Profil de recherche – Parvenir à supprimer le VIH
Des chercheurs travaillent en collaboration pour étudier un vaste ensemble de données sur plus de 8 000 personnes en traitement antirétroviral pour le VIH afin de déterminer comment le Canada fait face à l'épidémie de VIH/sida.
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Dr Curtis Cooper

Angela Cescon
Au Canada, une personne qui vit avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) a plus de chances de parvenir à la « suppression virale » si elle est de sexe masculin, habite en Ontario et ne s'est jamais injecté de drogues, si l'on en croit les conclusions tirées de la plus grande base de données jamais constituée à l'échelle nationale sur les personnes atteintes du VIH.
Parvenir à la suppression virale, c'est-à-dire arriver au point où le virus est maîtrisé et y rester, est crucial pour deux raisons : pour empêcher une personne infectée par le VIH de développer le sida, et aider à enrayer la propagation du VIH.
« Supprimer la charge virale d'une personne réduit considérablement le risque qu'elle développe le sida », affirme le Dr Curtis Cooper, chercheur à l'Université d'Ottawa et directeur régional de la Canadian Observational Cohort (CANOC) Collaboration. « Sur le plan de la santé publique, la population se trouve protégée parce que le risque de transmettre le VIH quand la charge virale est complètement supprimée est minime. Je ne dirais pas que la transmission est impossible, mais le risque est considérablement réduit. »
La CANOC a permis de recueillir des données sur plus de 8 000 patients en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec qui sont en traitement antirétroviral hautement actif (HAART), le traitement courant de l'infection par le VIH. Dans une étude publiée l'an dernier dans la revue britannique HIV Medicine, les chercheurs de la CANOC ont indiqué que le délai médian avant d'atteindre la suppression virale était de 4,5 mois chez les Canadiens infectés par le VIH.
En bref
Qui – Angela Cescon, coordonnatrice de la recherche, Canadian Observational Cohort (CANOC) Collaboration; Dr Curtis Cooper, médecin à l’Hôpital d’Ottawa, chercheur clinique à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et directeur régional de la CANOC.
Question – Les chercheurs, les cliniciens et les responsables des politiques doivent avoir une idée exacte de l'efficacité des traitements antirétroviraux pour améliorer la santé et le bien être des personnes qui vivent avec le VIH.
Approche – La CANOC suit les progrès de plus de 8 000 Canadiens qui prennent des médicaments antirétroviraux.
Impact – Des rapports publiés par la CANOC, comme l'étude de l'année dernière dans HIV Medicine, font le point sur la manière dont le Canada réussit à tirer le maximum d'avantages des traitements disponibles, dans le but d'améliorer la santé des patients.
« Dans les essais cliniques, il faut généralement de deux à quatre mois pour parvenir à une suppression complète du virus chez les personnes traitées, explique le Dr Cooper. Cela donne à penser que nous – tant les patients que les fournisseurs de soins – faisons un bon travail. »
Toutefois, il n'est absolument pas question de se reposer sur ses lauriers, s'empresse-t-il d'ajouter. Les femmes traitées au Canada s'en tirent généralement moins bien que les hommes, à l'instar des personnes qui font face à des difficultés supplémentaires.
« Le défi est de taille chez les patients ayant des problèmes de santé mentale, d'itinérance, d'alcool ou de drogue, affirme le Dr Cooper. Ce sont des obstacles non négligeables à un traitement efficace et à l'atteinte de résultats optimaux. »
Éliminer les obstacles et mettre en œuvre des programmes pour améliorer l'accès aux traitements et aux services passe par une compréhension des difficultés des patients et une prise de conscience de celles-ci par les chercheurs, les fournisseurs de soins et les responsables des politiques.
« Les facteurs sociodémographiques sont importants pour ce qui est de l'accès aux traitements et de la capacité de s'y conformer, soutient Angela Cescon, auteure principale de l'étude de 2011. Notre analyse représente la première étape en vue de déterminer quelles sont les personnes chez qui la suppression (virale) ne se produit pas. »
Grâce à l'aide financière des Instituts de recherche en santé du Canada, les chercheurs de la CANOC analysent les données recueillies auprès de neuf cohortes de personnes infectées par le VIH dont le traitement antirétroviral hautement actif a débuté en 2000 ou après. On prévoit élargir la collaboration à d'autres provinces (la Saskatchewan en premier) et commencer à examiner des aspects comme le vieillissement et le VIH.
« Nous voulons maintenant nous pencher sur l'apparition de comorbidités pour tenir compte du vieillissement et du traitement anti-VIH prolongé, explique Mme Cescon. Nous espérons être en mesure de recueillir des renseignements plus détaillés sur le cancer, les maladies hépatiques et rénales, et les maladies cardiovasculaires, pour au bout du compte améliorer la santé et le bien-être des personnes qui vivent avec le VIH dans l'ensemble du Canada. »
« L'important, c'est de bien comprendre ce qui se passe dans les trois principales provinces où l'infection au VIH a eu un impact. Nous espérons dépasser les frontières de ces provinces et nous rendre dans d'autres régions où l'épidémie prend maintenant de l'ampleur. »
– Dr Robert Hogg, chercheur principal de la CANOC et directeur du Programme de désintoxication au Centre d'excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique
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