Combler une lacune dans les soins : Prescription d’exercice aux personnes âgées après une fracture

Un projet d'application des connaissances intégrée s'est basé sur les idées exprimées par des consommateurs (ceux qui vivent avec l'ostéoporose), des cliniciens, des chercheurs et des responsables des politiques de santé pour déterminer ce que les professionnels de la santé doivent savoir en priorité pour combler les lacunes au niveau des soins après une fracture.

Dre Susan R. Harris

  • Professeure émérite, Département de physiothérapie, Université de la Colombie-Britannique

Associés et partenaires

Cocandidats

  • Dre Dawn Burnett, Association canadienne de physiothérapie
  • Mme Alison Hoens, Physiothérapie, St. Paul’s Hospital/Providence Health Care
  • Dre Linda Li, Chaire de recherche Harold Robinson/Société de l’arthrite sur les maladies arthritiques, Physiothérapie, Université de la Colombie-Britannique
  • Mme Jessie McGowan, documentaliste en sciences de la santé, Université d’Ottawa
  • Dr William Miller, Ergologie et ergothérapie, Université de la Colombie-Britannique
  • Dre Donna MacIntyre, Physiothérapie, Université de la Colombie-Britannique
  • Mme Margaret Mousseau, Politiques et pratiques, Association canadienne de physiothérapie
  • Dre Darlene Reid, Physiothérapie, Université de la Colombie-Britannique
  • Dre Meena Sran, Programme d’ostéoporose, Centre de santé pour les femmes, C.-B.
  • Dr Peter Tugwell, Institut de la santé des populations, Université d’Ottawa
  • Mme Marie Westby, candidate au doctorat en sciences de la réadaptation, Université de la Colombie-Britannique

Problème

L'utilité de l'exercice pour la prévention des fractures ostéoporotiques est bien documentée, mais on sait peu de choses sur le rôle de l'exercice dans le processus de réadaptation des patients souffrant d'ostéoporose après une fracture.

Au sein de la population canadienne vieillissante, les fractures ont un impact majeur sur les coûts des soins de santé, la qualité de vie des victimes et leur capacité de gagner un revenu. Quarante pour cent des femmes et treize pour cent des hommes au Canada risquent de subir une fracture liée à l’ostéoporose au cours de leur vie. Les coûts de traitement des fractures ostéoporotiques au Canada s’élèvent à 1,9 milliard de dollars annuellement. On estime que de 15 à 25 % des cas de fracture de la hanche nécessitent un placement en maison de soins infirmiers. Et les victimes de fractures de la colonne vertébrale et de la hanche courent des risques accrus de décès au cours de l’année suivant leur accident.

Recherche

En tant que physiothérapeute, la Dre Susan Harris connaissait bien les impacts des fractures ostéoporotiques chez les patients âgés.

« Nous sommes très renseignés sur le rôle de l’exercice dans la prévention des fractures chez les patients souffrant d’ostéoporose. Mais il était frustrant de constater le manque d’information scientifique à la disposition des cliniciens pour éclairer les plans de réadaptation de leurs patients âgés qui ont déjà été victimes de fracture. Nous voulions déterminer quelle recherche avait déjà été faite – partout dans le monde – sur les exercices les plus efficaces à prescrire à des fins de réadaptation. Et nous voulions mettre cette information à la disposition des praticiens et des responsables des politiques en matière de soins de santé. »

À l’aide d’une subvention de synthèse de connaissances des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Dre Harris a réuni une équipe de recherche pour examiner la littérature sur les exercices à prescrire après une fracture liée à l’ostéoporose. Leur examen de l’étendue des connaissances a permis de relever systématiquement les principaux concepts, théories, sources de données probantes et lacunes de la recherche. La Dre Harris a collaboré étroitement avec des intervenants de tout le continuum thérapeutique selon une approche d’application des connaissances intégrée. Les consommateurs – ceux qui vivent avec l’ostéoporose – ont collaboré à chaque étape du projet. Elle a consulté des physiothérapeutes qui travaillent au quotidien avec des personnes souffrant d’ostéoporose, des chercheurs qui étudient la maladie et des responsables des politiques en matière de soins de santé. Ces consultations ont permis de guider le plan de recherche, de parfaire les paramètres de recherche et, en définitive, d’éclairer les résultats.

La tâche n’a pas été facile. L’adhésion aux lignes directrices des IRSC sur l’application des connaissances intégrée a impliqué l’apprentissage de nouvelles façons de collaborer et de consulter. « Je félicite les IRSC de nous avoir mis au défi. J’ai beaucoup appris juste en rédigeant ma proposition. Et l’inclusion de si nombreuses perspectives a été grandement profitable au processus de recherche. »

Les chercheurs ne se sont pas limités aux études en langue anglaise. Ils ont traduit des articles publiés en chinois, en danois, en français et en allemand. Au cours des douze mois du projet, ils ont passé en revue plus de 9000 titres et résumés et ont scruté près de 300 articles en version intégrale. De ce nombre, 154 ont répondu à tous les critères d’examen de l’étendue des connaissances et ont fourni les données du rapport final. 

Résultats

Comment le projet a-t-il contribué à combler les lacunes des connaissances? La Dre Harris et son équipe ont fait connaître les conclusions de la recherche mondiale sur les soins post-fracture par le biais d’ateliers et de fiches d’information en langage simple préparés pour Ostéoporose Canada et d’autres groupes de consommateurs.

En 2011, la revue Osteoporosis International a publié deux articles signés par la Dre Harris et son équipe : les résultats de l’examen de l’étendue des connaissances et un rapport sur les effets des exercices thérapeutiques pour les victimes de fracture ostéoporotique de la colonne vertébrale. 

Un an plus tard, la seconde communication a été citée dans un article sur les fractures de la colonne vertébrale publié dans le New England Journal of Medicine, qui disait : Même s’il subsiste des doutes quant aux effets des exercices thérapeutiques, nous recommanderions un programme de physiothérapie ciblé intégrant des exercices de modification de la posture, de renforcement des extenseurs dorsaux et d’amélioration de la mobilité.

« C’est excitant de savoir que mon article de recherche est lu et qu’il contribue à l’amélioration des soins », souligne la Dre Harris. « Nos résultats sont communiqués à des réunions internationales majeures et alimentent les conversations dans le milieu des soins de santé au Canada. Mais je crois qu’il reste encore fort à faire au Canada et à l’étranger pour que cette information parvienne entre les mains des praticiens. »