Intersections : Un bulletin de l'Institut de la santé des femmes et des hommes

Printemps/été 2012, vol. 3, n° 2

Table des matières


Message de la directrice scientifique, la Dre Joy Johnson

Amélioration des méthodes et mesures

Le genre et le sexe sont des concepts complexes. Comment les mesurer et en saisir exactement les effets sur la recherche? L'innovation dans le domaine sera contrecarrée si notre principale mesure du sexe ou du genre est une case à cocher pour répondre à la question « Homme ou femme? » Plusieurs aspects doivent être pris en compte. Quand nous analysons les données, les effets du sexe et du genre peuvent-ils être séparés? Et si l'intérêt réside dans leurs points d'intersection, comment pouvons-nous déterminer ces points et les étudier? Les méthodes et les mesures sont les approches, procédures et règles employées par les chercheurs pour recueillir et analyser de manière fiable et valide les données qui servent à aborder les questions de recherche. Pour faire avancer la science du genre, du sexe et de la santé, nous devons disposer de meilleurs moyens d'examiner les écarts selon le sexe et le genre et de saisir les influences du genre et du sexe sur les résultats en matière de santé.

Voilà pourquoi l'Institut de la santé des femmes et des hommes a fait de l' « amélioration des méthodes et des mesures » l'une de deux stratégies de renforcement des capacités dans son plan stratégique pour 2009-2012. Le présent numéro d'Intersections est consacré à cette priorité stratégique et met en lumière certaines de nos principales initiatives à cet égard. En 2009, l'ISFH a lancé une possibilité de financement sous forme de subvention Catalyseur pour appuyer l'élaboration ou la mise à l'essai d'approches de recherche nouvelles et novatrices permettant d'étudier les effets du genre et/ou du sexe sur les résultats cliniques. Quatre de ces projets sont exposés dans la présente. Ensemble, ils représentent une gamme fascinante d'innovations méthodologiques dans la recherche prenant en compte le sexe et le genre. L'Institut a aussi offert une formation directe pour renforcer les capacités en matière de méthodes et de mesures. C'était là un thème explicite de notre atelier d'été 2011 pour les étudiants des cycles supérieurs et les boursiers postdoctoraux. Le travail d'une participante nous est d'ailleurs résumé dans le présent numéro.

Le présent numéro d'Intersections n'offre que quelques-uns des exemples éloquents d'amélioration de la recherche quand elle tient compte du sexe et du genre.

Les hommes et les femmes sont-ils aussi irritables les uns que les autres?

(par Susan Holtzman)

Nul doute, l'irritabilité est une réaction humaine normale. Nous pouvons à peu près tous nous souvenir d'une situation plus ou moins récente où nous nous sommes sentis irritables à propos de quelque chose ou de quelqu'un. L'irritabilité peut être déclenchée par une vaste gamme de situations et de faits, allant des plus futiles, comme le bourdonnement d'une mouche près de nos oreilles, aux plus importants, comme le sentiment de non-respect de la part du conjoint ou d'un enfant. Dans quelle mesure, cependant, les hommes et les femmes sont-ils différents pour ce qui est de subir et d'exprimer l'irritabilité? Les femmes sont-elles plus irritables que les hommes, ou les hommes, plus irritables que les femmes?

En recherche psychiatrique, l'irritabilité a été décrite comme un trait saillant des troubles de l'humeur proprement féminins, comme le syndrome prémenstruel (SPM) et le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). En fait, une mesure féminine a récemment été mise au point pour mieux évaluer l'irritabilité chez les femmes. Par contre, certains chercheurs et cliniciens soutiennent qu'il existe un « syndrome dépressif masculin », également caractérisé par de hauts niveaux d'irritabilité. Comprendre la manière dont le sexe et le genre peuvent influencer l'expérience de l'irritabilité se complique par les attentes de la société quant aux façons dont les femmes et les hommes devraient exprimer leur irritabilité. La société apprend souvent aux femmes à retenir leur colère et leur frustration, alors que l'extériorisation de la colère et de l'agressivité est en général considérée comme socialement acceptable (voire souhaitable) chez les hommes.

