Voici les faits

Printemps 2013
Volume 1, numéro 4

[ Table des matières ]

Action Schools! BC : une approche globale pour faire bouger les jeunes

Initialement un projet pilote des IRSC lancé dans dix écoles, le programme est maintenant appliqué dans chaque district scolaire de la Colombie-Britannique

En bref

Qui : Dre Heather McKay, Université de la Colombie-Britannique

Question : En Colombie-Britannique, 30 % des enfants présentent un excès de poids ou un problème d’obésité, et 50 % ne sont pas suffisamment actifs pour en tirer des avantages sur le plan de la santé. Le problème est généralisé au pays : selon Statistique Canada, moins de 7 % des enfants et des adolescents canadiens font les 60 minutes recommandées d’activité physique modérée ou vigoureuse à raison de 6 jours par semaine.

Projets : La Dre McKay a lancé un projet pilote, Action Schools! BC (AS!BC), dans dix écoles primaires pour évaluer l’impact de la formation des enseignants sur la façon d’incorporer l’activité physique dans leurs plans de cours. La Dre McKay et son équipe ont ensuite lancé une étude financée par les IRSC dans 25 écoles de la Colombie-Britannique pour évaluer l’efficacité du modèle s’il était appliqué à plus grande échelle.

Les faits : La Dre McKay et ses collègues ont montré dans le projet pilote que la santé cardiovasculaire des enfants s’était améliorée de plus de 20 % en moyenne un an après le début du projet. Dans l’étude étendue, le changement dans la condition physique était de plus grande ampleur encore après un an.

Les faits à l'œuvre : Le modèle AS!BC, financé par le gouvernement de la Colombie-Britannique, est maintenant appliqué dans chaque district scolaire, grâce à une équipe de soutien qui coordonne 70 formateurs régionaux offrant de 400 à 500 ateliers par année (plus de 3700 ont eu lieu jusqu’ici) pour montrer aux enseignants comment intégrer l’activité physique dans une journée d’école. AS!BC est cité comme modèle pour les autres provinces et territoires.

Sources : « Action Schools! BC: A Socioecological Approach to Modifying Chronic Disease Risk Factors in Elementary School Children », Preventing Chronic Disease: Public Health Research, Practice, and Policy, vol. 3, no 2:A60 (2006).

Il y a dix ans, une journée dans la vie d’un élève d’une école primaire de la Colombie-Britannique se résumait à rester assis dans une salle de classe à écouter l’enseignant. L’activité physique se limitait à sortir à la récréation et le midi, et à participer en moyenne à deux cours de 40 minutes d’éducation physique par semaine, où 15 minutes chaque fois étaient consacrées à la « gestion de la classe », c’est-à-dire donner des instructions et faire le trajet aller-retour au gymnase ou à la cour de l’école.

Activité physique structurée totale? Environ 50 minutes par semaine.

Aujourd’hui, le quotidien de la plupart des enfants des écoles primaires est différent. Par exemple, les cours de mathématiques peuvent commencer par deux minutes de sauts sur place pour faire circuler le sang. À la récréation ou à la pause du midi, on saute à la corde, et c’est l’enseignant qui donne les instructions et fournit les cordes à sauter. De retour en classe, on peut parler brièvement de saine alimentation. Une demi-heure d’exercice est prévue chaque jour.

Activité physique structurée totale? Environ 150 minutes par semaine.

Que s’est-il produit pour provoquer un changement aussi radical dans la troisième province canadienne la plus peuplée?

En 2002, la Dre Heather McKay, de l’Université de la Colombie-Britannique, était troublée par ce qu’elle voyait autour d’elle : 30 % des enfants de 5 à 17 ans avaient un excès de poids ou étaient obèses, et 50 % des jeunes de 12 à 19 ans n’étaient pas assez actifs physiquement pour en ressentir des bienfaits sur le plan de la santé1.

