Profil de recherche – Le pouvoir d’un partenariat égalitaire

Des chercheurs se joignent à une communauté micmaque pour étudier des questions de santé et d’environnement

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Photo: Dre Heather Castleden

En bref

Qui – Dre Heather Castleden, professeure adjointe, École d’études en ressources et en environnement, Université Dalhousie.

Question – Depuis des décennies, la communauté micmaque de Pictou Landing s’inquiète des effets d’une usine de papier située à proximité sur la santé et l’environnement.

Approche – La Dre Castleden et une équipe multidisciplinaire de chercheurs se sont jointes à l’Association des femmes autochtones de Pictou Landing pour donner suite à ces préoccupations dans le cadre d’un projet de recherche communautaire.

Impact – Non seulement le projet permet-il de répondre aux préoccupations de la communauté, mais il donne à cette dernière un nouveau sentiment de contrôle de sa destinée.

Une équipe formée de femmes micmaques d’une communauté des Premières Nations et de chercheurs universitaires va au fond des choses pour savoir dans quelle mesure la pollution d’une usine de papier affecte la santé des gens de même que l’environnement local.

« Nous utilisons des méthodes de recherche autochtones et occidentales pour essayer de répondre à la question posée par les femmes : “Boat Harbour nous rend-il malades?” », dit la Dre Heather Castleden, professeure adjointe à l’École d’études en ressources et en environnement de l’Université Dalhousie.

L’usine de pâtes et papiers située près de la Première Nation de Pictou Landing, en Nouvelle-Écosse, est en exploitation depuis les années 1960. Et c’est à Boat Harbour que sont traités et rejetés ses effluents. L’eau et l’air y sont pollués, bien que les procédés de traitement soient devenus plus perfectionnés avec le temps. Les habitants de la communauté micmaque s’inquiètent depuis des décennies des conséquences pour leur santé et leur environnement.

L’Association des femmes autochtones de Pictou Landing a demandé l’aide de la Dre Castleden en raison de son expérience en recherche participative communautaire. Il s’agit d’une forme de recherche où la collaboration joue un grand rôle, les membres de la communauté et les chercheurs travaillant côte à côte pour concevoir et réaliser l’étude.

« La recherche chez les peuples autochtones au Canada n’a pas toujours été éthique. Par notre approche, nous voulons essayer de renverser la situation, ou du moins l’améliorer. La recherche participative communautaire assure à l’Association un pouvoir de décision égal. On sent un véritable respect du savoir et des façons de voir le monde de l’autre », dit la Dre Castleden.

Le travail a débuté par des rencontres mensuelles réunissant la Dre Castleden, un étudiant au doctorat micmac, un étudiant à la maîtrise non micmac et l’Association des femmes autochtones de Pictou Landing pour discuter des préoccupations de la communauté. Ces préoccupations portaient sur la santé des gens de l’endroit et la salubrité du milieu environnant.

« À la manière des Micmacs, ils voient la santé comme étant plus globale », dit la Dre Castleden. « Ils s’intéressent non seulement à la santé physique et mentale, mais aussi à la santé sociale, spirituelle et culturelle de la communauté », précise-t-elle.

Une fois les préoccupations cernées, un plus grand nombre de chercheurs non autochtones se sont joints au projet et ont suivi une formation sur la recherche participative communautaire.

« Tout le monde doit écouter et suivre les instructions des femmes parce que c’est leur projet dans une très grande mesure. C’est un cours sur la bonne façon – éthiquement responsable – de mener une recherche sur la santé des Autochtones. Nous développons cette capacité chez les membres de l’équipe sans expérience en la matière », dit la Dre Castleden.

L’équipe scientifique comprend un spécialiste de la qualité de l’air, un ingénieur en qualité de l’eau, un écotoxicologue, un chercheur en santé des populations et d’autres membres. Les femmes de l’Association décident des axes prioritaires du projet et de la manière dont les chercheurs doivent intervenir auprès des membres de la communauté. Les femmes participent aussi activement à la collecte et à l’analyse des données.

Une partie de la recherche consiste à faire du porte-à-porte pour interroger les ménages sur la salubrité de l’environnement et obtenir des renseignements sur les problèmes de santé (physique, mentale, sociale et spirituelle) ainsi que leur évolution et leurs caractéristiques au fil des ans. En plus, l’équipe de recherche recueille les récits oraux des aînés de la communauté pour savoir à quoi ressemblait la région avant l’ouverture de l’usine.

Les membres de la communauté aident à déterminer où exercer une surveillance et les scientifiques trouvent des façons de procéder. Ensemble, ils planifient la surveillance de la qualité de l’air et de l’eau, ainsi que l’analyse du sol pour déceler des contaminants. L’écotoxicologue étudiera les charges de substances chimiques dans la faune locale.

Selon l’Association des femmes autochtones de Pictou Landing, les femmes ont déjà constaté les avantages de l’approche concertée, allant de possibilités d’emploi et de stages pour les étudiants de la communauté à une amélioration de la culture scientifique et des relations avec le monde universitaire.

Les gens d’autres communautés micmaques en Nouvelle-Écosse ont eu vent du projet et ont invité l’équipe à venir parler du partenariat de recherche à des conférences autochtones régionales. En outre, « les femmes avec qui nous travaillons ont le sentiment de prendre en charge leur avenir, ce qui n’était pas le cas auparavant. C’est là un important but de la recherche participative », dit la Dre Castleden.

« La recherche chez les peuples autochtones au Canada n’a pas toujours été éthique. Par notre approche, nous voulons essayer de renverser la situation, ou du moins l’améliorer. » 
– Dre Heather Castleden, Université Dalhousie