En dépit de la somme croissante de recherche sur le sexe, le genre et l'irritabilité, notre compréhension actuelle des causes, des conséquences et du traitement de l'irritabilité demeure étonnamment limitée, ce qui est essentiel, car l'irritabilité peut avoir un effet non négligeable sur la santé et le bien-être, et pas uniquement dans le contexte de la dépression. Des taux élevés d'irritabilité ont été relevés pour une foule d'affections médicales et psychiatriques, variant de la douleur chronique et du syndrome de sevrage à la nicotine aux troubles d'anxiété et à la démence. L'irritabilité peut aussi être un signe avant-coureur de problèmes de santé mentale à venir. Selon une récente étude publiée dans l'American Journal of Psychiatry, il existe une corrélation entre des taux élevés d'irritabilité à l'adolescence et un risque accru de trouble anxieux ou dépressif à l'âge adulte. Au quotidien, un haut degré constant d'irritabilité semble perturber le sommeil et même provoquer des situations stressantes, notamment sous la forme de conflits interpersonnels.

Afin de comprendre à fond l'irritabilité et ses effets, nous devons avoir une définition claire et pouvoir la mesurer. Cependant, l'un et l'autre se sont révélés fort difficiles. Si la majorité d'entre nous a une connaissance implicite de l'irritabilité, aucune définition ne fait consensus actuellement dans la littérature scientifique. En fait, nous avons été en mesure de trouver plus de 20 définitions uniques utilisées dans des études précédentes. Nombre de ces définitions ne réussissent pas à distinguer l'irritabilité des humeurs connexes, comme la colère, l'agressivité et l'hostilité. Même le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR) semble confondre l'irritabilité avec d'autres construits connexes, la décrivant comme une colère persistante, une tendance à réagir aux événements par une crise de colère ou en blâmant les autres, ou encore un sentiment de frustration démesuré pour des problèmes mineurs. Cela a amené les chercheurs à se demander si les études antérieures avaient en fait mesuré l'irritabilité ou quelque combinaison ambiguë d'humeurs négatives.

Le deuxième problème, connexe au premier, est le manque d'outils adéquats pour permettre aux chercheurs et aux cliniciens de mesurer l'irritabilité. Dans la plupart des recherches, une seule question a servi à déterminer l'irritabilité, à savoir : « Dans quelle mesure vous êtes-vous senti (sentie) irritable dernièrement? » Toutefois, si les chercheurs ne peuvent s'entendre sur ce qu'est (et ce que n'est pas) l'irritabilité, comment pouvons-nous nous attendre à ce que le grand public réponde à cette question d'une manière fiable et uniforme? Des mesures plus complexes de l'irritabilité ont été créées au fil des ans, mais elles comprennent souvent des questions servant à évaluer d'autres facteurs que l'irritabilité, comme la colère et l'agressivité (p. ex. : « Quand je suis en colère, j'utilise de gros mots et je blasphème » ), et la dépression (p. ex. « J'ai envie de me faire mal » ). Autre problème, les hommes et les femmes peuvent répondre différemment à des questions au sujet de l'irritabilité. Par exemple, les hommes et les femmes ont peut-être des idées différentes sur l'acceptabilité de se sentir irritables, et ils peuvent en fait désigner et ressentir l'irritabilité différemment.

Pour surmonter ces problèmes, notre équipe a tenté de mettre au point une mesure fiable, valide et objective de l'irritabilité que les chercheurs pourraient utiliser pour mieux comprendre cette propension tant chez les hommes que chez les femmes. Comme première étape, nous avons procédé à une étude qualitative auprès d'un échantillon diversifié d'adultes pour comprendre comment les gens caractérisent leurs propres expériences d'irritabilité. Nombre de participants et participantes ont eu de la difficulté à formuler leur réponse à la question « que signifie l'irritabilité pour vous? » Toutefois, ils ont eu tendance à utiliser une gamme variée de descriptions affectives (p. ex. colère, contrariété, frustration), comportementales (p. ex. expression de colère ou emportement vif), physiologiques (p. ex. augmentation de la fréquence cardiaque, tension musculaire) et cognitives (p. ex. attributions hostiles) pour parler de leurs expériences d'irritabilité.