« J’étais en présence de données difficilement contestables qui semblaient indiquer que les enfants n’avaient, de loin, jamais été moins actifs physiquement, explique la Dre McKay. À mon avis, il s’agissait d’un immense problème qui aurait des conséquences dévastatrices sans la prise de mesures immédiates. »

En se concentrant sur les écoles, parce que les enfants y passent la moitié de leur temps lorsqu’ils ne dorment pas2, elle a commencé à réunir les acteurs clés : parents, enseignants et directeurs, et décideurs aux ministères de l’Éducation, de la Santé et du Sport de la Colombie-Britannique. Elle a parlé aux dirigeants de 2010 Legacies Now, organisme de la province créé pour appuyer les Jeux olympiques de Vancouver en 2010, et de JW Sporta, société-conseil en éducation pour l’activité physique et le sport ayant déjà travaillé avec succès auprès des écoles de la Colombie-Britannique.

« Nous les avons tous réunis, explique la Dre McKay, et leur avons dit : “Ne nous demandons pas s’il faut faire quelque chose, mais parlons plutôt de ce que nous allons faire.” Ils ont réagi à ce message. »

Ensemble, ils se sont lancés dans une expérience audacieuse appelée Action Schools! BC (AS!BC) pour faire bouger les enfants. Plutôt que d’essayer seulement d’avoir plus de cours d’éducation physique ou plus d’activités parascolaires, AS!BC intègre, au moyen d’une approche globale, l’activité physique dans chaque aspect de la vie scolaire, en faisant de l’enseignant le pivot de l’action.

De l’activité physique, et pas nécessairement du sport
Parce que ce ne sont pas tous les enfants qui s’intéressent au sport ou qui y excellent, le but d’AS!BC est de créer des exercices simples et efficaces qui peuvent facilement être exécutés dans la salle de classe ou la cour de l’école. « Aucune activité n’est orientée vers un sport en particulier, précise la directrice générale d’AS!BC, Bryna Kopelow. La compétition est absente, il n’y a ni gagnants, ni perdants », dit-elle. « L’idée, c’est de fournir aux enseignants de multiples façons de faire bouger leurs élèves », ajoute la directrice technique d’AS!BC, Jennifer Fenton.

La Dre McKay a d’abord dirigé un projet pilote de deux ans dans dix écoles pour étudier les impacts d’AS!BC. « Pour avoir de la crédibilité, il faut avoir les preuves, dit-elle. Nous avons réalisé des études de base et de suivi avec les enfants et montré une amélioration notable de la condition physique, particulièrement de la santé cardiovasculaire. »

À l’aide d’un test normalisé (répéter une course de 20 mètres à une vitesse croissante), on a déterminé que la santé cardiovasculaire des élèves ayant suivi le programme AS!BC s’était améliorée de 20 % de plus que celle des enfants qui n’y participaient pas. La tension artérielle systolique des premiers a diminué sensiblement, de même que leur risque de maladie cardiovasculaire3. Les résultats positifs ont été encore plus probants lorsque le modèle d’AS!BC a été appliqué à plus grande échelle, auprès de 1300 enfants dans 25 écoles de la Colombie-Britannique.

Les faits à l’œuvre : amélioration de 20 % de la santé cardiovasculaire chez les élèves du primaire en Colombie-Britannique

Après deux ans de participation au programme AS!BC, les élèves présentaient une tension artérielle systolique sensiblement réduite et un plus faible risque de maladie cardiovasculaire que leurs pairs.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique, qui s’était engagé à devenir la province hôte des Jeux olympiques la plus en santé de l’histoire, s’est dit impressionné par les résultats.

