Profil de recherche – Avoir de nouveau voix au chapitre

Un projet de recherche collaboratif permet à de jeunes Autochtones d’utiliser la photographie et les traditions autochtones pour parler de santé

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Photo: Dre Pammla Petrucka

En bref

Qui – Dre Pammla Petrucka, professeure de sciences infirmières, Université de la Saskatchewan.

Question – Les interventions en santé, qui ont tendance à porter sur les aspects négatifs et sont parfois mal adaptées à la culture, obtiennent peu de succès dans les communautés autochtones.

Approche – La Dre Petrucka et son équipe de recherche travaillent avec les jeunes de la Première Nation dakota de Standing Buffalo pour intégrer la culture et les traditions autochtones dans les discussions sur la santé.

Impact – Les chercheurs ont acquis une meilleure compréhension de la manière dont la communauté définit la santé, et les jeunes disposent maintenant de nouveaux outils pour communiquer leurs préoccupations en matière de santé.

Pour vraiment comprendre les besoins d’une communauté en matière de santé, il faut parfois plus que les résultats d’enquêtes et de tests médicaux. Il faut d’abord comprendre sa culture.

C’est ce que s’efforcent de faire la Dre Pammla Petrucka et son équipe dans leur travail auprès des jeunes de la réserve de la Première Nation dakota de Standing Buffalo, une communauté de 600 personnes.

Comme de nombreuses communautés des Premières Nations, la Première Nation dakota de Standing Buffalo est aux prises avec des taux élevés de dépression, de toxicomanie et de décrochage scolaire, ce qui se répercute sur la santé et le bien-être. Toutefois, la plupart des programmes d’intervention sont axés sur les aspects négatifs et leurs taux de succès sont faibles, signe que les interventions ne seraient pas adaptées à la culture.

La Dre Petrucka et son équipe ont entrepris leur recherche en demandant conseil à la communauté. Les jeunes et les aînés ont participé à des « cercles de partage », « une forme de groupes de discussion, sauf que, dans le contexte autochtone, la participation de chacun est requise », explique la Dre Petrucka.

Au cours des consultations initiales, la communauté a indiqué que la santé des jeunes constituait une priorité. Quatorze jeunes de 12 à 16 ans se sont portés volontaires pour participer à l’étude lorsque le projet a débuté en 2005.

Après avoir travaillé avec les dirigeants de la réserve, l’équipe de recherche a décidé de remettre des appareils photo aux jeunes en leur demandant de photographier ce qui, selon eux, contribuait à leur bonne ou mauvaise santé. Les chercheurs se sont ensuite entretenus avec les adolescents sur ce que signifiaient les photos pour eux.

Les chercheurs ont trouvé les échanges avec les jeunes empreints de richesse et de profondeur. Les photos de choses contribuant au bien-être allaient de scènes naturelles, comme des couchers de soleil, des arbres et des roches, à des structures de jeu dans des cours d’école, en passant par des clichés d’objets d’artisanat traditionnels, de membres de la famille et de pow-wow communautaires.

En revanche, les adolescents ont aussi pris des photos de détritus, d’eau impropre à la consommation et d’un lac contaminé pour illustrer ce qui les empêchait d’être en bonne santé.

« Les jeunes eux-mêmes nous ont dit quels étaient les problèmes; nous ne sommes pas arrivés avec des idées préconçues », dit la Dre Petrucka.

À la demande du chef et du conseil, les photos prises par les participants à l’étude ont été converties en murales, qui ont été accrochées lors des pow-wow pour rappeler ce qui contribue à la santé. Les murales sont devenues l’histoire des jeunes sur le chemin d’une vie saine.

Pour sauvegarder de façon plus permanente l’information, les jeunes et les aînés ont demandé que ces histoires illustrées de leur santé soient sauvegardées non pas dans un format numérique, mais sous forme de registres appelés ‘Winter Counts’ – des œuvres d’art stylisées sur des peaux d’animaux traditionnellement utilisées par les peuples dakota pour consigner leur histoire. Le savoir permettant de créer ces registres s’étant dans une large mesure perdu, l’équipe s’est rendue au Smithsonian Institute pour étudier les Winter Counts qui y sont conservés. Les jeunes ont ensuite reçu des peaux et ils ont travaillé avec un aîné pour se réapproprier cet art traditionnel.

« Les Winter Counts sont maintenant une source de données. Quelqu’un peut les regarder et chercher à savoir ce qui a contribué au cheminement de ces jeunes vers la santé chaque année de leur vie. Ils constituent une analyse et un moyen de diffusion du savoir », dit la Dre Petrucka.

Les chercheurs ont constaté que ces méthodes de recherche visuelles sont de puissants outils pour explorer les besoins des jeunes sur le plan de la santé. Résultat du projet : la photographie est maintenant utilisée à l’école élémentaire pour aider les jeunes à communiquer.

« Les jeunes acquièrent une habileté fondamentale. C’est aussi une façon différente pour eux d’exprimer leurs problèmes, leurs défis, leur façon de penser et ce qu’ils aimeraient faire dans la vie », dit-elle.

Dans un projet de recherche connexe, des aînés sont jumelés à des jeunes pour encourager ces derniers à faire des choix positifs pour éviter de nuire à leur santé. Les chercheurs et la communauté espèrent que l’intégration d’aspects de la culture autochtone dans la recherche et les interventions en santé permettra d’améliorer la santé de la population.

« Les Winter Counts sont maintenant une source de données. Quelqu’un peut les regarder et chercher à savoir ce qui a contribué au cheminement de ces jeunes vers la santé chaque année de leur vie. Ils constituent une analyse et un moyen de diffusion du savoir. »
– Dre Pammla Petrucka, Université de la Saskatchewan