De nombreux participants et participantes ont aussi reconnu l'existence de stéréotypes de genre en ce qui concerne l'irritabilité. Le plus répandu est que les hommes ont tendance à manifester leur irritabilité de façon plus ostensiblement agressive (p. ex. en lançant des choses, en en venant aux mains) et que les femmes ont un comportement plus passif-agressif (p. ex. elles se plaignent à quelqu'un d'autre, elles boudent et font la moue). Fait intéressant, les participants et participantes ont invariablement indiqué que ces stéréotypes ne s'appliquaient pas à eux, ni à leurs proches. Intriguée, notre équipe de recherche était curieuse de voir si elle pouvait deviner le sexe des participants seulement en lisant la transcription de leur entrevue. La réponse a été un « non » catégorique. Ce résultat a renforcé notre impression que l'expérience et l'expression de l'irritabilité ne semblent pas varier systématiquement en fonction du sexe.

À partir de nos entrevues qualitatives et de notre analyse des mesures et définitions existantes, nous avons ensuite créé un court outil d'auto-évaluation de l'irritabilité qui était précis, qui recoupait peu d'autres construits connexes (p. ex. colère, dépression, agressivité), et qui se prêtait aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Nous avons commencé par poser plus de 60 questions possibles au sujet de l'irritabilité à plus de 1 000 personnes participant à l'étude. Après une analyse quantitative approfondie des données, nous avons pu déterminer que l'irritabilité, du moins statistiquement, est un construit unidimensionnel. Cela signifie que, malgré les façons très variables dont le grand public et la communauté scientifique l'ont définie, l'irritabilité peut être ramenée à un état d'esprit négatif qui suppose une sensibilité accrue, mais généralisée par rapport à des situations internes ou externes. Les émotions, les pensées, les comportements et les sensations physiques qui découlent de ces situations semblent dépendre de divers facteurs dispositionnels (p. ex. personnalité) et situationnels (p. ex. qui est présent dans la pièce).

Nous avons aussi été surpris d'apprendre que l'irritabilité pouvait être mesurée de façon exacte avec cinq brèves questions seulement. Cette observation donne à penser que les mesures existantes plus longues n'ont peut-être pas leur raison d'être. Outre sa brièveté, notre échelle semblait bien représenter les niveaux d'irritabilité ressentis par les hommes et les femmes, sans les exagérer ni les minimiser chez l'un ou l'autre des sexes. Après avoir réglé la question du préjugé sexiste, nous avons essayé de voir si les hommes et les femmes signalaient des degrés d'irritabilité différents sur notre échelle à cinq points. Sur le plan statistique, nous n'avons constaté aucune différence uniforme pour ce qui est de l'irritabilité chez les hommes et les femmes. En fait, l'irritabilité semblait varier beaucoup plus en fonction de facteurs autres que le sexe, comme l'âge et l'état de santé. Ce résultat est aussi en accord avec nos autres conclusions, selon lesquelles il est impossible de déterminer par des généralisations simples qui des hommes ou des femmes sont plus irritables.

L'irritabilité en soi peut consister en divers éléments, mais elle n'est pas forcément exprimée différemment d'un sexe à l'autre. Au contraire, la recherche de différences quant à l'irritabilité chez les hommes et les femmes peut être influencée par des hypothèses communes à propos du comportement des femmes et des hommes. Sur le plan de l'irritabilité, les hommes et les femmes peuvent être plus semblables que nous le pensons. Notre nouvel outil de mesure tient compte de cette similarité possible et aidera la recherche future à mieux mesurer l'irritabilité tant chez les hommes que chez les femmes.

