être arrêtés de nouveau pour conduite dangereuse que les contrevenants qui avaient seulement reçu de l’information au sujet de la conduite en état d’ébriété.
Les chercheurs utilisent leurs conclusions pour aider l’autorité délivrant les permis de conduire au Québec à améliorer ses politiques et programmes de prévention de la CFA. « Nous sommes fiers de participer à l’effort visant à améliorer la sécurité sur les routes canadiennes », conclut le Dr Brown.
« Il y a des récidivistes ‘endurcis’ et ces personnes sont les plus difficiles à atteindre et à amener à changer… Une approche à multiples facettes est nécessaire. »
- Dr Thomas Brown, Université McGill
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