Printemps 2012
Volume 1, numéro 2

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Collaboration spéciale : La prévention du VIH

Dr Marc Ouellette, directeur scientifique, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC

« Au bout du compte, ça en vaut vraiment la peine. Entre une infection au VIH et deux semaines de douleur, la douleur est probablement le moindre mal », s’est dit Senzo Simelane, étudiant de troisième année en génie à l’Université du Swaziland, en quittant une clinique locale.

Senzo Simelane fait partie des quelque 600 000 hommes du sud et de l’est de l’Afrique à se faire circoncire dans le cadre d’efforts de prévention du VIH. Selon les résultats de recherche du Dr Stephen Moses de l’Université du Manitoba, le risque de contracter une infection au VIH est 60 % plus faible chez les hommes circoncis, ce qui a amené l’Organisation mondiale de la santé et ONUSIDA à promouvoir activement la circoncision dans 14 pays.

La circoncision est effectivement un outil précieux dans la lutte contre la transmission du virus, mais elle doit être accompagnée d’autres moyens de prévention comme le port du condom, le dépistage, l’abstinence et la sensibilisation. Sans vaccin contre le VIH, qui demeure hors d’atteinte, l’éradication totale de la maladie n’est pas pour demain. Pour l’instant, il faut combiner diverses mesures préventives pour assurer une intervention contre le VIH qui soit globale et efficace à long terme.

Le traitement antirétroviral constitue l’une de ces mesures préventives. La découverte des antirétroviraux a eu de profondes répercussions sur l’espérance de vie des personnes séropositives pour le VIH. Le traitement antirétroviral, qui a permis de ralentir la progression du sida et de prévenir le décès de millions de personnes, a transformé l’infection au VIH en une maladie chronique gérable. Ces médicaments sont prescrits aux personnes infectées lorsque la quantité de virus dans le sang (ou charge virale) devient trop élevée.

Les antirétroviraux diminuent la vitesse de prolifération du VIH dans l’organisme, ce qui permet de maintenir le système immunitaire en santé, de ralentir la progression de la maladie et de diminuer considérablement la morbidité et la mortalité. Autrement dit, le traitement antirétroviral permet de limiter le taux de VIH dans l’organisme. Plus la charge virale dans le sang est faible, plus le risque de transmission est faible. Cette découverte a été appliquée à de nouvelles modalités de traitement, notamment à la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, chez les couples sérodiscordants et les utilisateurs de drogues injectables, ainsi que pour la prévention de la transmission sexuelle du virus.

L’essai HPTN 052 du HIV Prevention Trials Network, financé par les National Institutes of Health, a permis d’établir que le traitement antirétroviral des personnes infectées par le VIH peut réduire le risque de transmission sexuelle du virus aux partenaires non infectés.

Les antirétroviraux ont également d’autres usages. Ils peuvent notamment être utilisés à court terme pour diminuer le risque d’infection au VIH après une exposition possible au virus. La prophylaxie post-exposition (PPE) est utilisée lorsqu’une personne non infectée est exposée au VIH au travail (par exemple, dans le cas d’une piqûre involontaire) ou lors de relations sexuelles. De même, la prophylaxie préexposition (PPrE) est un traitement préventif pour les personnes séronégatives pratiquant des activités à haut risque, qui consiste à prendre des antirétroviraux au quotidien pour réduire le risque de contracter le VIH.

Certaines études ont permis de démontrer l’efficacité de la PPrE chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ainsi que chez les hommes et femmes hétérosexuels. En novembre 2010, les National Institutes of Health ont publié les résultats d’une vaste étude multinationale sur le rôle de la PPrE dans la transmission du VIH. Selon cette étude, la prise quotidienne d’antirétroviraux augmente en moyenne de 44 % la protection contre le VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et qui ont également recours à une gamme complète de services de prévention, notamment le dépistage mensuel du VIH, la mise à disposition de condoms et la prise en charge d’autres infections transmissibles sexuellement. Le médicament utilisé dans le cadre de l’étude, récemment approuvé aux États-Unis, est le premier médicament sur ordonnance visant à prévenir le VIH chez les personnes à risque.

Les chercheurs étudient le VIH sous tous les angles possibles afin de réduire le nombre de personnes infectées à l’échelle mondiale. La circoncision, les antirétroviraux, la prophylaxie post-exposition et préexposition, la prévention de la transmission de la mère à l’enfant, le dépistage et la sensibilisation sont tous de précieux outils de prévention de l’infection au VIH. L’éradication du VIH est un long processus qui repose sur ces mesures et sur d’autres solutions qui restent à découvrir dans la poursuite d’un objectif commun : un monde sans sida.