Susan Holtzman (Université de la Colombie-Britannique Okanagan) a reçu une subvention Catalyseur – Méthodes et mesures pour la recherche sur le genre, le sexe et la santé – de l'Institut de la santé des femmes et des hommes pour son projet « Comprendre et mesurer le construit de l'irritabilité chez les hommes et les femmes ».

Évaluer les hommes : la recherche de mesures plus poussées pour une meilleure santé

Quels sont les hommes dont nous parlons dans la recherche en santé des hommes? La façon dont nous définissons « les hommes » en recherche détermine ce que nous pouvons apprendre au sujet de leur santé. Depuis l'identité sociale jusqu'à l'identification des gènes, les chercheurs s'emploient à concevoir de nouveaux moyens de saisir la diversité chez les hommes. L'orientation sexuelle est un aspect de cette diversité qui, de prime abord, peut sembler simple. Nous avons des catégories pour la désigner : homosexuel, hétérosexuel, bisexuel. Toutefois, ces étiquettes englobent de nombreux éléments tels que le comportement, l'attirance et l'identité. Selon la façon de poser la question, les catégories censées expliquer la diversité peuvent gommer ces fins détails. Le Dr David Brennan, spécialiste de la santé des minorités sexuelles, cherche à évaluer les limites de ces catégories et à affiner les approches de l'orientation sexuelle chez les hommes. Ou, que fait-on quand la désignation binaire standard des genres (homme ou femme) utilisée dans la majorité de la recherche en santé exclut les individus qui sont biologiquement de sexe masculin? Il est intéressant de savoir que la nation insulaire éloignée du Samoa offre le contexte parfait pour résoudre ce problème méthodologique universel. Contrairement à la plupart des cultures occidentales, les hommes du Samoa sont socialisés en deux genres, ce qui permet au Dr Paul Vasey, spécialiste de l'évolution de l'attirance sexuelle entre personnes de même sexe, d'examiner comment les facteurs sociaux et la biologie humaine interagissent pour façonner le genre et l'orientation sexuelle. Ces mesures plus fines de l'homme ouvrent la voie à de nouvelles connaissances sur la santé des hommes.

Vous croyez savoir ce que signifie homosexuel ou bisexuel? Vous ne connaissez pas Jacques

(par David J. Brennan)

Un homme de 35 ans, que nous nommerons ici « Jacques », décide de voir un médecin pour des symptômes s'apparentant à ceux de la grippe. Jacques est marié à « France », et il a aussi un ami de sexe masculin, « Marc », avec qui il a des relations sexuelles une ou deux fois par mois. Lorsque Jacques se présente à son cabinet, son médecin, une femme, regarde son dossier et constate qu'il est marié. Elle s'interroge au sujet de ses symptômes, car ils peuvent parfois signaler un début d'infection par le VIH. Elle sourit et demande à Jacques : « Je vois que vous êtes marié, donc vous n'êtes pas homosexuel? » « Exact », répond ce dernier. Le médecin décide donc qu'un test de dépistage du VIH est inutile. Jacques n'a pas menti, il se considère vraiment comme hétérosexuel. Il ne connaît pas vraiment beaucoup d'homosexuels. Il aime sa femme et apprécie sa vie sexuelle avec elle, mais certains de ses amis ont eu des aventures extraconjugales avec des femmes. Pour sa part, il a seulement un ami avec qui il aime avoir des relations sexuelles en toute discrétion, et les deux se protègent la plupart du temps. Personne d'autre n'est au courant. Jacques peut être à risque pour le VIH et d'autres maladies, mais son médecin n'a pas évalué ces possibilités. Jacques a raté une occasion de dépistage et de traitement.