« Les résultats étaient concluants, dit Meghan Day, directrice de Healthy Schools, Healthy Workplaces, Healthy Weights de la Colombie-Britannique. Des évaluations globales ont été réalisées au fil des ans, et à la lumière de divers indicateurs de santé et de comportement, les résultats demeurent solides et très positifs, ce qui, évidemment, contribue à un investissement continu et soutenu dans le programme. »

Aujourd’hui active dans tous les districts scolaires de la Colombie-Britannique, l’équipe de soutien d’AS!BC compte 70 formateurs régionaux – des enseignants ou des ex-enseignants pour la plupart – qui animent de 400 à 500 ateliers par année où les éducateurs apprennent à intégrer l’activité physique dans toute la journée scolaire. Dans ces séances de groupe, les enseignants apprennent à ajouter la danse aérobique à une leçon d’arithmétique ou à inclure des exercices d’étirement dans un cours de sciences.

En plus de ce que la directrice générale d’AS!BC, Bryna Kopelow, appelle une « appréciation renouvelée de la joie de l’activité physique », les enseignants obtiennent un coffre rempli de musclets, de bandes élastiques, de cordes à sauter, de matériel ressource et de DVD illustrant des activités de deux minutes que les élèves peuvent faire.

Le gouvernement de la Colombie-Britannique, qui finance AS!BC à hauteur de 1,7 million de dollars, a élevé ses objectifs en matière d’éducation physique en 2008, exigeant que tous les élèves de la maternelle à la douzième année cumulent 30 minutes d’activité physique par jour. De nombreux enseignants s’en sont remis à la formation et aux ressources que leur avait procurées AS!BC pour répondre à cette exigence. S’ils ont besoin d’aide supplémentaire, ils peuvent s’inscrire à des ateliers pour se mettre à jour ou demander à un formateur de venir réorganiser la salle de classe de manière à faire une plus grande place à l’activité physique.

« Nous n’avons plus de spécialistes en éducation physique dans nos écoles, affirme Mme Day, si bien que nos généralistes devaient enseigner l’éducation physique même s’ils ne se sentaient pas outillés pour le faire. AS!BC a réellement permis de travailler à une solution pour accroître les possibilités d’activité physique dans le cadre scolaire. »

L’appui du programme, solide au départ, a augmenté après que les chercheurs d’AS!BC eurent pu montrer que le temps supplémentaire consacré à l’éducation physique ne diminuait en rien le rendement scolaire4. Bien qu’il n’ait pas été démontré encore que le programme améliorait l’apprentissage, la Dre Patti-Jean Naylor, cochercheuse d’AS!BC à l’Université de Victoria, affirme que la « compression de l’efficience », par exemple combiner les rotations avec la géographie ou le mouvement des muscles avec les mathématiques, procure d’autres dividendes.

« Des enseignants nous ont confié qu’ils sentaient un meilleur lien avec les élèves en faisant ce type d’activités, mentionne la Dre Naylor, coauteure d’un article décrivant AS!BC comme un catalyseur de “changements positifs chez les enfants et dans le climat scolaire” et d’amélioration de la communication. Nous savons donc qu’il y a des bienfaits sur le plan social aussi5. »

Le point de vue de la classe

« J’ai l’impression que les enseignants aiment le programme. Nombre d’entre eux n’ont pas beaucoup de formation en éducation physique. Ils veulent faire de l’activité physique et ils en voient l’importance, mais ils ne savent pas trop comment s’y prendre. Nous leur donnons la formation et les ressources. Nous leur offrons beaucoup de choix, si bien qu’ils peuvent opter pour des activités avec lesquelles ils sont à l’aise et qui conviennent aux enfants de leur classe. » – Debbie Keel, enseignante au primaire récemment retraitée et formatrice régionale d’AS!BC

Dans une revue américaine de divers programmes d’activité physique pour les enfants, AS!BC est cité en exemple pour d’autres administrations, « parce qu’il combine politique et leadership du gouvernement, formation adéquate des professionnels de l’éducation, mise à disposition suffisante de ressources dans les écoles, et attentes claires en matière d’activité physique6 ».

