Profil de recherche – Le sexe après le cancer

La méditation consciente aide les survivantes du cancer à retrouver leur fonction sexuelle

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Dre Lori Brotto

En bref

Qui – Dre Lori Brotto, professeure agrégée d’obstétrique et de gynécologie, Université de la Colombie‑Britannique.

Question – Les femmes qui ont des cancers gynécologiques trouvent souvent l’activité sexuelle moins agréable après leurs traitements.

Approche – La Dre Brotto et son équipe utilisent un mélange de méditation consciente et de thérapie cognitivo‑comportementale (TCC) pour aider les survivantes du cancer à se concentrer sur les sensations physiques et à laisser de côté les pensées négatives pendant les rapports sexuels.

Impact – Les femmes qui suivent une TCC basée sur la pleine conscience indiquent des améliorations de leur fonction sexuelle.

Les femmes traitées pour des cancers gynécologiques se plaignent souvent de perte de désir et de difficulté à avoir du plaisir lors des rapports sexuels. Toutefois, selon la Dre Lori Brotto, de l’Université de la Colombie‑Britannique, la méditation consciente pourrait aider nombre de ces femmes à retrouver du plaisir dans l’activité sexuelle.

Des traitements comme l’hystérectomie radicale et la radiothérapie peuvent laisser des cicatrices, endommager des nerfs, ou être à l’origine de douleurs qui peuvent diminuer la fonction sexuelle d’une femme, y compris sa capacité d’être excitée et d’atteindre l’orgasme.

« La radiothérapie peut avoir de très graves conséquences au niveau de l’ouverture du vagin et entraîner une douleur génitale. Cela rend toute pénétration douloureuse et difficile, sinon impossible », dit la Dre Brotto.

La chimiothérapie contribue également aux problèmes dans ce domaine, surtout si elle réduit la fonction ovarienne ou y met fin. Les niveaux de diverses hormones produites par les ovaires sont ainsi réduits, ce qui se répercute sur l’humeur et la libido.

Les traitements contre le cancer peuvent aussi avoir des effets psychologiques négatifs sur la fonction sexuelle, selon la Dre Brotto.

Par exemple, une jeune femme qui subit une hystérectomie devient du même coup infertile. Son sentiment d’identité en tant que femme peut être atteint, et elle peut alors se sentir moins attrayante ou désirable.

Par contre, cela ne signifie pas que les femmes ne peuvent pas retrouver du plaisir dans l’activité sexuelle. C’est là qu’interviennent la Dre Brotto et son équipe. Dans une étude préliminaire, des survivantes du cancer ont subi et mis à l’essai un traitement combinant diverses méthodes standard de thérapie sexuelle et la méditation consciente.

Les résultats semblent montrer que la méditation consciente peut être utile. Cette forme de méditation a ses origines dans le bouddhisme, et elle a été utilisée pour divers troubles médicaux et psychiatriques.

« Elle peut être définie comme un état de conscience, sans jugement, du moment présent, qui en l’occurrence aide les patientes à être étroitement en phase avec leurs sensations », dit la Dre Brotto.

En se concentrant sur les sensations au moment présent, les patientes peuvent mettre de côté leurs préoccupations quant à leur attrait ou aux aspects négatifs de leur maladie.

« Il s’agit d’écarter nombre des jugements négatifs qu’elles portent sur elles‑mêmes : “Je ne suis pas une personne sexuelle”, “Je suis incapable d’être sexuelle”. Les patientes sont encouragées à se mettre à l’écoute des sensations présentes. Un grand nombre de femmes s’aperçoivent que lorsqu’elles commencent à être attentives de cette façon, elles prennent véritablement conscience ou se rendent compte de sensations qui leur échappaient auparavant. »

Dans une étude plus récente, 31 survivantes du cancer du col de l’utérus et de l’endomètre, qui avaient entre 31 et 64 ans, ont été réparties en deux groupes. Les premières ont participé à trois séances de 90 minutes de thérapie cognitivo‑comportementale (TCC) basée sur la conscience, pendant que les autres (groupe témoin) devaient attendre deux mois pour suivre les mêmes séances.

La portion TCC comprenait des composantes où les femmes étaient invitées à parler de sexualité et des changements qu’elles vivaient avec leur partenaire. « La communication portait très expressément sur la sexualité : comment parler des changements sur le plan sexuel, comment s’adapter dans leur vie sexuelle ou quoi faire en cas de douleur génitale », dit la Dre Brotto.

Les femmes traitées ont été évaluées par rapport à leur réponse sexuelle, à leur détresse sexuelle et à leur humeur, et leur excitation sexuelle a aussi été mesurée. Cette évaluation a eu lieu avant l’intervention, un mois après son début, et six mois après sa fin.

Au cours des deux premiers mois, les femmes qui ont suivi la TCC basée sur la pleine conscience ont signalé des améliorations de leur fonction sexuelle, alors que les celles du groupe témoin n’en voyaient pas. De nombreuses participantes ont mentionné que la méditation consciente était particulièrement utile, et elles étaient d’avis que la technique pouvait les aider dans d’autres aspects de leur vie également.

La prochaine étape pour la Dre Brotto et son équipe sera de créer une version de l’intervention qui peut être enseignée ou utilisée en ligne pour une plus vaste gamme de patientes.

« [La méditation consciente] peut être définie comme un état de conscience, sans jugement, du moment présent, qui en l’occurrence aide les patientes à être étroitement en phase avec leurs sensations. »
-– Dre Lori Brotto, Université de la Colombie‑Britannique

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