Vous qui lisez cet article pouvez penser que Jacques est « gai » et refuse de l'admettre, ou qu'il est à tout le moins « bisexuel ». Si son médecin lui avait demandé s'il était bisexuel, il aurait peut-être répondu oui. Ou peut-être pas. Jacques se considère comme hétérosexuel; après tout, il est marié à une femme. Ce scénario soulève d'importantes questions de recherche en santé. Comment sait-on que quelqu'un fait vraiment partie d'une minorité sexuelle? La recherche montre que les hommes homosexuels et bisexuels sont plus à risque pour certaines maladies, dont le VIH, mais aussi d'autres problèmes de santé, comme la dépression, l'anxiété, les problèmes d'image corporelle et les troubles de l'alimentation. Dans de nombreuses études, on a demandé aux participants de simplement indiquer s'ils étaient homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels. Si Jacques avait participé à une de ces études, il aurait été étiqueté hétérosexuel parce que c'est ainsi qu'il s'identifie. Ainsi, une façon de mesurer l'orientation sexuelle est de demander aux gens s'ils appartiennent à une catégorie : homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel.

Une autre façon de déterminer l'orientation sexuelle est de poser des questions au sujet du comportement. Le médecin, qui a seulement demandé à Jacques s'il était gai, aurait également pu l'interroger sur le sexe de ses partenaires sexuels. Sans présumer que ses partenaires étaient seulement sa femme ou d'autres femmes, le médecin aurait pu lui demander s'il avait des partenaires sexuels masculins. Peu importe comment il s'identifie, il est un homme qui a des relations sexuelles avec des partenaires de même sexe et de sexe opposé. Au cours de la dernière décennie, une nouvelle expression a vu le jour : hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HRSH). Cette expression est fondée sur le comportement, peu importe l'identité. Ce type de catégorisation est une façon d'accroître les chances que les hommes qui ne se disent pas homosexuels ni bisexuels, mais qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes reçoivent l'information et les services dont ils ont besoin en matière de santé. Néanmoins, l'appellation HRSH est elle aussi restrictive. Personne ne se déclare spontanément HRSH; il s'agit d'une expression qu'emploient surtout les chercheurs et chercheuses dans le domaine de la santé. HRSH ou pas, l'homme aura encore probablement une étiquette identitaire quelconque évoquant son orientation sexuelle, que ce soit homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel. En fait, cette question soulève une certaine controverse au sein de la communauté de recherche, car l'identité homosexuelle ou bisexuelle est plus que le comportement sexuel; elle englobe d'autres aspects de la vie sociale, culturelle et politique. Et si Jacques était un adolescent qui soit attiré par son ami Marc et qui souhaite avoir des relations sexuelles avec lui, sans n'en avoir jamais eu, serait-il considéré comme une minorité sexuelle (homosexuel, bisexuel)?

Or pour mieux comprendre des affections particulières comme le VIH, d'autres infections transmises sexuellement (ITS) ou les troubles de l'alimentation, les facteurs de stress sociaux ou d'autres problèmes de santé qui touchent les hommes homosexuels et bisexuels ou les autres HRSH, nous devrions réellement penser à la meilleure façon de déterminer l'orientation sexuelle. Ceci dit, quelle catégorie conviendrait le mieux à Jacques? Et qui en déciderait? Notre projet de recherche visait à répondre à ces questions.

Nous avons d'abord entrepris une importante revue de la manière dont le milieu de la recherche en santé a déterminé l'orientation sexuelle masculine dans leurs études. Nous avons trouvé diverses façons dont la recherche a procédé à cette détermination chez les hommes. Sur les 250 études publiées en 2010 qui portaient sur la santé et les hommes faisant partie d'une minorité sexuelle, près des deux tiers, avons-nous constaté, utilisaient le comportement comme moyen de déterminer l'orientation sexuelle, et environ la moitié, l'identité. (Dans certaines études, plus d'une mesure était utilisée.) Des questions au sujet de l'attirance sexuelle étaient posées dans un nombre limité d'études. Certaines études utilisaient des mesures multiples et les combinaient en une seule. Un exemple serait celui d'une étude où l'on examinait le comportement sexuel et l'orientation sexuelle, mais où les participants étaient considérés faire partie d'une minorité sexuelle seulement s'ils se disaient homosexuels ou bisexuels et avoir eu des relations sexuelles avec d'autres hommes. Dans une étude, deux hommes partageant une même chambre étaient considérés dans une relation avec une personne de même sexe, ce qui était pour le moins étrange!