Les faits à l’œuvre : une nouvelle approche de l’activité physique dans les écoles

Dans une revue américaine de divers programmes d’activité physique pour les enfants, AS!BC est cité comme un modèle exemplaire pour d’autres administrations parce qu’il combine politique et leadership du gouvernement, formation adéquate des professionnels de l’éducation, ressources pour les écoles et attentes claires (National Plan for Physical Activity: Education Sector, 2009).

En 2006, les Dres McKay et Naylor ont lancé le projet pilote Healthy Eating pour encourager les élèves à réduire la malbouffe et à accroître leur consommation de fruits et de légumes. À l’instar du programme d’activité physique, les enseignants ont reçu une formation qui leur a permis d’essayer des activités visant à promouvoir une saine alimentation en classe, et une « trousse action » comprenant napperons et ustensiles (une planche à découper, des tasses à mesurer et une brosse à légumes) pour initier les élèves aux aliments. Compte tenu des résultats positifs, dont une augmentation du nombre de portions de fruits et de légumes consommés par jour et de la diversité de fruits et de légumes consommés7, le projet Healthy Eating a été incorporé dans le programme provincial AS!BC en 2009.

Les facteurs de succès d’AS!BC

Pourquoi AS!BC a-t-il connu un tel succès en Colombie-Britannique? Les Dres McKay et Naylor citent les facteurs suivants :

  • Collecte de données – les chercheurs ont régulièrement mesuré les résultats pour évaluer l’impact et ont communiqué les données aux écoles et aux intervenants.
  • Formation de partenariats – les chercheurs ont collaboré avec la province, les conseils scolaires, l’administration, les groupes d’enseignants et les comités de parents.
  • Appui de la mise en œuvre – les enseignants ont reçu du matériel, des guides et des outils de planification, de même qu’une formation continue.
  • Gestion du changement – des politiques comme un service de suppléance pour remplacer les enseignants qui assistaient aux ateliers ont été instaurées pour faciliter le changement.

La Dre McKay hésite à s’attribuer le succès global du programme.

« C’est l’idée de plusieurs personnes. Il fallait juste les faire travailler ensemble. J’ai été un catalyseur. L’empressement à agir de tant de personnes talentueuses : voilà la véritable réussite. Je n’aurais pas fait – et n’aurais pu faire – cela toute seule. »

Le succès en chiffres

  • De 400 à 500 ateliers de formation AS!BC sont tenus chaque année.
  • 86 % des écoles ont participé à des ateliers AS!BC.
  • Au cours de l’année scolaire 2011-2012, 7326 enseignants, membres du personnel de soutien et administrateurs scolaires ont assisté à des ateliers de formation.
  • Les formateurs ont donné plus de 1000 ateliers à l’intention d’« élèves moniteurs » pour montrer aux élèves plus âgés comment aider les plus jeunes à être actifs en salle de classe, le midi et aux récréations.

  1. « Action Schools! BC: A Socioecological Approach to Modifying Chronic Disease Risk Factors in Elementary School Children », Preventing Chronic Disease: Public Health Research, Practice, and Policy, vol. 3, no 2:A60 (2006).
  2. Ibid.
  3. « Action Schools! BC: A school-based physical activity intervention designed to decrease cardiovascular disease risk factors in children », Preventive Medicine, vol. 46, no 6 (2008), p. 525-531.
  4. « School-based physical activity does not compromise children’s academic performance », Medicine and Science in Sports and Exercise, vol. 39, no 2 (2007), p. 371-376.
  5. « Lessons learned from Action Schools! BC – An ‘active school’ model to promote physical activity in elementary schools », Journal of Science and Medicine in Sport, vol. 9, no 5 (2006), p. 413-23.
  6. « National Plan for Physical Activity: Education Sector », Journal of Physical Activity and Health, vol. 6, suppl. 2 (2009), p. S168-180.
  7. « Action Schools! BC Healthy Eating Pilot: Final Report Results and Recommendations. » Mars (2009) [ PDF (632 Ko) - lien externe ]