Profil de recherche – Répondre au besoin
Pour combattre l'insécurité alimentaire au Canada, l'aide alimentaire ne suffit pas.
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Dre Valerie Tarasuk
En bref
Qui – Dre Valerie Tarasuk, Département des sciences de la nutrition, Université de Toronto.
Question – L'aide alimentaire est utile à bien des gens au Canada, mais elle ne suffit pas à enrayer le problème de la faim.
Approche – La Dre Tarasuk et son équipe ont sondé des organismes d'aide alimentaire dans cinq villes canadiennes afin de mieux comprendre les services actuellement offerts.
Impact – Les résultats des travaux de l'équipe de recherche permettront de cerner les lacunes dans notre façon de combattre l'insécurité alimentaire.
Bien qu'utile à de nombreuses personnes, le système d'aide alimentaire ne suffit pas à régler le problème de la faim au Canada, selon des chercheurs travaillant dans ce domaine.
Environ 8 % des foyers canadiens souffrent « d'insécurité alimentaire », ce qui signifie que leur accès à la nourriture est limité pour des raisons financières. Étant donné son lien étroit avec la maladie, l'insécurité alimentaire est un problème de santé publique, estime la Dre Valerie Tarasuk, du Département des sciences de la nutrition de l'Université de Toronto.
« Pourtant, il n'existe aucune politique véritable ciblant ce problème. Lorsqu'une personne n'arrive pas à combler ses besoins alimentaires, la seule ressource à sa disposition est bien souvent l'aide alimentaire », explique-t-elle.
Les banques alimentaires font maintenant partie du paysage, tout comme les programmes de distribution de repas. Cependant, selon des études antérieures réalisées par la Dre Tarasuk et d'autres chercheurs, de 20 à 30 % seulement des foyers en situation d'insécurité alimentaire ont recours aux banques alimentaires, et la plupart de ces gens ont malgré tout peine à combler leurs besoins alimentaires. La Dre Tarasuk et son équipe tentent de comprendre les raisons de cette discordance.
Pour avoir une idée de l'efficacité des efforts d'aide alimentaire actuels, la Dre Tarasuk et une équipe de chercheurs de cinq autres universités ont interrogé des organismes qui distribuent de la nourriture aux personnes démunies dans cinq villes : Victoria, Edmonton, Toronto, Québec et Halifax.
Ces villes ont été choisies pour obtenir un tableau de la situation dans des collectivités différentes au chapitre des taux d'insécurité alimentaire et des pratiques passées en matière d'aide alimentaire. Dans ces villes, la proportion de foyers en situation d'insécurité alimentaire variait de 5 % à Québec à 10,3 % à Halifax.
Des représentants de 532 organismes offrant de l'aide alimentaire dans ces villes ont été interrogés dans le but d'éclaircir leur mode de fonctionnement. Les chercheurs ont constaté que l'aide alimentaire était fournie par des organismes multiservices comme des haltes-accueil ou des centres communautaires, des lieux de culte comme des églises et des mosquées, des organismes de services sociaux confessionnels comme l'Armée du Salut, et divers autres organismes comme des collèges et des centres de santé.
Certains offraient des programmes de distribution de repas, et d'autres, de « paniers d'épicerie ».
« Plus de 75 % des organismes offrent de l'aide alimentaire depuis plus de dix ans, et la demande continue d'augmenter, rapporte la Dre Tarasuk. Sur une période d'un mois, les organismes sondés ont servi plus de 551 000 repas et distribué des victuailles à plus de 135 000 personnes. »
Cependant, cela ne veut pas dire que les gens mangent à leur faim. Les programmes d'aide alimentaire sont offerts bénévolement et dépendent largement des dons. L'aide alimentaire n'est qu'une activité secondaire pour de nombreux groupes, et des repas ou des victuailles ne peuvent être assurés tous les jours de la semaine. Seuls 27 % des organismes disposent d'un financement stable pour leur programme alimentaire, et beaucoup sont fermés la fin de semaine. Environ 20 % fournissent de l'aide alimentaire en hiver seulement.
De plus, environ 78 % des organismes ont déclaré que les besoins alimentaires de leur clientèle dépassaient leur capacité d'aide. De nombreux programmes de distribution de repas et de victuailles refusent parfois des gens par manque de nourriture. Qui plus est, beaucoup d'organismes doivent parfois réduire la quantité ou la variété d'aliments offerts.
« Les collectivités font de leur mieux, mais leurs efforts ne peuvent compenser l'insuffisance des revenus », conclut la Dre Tarasuk.
« Lorsqu'une personne n'arrive pas à combler ses besoins alimentaires, la seule ressource à sa disposition est bien souvent l'aide alimentaire. »
– Dre Valerie Tarasuk, Université de Toronto
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