Nous avons ensuite essayé de voir ce qui se produirait si nous comparions les hommes se déclarant homosexuels ou bisexuels à ceux qui ne s'identifiaient pas ainsi, mais qui indiquaient tout de même avoir un comportement sexuel avec d'autres hommes. Nous avons examiné les données d'un vaste ensemble de données des États-Unis interrogeant les hommes au sujet à la fois de leur orientation sexuelle et du sexe de leurs partenaires sexuels. Parmi les hommes qui ont indiqué avoir eu des relations sexuelles avec un autre homme dans leur vie, près de la moitié se sont dits hétérosexuels, proportion dont aurait fait partie notre Jacques fictif.

Notre recherche donne à penser qu'une meilleure prise en charge de la santé des hommes passe par l'utilisation de déterminations multiples de l'orientation sexuelle, d'après le comportement et l'identité. Si le médecin de Jacques avait été au courant des résultats de notre étude, elle aurait pu lui demander le sexe de ses partenaires sexuels et opter pour d'autres tests.

Le projet « Les hommes homosexuels sont-ils vraiment des HRSH? Questions méthodologiques dans la détermination de l'orientation sexuelle masculine dans la recherche en santé » a été financé grâce à une subvention Catalyseur – Méthodes et mesures pour la recherche sur le genre, le sexe et la santé – de l'Institut de la santé des femmes et des hommes. Les cochercheurs principaux étaient David J. Brennan (Université de Toronto) et Greta Bauer (Université Western).

« À la manière d'une femme » : de naissance ou par l'éducation?

(par Paul Vasey)

Je me suis rendu au Samoa pour la première fois avec ma collègue, la Dre Nancy Bartlett, pour vérifier, de façon critique, une hypothèse courante, enchâssée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'American Psychiatric Association, selon laquelle une féminité extrême au cours de l'enfance d'un garçon (ou, en termes cliniques, le trouble de l'identité sexuelle de l'enfance) cause une détresse psychologique. Comme on me l'a souvent fait remarquer, le Samoa, c'est un peu loin pour se rendre au travail pour un Canadien. C'est vrai, mais nous n'aurions pu faire notre travail au Canada parce qu'un comportement féminin est réprouvé chez les garçons et les hommes dans notre pays. Cette situation a pour résultat qu'il est difficile de démêler si toute détresse qui pourrait exister est causée par la féminité durant l'enfance en tant que telle ou par la réprobation sociale.

La minuscule nation insulaire du Samoa en Polynésie offrait une solution. Au Samoa, les hommes féminins sont acceptés comme membres courants qui passent inaperçus dans la société. On les appelle là-bas les fa'afafine – une sorte de « troisième » genre qui n'est reconnu ni comme « homme », ni comme « femme ». Parce que les fa'afafine (mot qui signifie « à la manière d'une femme » ) ne sont, grosso modo, pas stigmatisés, nous avons conclu que toute détresse dont ils pourraient souffrir par rapport à leur féminité ne pourrait être mise sur le compte de l'homophobie sociétale. Avec en main le numéro de téléphone d'un seul fa'afafine, Nancy et moi sommes partis pour le Pacifique Sud. Après deux voyages sur place, nous avions suffisamment de données pour nous prononcer avec certitude sur la question de recherche. En résumé, nous n'avons trouvé aucune preuve que l'expression de comportements typiquement féminins au cours de l'enfance était cause de détresse chez les fa'afafine du Samoa. La plupart du temps, les fa'afafine disaient « avoir aimé » faire des activités plus typiquement féminines. Se rappelant son enfance, un fa'afafine nous a dit : « Avec les voitures, c'est juste zoom… c'est nul. J'aimais jouer avec des poupées. Il n'y avait rien de plus précieux pour moi que la Barbie aux longs cheveux de ma soeur ».

