Voici les faits
Tout un contrat : maintenir l'un des effectifs les plus précieux du monde en sécurité et en santé
Un nouvel outil pour protéger les travailleurs de la santé
En bref
Qui : Dre Annalee Yassi, Université de la Colombie-Britannique
Question : Les professionnels de la santé courent chaque jour le risque d'être exposés à des agents biologiques qui causent la maladie et la mort. Les normes en matière de prévention des infections varient beaucoup et, aujourd'hui, la tuberculose résistante aux médicaments représente une menace de taille pour les travailleurs de la santé dans les pays en développement.
Projets : La Dre Yassi dirige plusieurs projets de recherche et activités d'application des connaissances visant à améliorer la prévention des infections en Amérique du Nord, en Amérique centrale, en Amérique du Sud et en Afrique, y compris l'élaboration de programmes postdoctoraux sur la prévention des infections en Équateur et une initiative quinquennale appuyée par les IRSC visant à réduire le fardeau de la co-infection tuberculose-VIH chez les travailleurs de la santé en Afrique du Sud.
Les faits : La Dre Yassi et ses collègues ont mis au point un outil de surveillance Web appelé OHASIS (Occupational Health and Safety Information System [Système de renseignements en santé et sécurité au travail]) pour consigner les incidents, les expositions, les facteurs de risque, l'immunisation, les blessures et les maladies des travailleurs de la santé. L'équipe a également créé des modules de formation interactifs pour enseigner des protocoles de contrôle des infections aux travailleurs de la santé.
Les faits à l'œuvre : L'outil OHASIS est en place en Afrique du Sud et il est mis à la disposition d'hôpitaux des États-Unis. L'Équateur est en train de l'appliquer, et l'Espagne, la Colombie et le Ghana ont signifié leur intérêt. La Dre Yassi a également corédigé l'ébauche des directives sur l'amélioration de l'accès des travailleurs de la santé aux services de prévention, de traitement, de prise en charge et de soutien pour le VIH et la TB publiées en 2010 par l'Organisation mondiale de la santé, l'Organisation internationale du travail et l'ONUSIDA.
Sources : Yassi et coll. « Collaboration between infection control and occupational health in three continents: a success story with international impact », BMC International Health and Human Rights, vol. 11, suppl. 2, S8, 2011. DOI : 10.1186/1472-698X-11-S2-S8.
Les soins de santé de première ligne sont un domaine risqué. Les travailleurs de la santé comptent près de 30 millions de médecins, d'infirmières et de sages-femmes1 et plus de 59 millions d'employés de cliniques2, un effectif mondial essentiel qui court chaque jour le risque d'être exposé à des agents biologiques pouvant entraîner la maladie et la mort.
Vidéo avec la Dre Yassi
L'éclosion du SRAS en 2003 a fait ressortir cette réalité : dans 72 % des 375 cas recensés en Ontario, l'infection avait été contractée dans un environnement de soins. De ces cas, 45 % étaient des travailleurs de la santé, dont une majorité d'infirmières3. Dans le monde, les travailleurs de la santé étaient les plus à risque de contracter le SRAS; ils représentaient le cinquième des patients atteints4. Plus récemment, dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où la tuberculose (TB) représente toujours un fléau, les travailleurs de la santé courent un risque élevé de contracter une forme multirésistante de cette pneumopathie. Par ailleurs, les employés des cliniques courent un risque accru de contracter l'hépatite B et C ainsi que d'autres maladies infectieuses.
Après que la pandémie du SRAS eut montré la rapidité avec laquelle une infection peut se propager dans le monde et sévir dans les hôpitaux et les cliniques, la Dre Annalee Yassi, cofondatrice du programme de recherche en santé mondiale de l'Université de la Colombie-Britannique, a établi un partenariat avec la Dre Elizabeth Bryce. Leurs travaux, qui ont débuté sous la forme d'un projet de recherche financé par les IRSC visant à trouver des façons de mettre en place des pratiques viables de contrôle des infections, se sont rapidement transformés en une collaboration internationale active dans plusieurs pays, sur quatre continents, et ont produits plusieurs outils importants.
« Nous avons mis en place un cadre original pour donner la priorité aux besoins des travailleurs de la santé, car en fait, on semblait presque croire que d'accorder la priorité aux besoins des travailleurs de la santé contrevenait à l'éthique. Pourtant, s'ils ne prennent pas soin d'eux-mêmes, ils ne seront pas là pour prendre soin des patients. » – Dre Annalee Yassi
L'outil OHASIS est l'un des fruits de cette initiative. Il s'agit d'un système en ligne facile à utiliser qui permet de suivre les incidents, les expositions, les facteurs de risque, les immunisations, les blessures et les maladies des travailleurs de la santé. OHASIS est une base de données que les gestionnaires en soins de santé et le personnel de la santé et de la sécurité peuvent utiliser pour surveiller l'effectif et voir ce qui doit être fait pour assurer la sécurité et la santé des travailleurs de la santé. Par exemple, si les données indiquent que des incidents avec des aiguilles se produisent plus souvent dans un département, on peut prendre des mesures pour améliorer la formation ou revoir les méthodes. L'équipe a également créé des outils en ligne comme l'animation interactive « Protect Patti », qui montre quel équipement choisir et comment le mettre et l'enlever afin de prévenir les infections. Un autre outil, le module en cinq leçons intitulé « Infection Control Basics », couvre une gamme de mesures allant du lavage des mains aux protocoles appropriés pour nettoyer du sang ou des liquides organiques.
Les faits à l'œuvre : Un outil pour protéger les travailleurs de la santé
La Dre Yassi et ses collègues ont établi un partenariat avec le National Institute for Occupational Health d'Afrique du Sud pour mettre en place OHASIS au sein du National Health Laboratory Service, qui compte 349 laboratoires et environ 7 000 employés répartis dans 150 sites et trois hôpitaux de la province de l'État libre. Son équipe collabore avec le National Institute for Occupational Health and Safety des États-Unis (qui fait partie des Centers for Disease Control and Prevention) afin d'implanter OHASIS dans les hôpitaux américains. L'Espagne, le Ghana et la Colombie ont également montré leur intérêt, tandis que l'Équateur et la ville de Vienne en sont à l'étape de la planification de la mise en œuvre.
En Afrique du Sud, le Dr Barry Kistnasamy, directeur exécutif du National Institute for Occupational Health (NIOH), croit que l'outil OHASIS jouera un rôle important dans la campagne de prévention de la TB au sein du réseau de laboratoires : « OHASIS assurera les interventions préventives, mais jouera également le rôle de système d'alerte sentinelle grâce aux examens de santé des employés et au portail de signalisation d'incidents, qui permet le dépistage de la maladie chez les employés. Sur le plan individuel, il offrira aux employés une rétroaction et fera en sorte que les interventions nécessaires soient effectuées. Sur le plan collectif, les renseignements permettront de déterminer quels laboratoires risquent d'avoir une plus grande incidence de TB, et de garantir que des évaluations des lieux de travail soient faites au besoin et que des solutions soient mises en place. »
L'Équateur adopte ce système dans le cadre de ses efforts de contrôle des infections dans les centres de soins. « Nous sommes en train d'intégrer la plate-forme OHASIS dans la conception des ressources d'information et de communication sur lesquelles nous travaillons en collaboration avec le ministère de la Santé », explique le Dr Jaime Breilh, de l'Université andine Simón Bolívar, à Quito.
Au-delà d'OHASIS
En Équateur et en Afrique du Sud, OHASIS s'inscrit dans le cadre d'une contribution plus large au domaine de la santé publique. L'équipe de la Dre Yassi à l'Université de la Colombie-Britannique a collaboré avec l'Organisation panaméricaine de la santé à la prévention de la transmission des maladies infectieuses chez les travailleurs de la santé en Équateur. La Dre Yassi et ses collègues ont aussi collaboré avec le ministère de la Santé de ce pays à l'adaptation d'un outil canadien d'évaluation du milieu de travail – une liste de vérification des risques physiques, chimiques, biologiques, ergonomiques, psychologiques et liés à la sécurité – et ont mené un sondage visant à évaluer les connaissances, l'attitude et les pratiques dans trois hôpitaux. Grâce à ce travail précurseur à l'outil OHASIS, ils ont pu cibler les points faibles et mettre sur pied des projets comme des campagnes d'amélioration de l'hygiène des mains visant à réduire la transmission des infections.
La Dre Yassi et ses collègues ont également participé à la mise en place d'un programme de maîtrise et d'un programme de doctorat en Équateur qui, jusqu'à maintenant, ont attiré des candidats de six pays d'Amérique latine.
« Notre objectif est de renforcer les capacités en formant des gens qui peuvent à leur tour en former d'autres dans le contrôle des infections et la sécurité en milieu de travail, affirme le Dr Breilh. La contribution que nous apportent la Dre Yassi et l'Université de la Colombie-Britannique – leur appui, leur présence directe en recherche et leurs enseignements –, tous ces éléments nous ont propulsés à une nouvelle étape du développement de ce que nous appelons au sens large la santé publique. »
En Afrique du Sud, grâce au financement des IRSC et de l'Initiative de recherche en santé mondiale, l'équipe de l'Université de la Colombie-Britannique travaille à renforcer la capacité du pays à concevoir, à mettre en œuvre et à évaluer des programmes visant à améliorer l'accès des travailleurs de la santé aux services de prévention, de prise en charge et de soutien axés sur la TB.
« Au Canada, nous ne sommes pas conscients de l'énorme fléau que représentent le VIH et la TB pour le secteur des soins de santé à l'échelle mondiale, affirme la Dre Yassi. Le ministère de la Santé d'Afrique du Sud estime que plus de 30 % des femmes enceintes en 2010 étaient infectées par le VIH. La double épidémie de VIH et de TB est une source de préoccupation pour les travailleurs de la santé, qui courent un risque élevé d'être exposés à la TB dans les centres de soins. »
Les travaux de la Dre Yassi attirent l'attention. Selon Susan Wilburn, administratrice technique du département Santé publique et Environnement de l'Organisation mondiale de la santé, à Genève, le projet en Afrique du Sud est un signe de la capacité de la Dre Yassi « à trouver de bons partenaires et à bien collaborer avec eux ». Elle voit le travail de l'équipe de l'Université de la Colombie-Britannique comme un modèle à suivre partout dans le monde.
« Cela ressort de l'efficacité avec laquelle ils ont collaboré avec des collègues de la province de l'État libre en Afrique du Sud pour mettre en place OHASIS et de la déclaration suivante de la NIOH : "C'est exactement ce dont nous avons besoin pour bien gérer le programme en santé professionnelle dans nos laboratoires du service de santé national." Je n'arrive pas à imaginer une plus forte adhésion ailleurs. La Dre Yassi accomplit en Afrique du Sud un travail déterminant ayant un grand impact à l'échelle mondiale. »
L'ABC de la protection des travailleurs de la santé contre le VIH et la TB
En 2010, les Directives conjointes OMS-OIT-ONUSIDA sur l'amélioration de l'accès des personnels de santé aux services de prévention, de traitement, de prise en charge et de soutien pour le VIH et la TB ont mis en garde les travailleurs de la santé contre la menace que pose la double épidémie. Les trois organismes signalaient que même si les travailleurs de la santé « faisaient voir une morbidité et une mortalité liées à leur exposition au VIH et à la TB au travail et dans leur communauté », il arrivait souvent qu'ils n'aient pas accès aux services de prévention et de traitement du VIH et de la TB. Lors de la publication des directives, les organismes ont souligné la contribution de la Dre Yassi, de l'étudiante diplômée Lyndsay Dybka et de l'équipe de l'Université de la Colombie-Britannique qui ont effectué la revue systématique des données, rédigé la synthèse de la littérature et produit la première ébauche des directives.
Ressources complémentaires :
- Yassi et coll. « Assuming our global responsibility: improving working conditions for health care workers globally », Open Medicine, vol. 3, no 3, 2009, p. 174-177.
- Yassi et coll. « Collaboration between infection control and occupational health in three continents: a success story with international impact », BMC International Health and Human Rights, vol. 11, suppl. 2, S8, 2011. DOI : 10.1186/1472-698X-11-S2-S8.
- Visionnez la vidéo éducative « Protect Patti » (en anglais seulement)
- Organisation mondiale de la santé. Rapport OMS 2011 sur la lutte contre la tuberculose dans le monde (en anglais seulement)
- Organisation mondiale de la santé. Directives conjointes OMS-OIT-ONUSIDA sur l'amélioration de l'accès des personnels de santé aux services de prévention, de traitement, de prise en charge et de soutien pour le VIH et la TB [ PDF (146 Ko) - lien externe ]
- Vidéo avec la Dre Yassi
- Organisation mondiale de la santé. Statistiques sanitaires mondiales 2011
- Organisation mondiale de la santé. Health workers (en anglais seulement)
- « La Commission sur le SRAS – Résumé », Le printemps de la frayeur, vol. 1, déc. 2006, p. 11 [ PDF (6.55 Mo) - lien externe ]
- « Severe acute respiratory syndrome (SARS) and healthcare workers », International Journal of Occupational and Environmental Health, vol. 10, no 4, oct.-déc. 2004, p. 421-427.
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