Après avoir publié ces travaux dans Perspectives in Biology and Medicine, Nancy et moi avons voulu étudier l'anxiété de séparation de l'enfant au Samoa. Nous savions pour avoir examiné la littérature que les garçons féminins dans les cultures occidentales (qui deviennent pour la plupart androphiles, c'est-à-dire sexuellement attirés vers les hommes adultes) manifestent d'importants signes d'anxiété de séparation. Étant donné leur caractère féminin, nous nous sommes demandé si les fa'afafine (qui pour la plupart deviennent aussi androphiles) pouvaient se souvenir de signes marqués d'anxiété de séparation dans l'enfance comparativement aux hommes et aux femmes du Samoa. Notre recherche a démontré que c'était effectivement le cas, et nous avons supposé que l'anxiété de séparation de l'enfant pouvait représenter un mode universel de développement psychosexuel commun à la grande majorité de garçons féminins, préandrophiles, indépendamment du contexte culturel dans lequel ils ont grandi.

Afin de vérifier cette possibilité plus à fond, mon étudiant au doctorat d'alors, Doug VanderLaan, Nancy et moi avons entrepris une étude rétrospective de l'anxiété de séparation de l'enfant chez les hommes et les femmes hétérosexuels et homosexuels au Canada. Nous avons constaté que les hommes homosexuels canadiens se rappelaient significativement plus de signes d'anxiété de séparation dans l'enfance que les hommes hétérosexuels, mais ils n'étaient pas différents à cet égard des femmes hétérosexuelles. En outre, plus un homme homosexuel affichait des traits féminins dans l'enfance, plus il risquait de présenter des signes d'anxiété de séparation. Je recueille actuellement des données dans la région de Kansai au Japon pour vérifier si les hommes japonais attirés vers d'autres hommes se rappellent aussi d'importants signes d'anxiété de séparation dans l'enfance. Si tel est le cas, notre théorie selon laquelle des signes marqués d'anxiété de séparation dans l'enfance sont une dimension interculturelle invariante d'une enfance féminine, préandrophile, chez le garçon, s'en trouverait renforcée.

Doug, qui est aujourd'hui boursier postdoctoral à mon laboratoire, a ensuite émis l'hypothèse, dans un article publié dans le Journal of Gay and Lesbian Mental Health, que des signes marqués d'anxiété de séparation chez les garçons féminins pouvaient être liés à l'expression d'un comportement prosocial. Pour vérifier cette idée, Doug et Lanna Petterson (une étudiante de premier cycle à mon laboratoire) ont entrepris une autre étude rétrospective où nous avons examiné deux aspects distincts de l'anxiété de séparation chez l'enfant : l'anxiété attribuable à la séparation d'un proche par opposition à l'anxiété attribuable à l'inquiétude au sujet du bien-être d'un proche dont il est séparé. Nous avons constaté que les hommes homosexuels se souvenaient d'une inquiétude significativement plus grande au sujet du bien-être d'un proche que les hommes hétérosexuels, mais qu'ils ne différaient pas à cet égard des femmes hétérosexuelles. Ce résultat est conforme à la conclusion selon laquelle l'anxiété de séparation ressentie par les garçons androphiles dans l'enfance est intimement liée à une préoccupation pour le bien-être d'un proche parent. En outre, plus un homme homosexuel affichait des traits féminins dans son enfance, plus il risquait de présenter des signes d'anxiété de séparation. Alors que selon la perspective clinique traditionnelle, la tendance est de caractériser comme psychopathologique la cooccurrence de la féminité et de l'anxiété de séparation de l'enfant, notre recherche donne à penser que cette cooccurrence peut avoir un fondement socialement bénéfique.

J'entreprends maintenant une étude avec le Dr Andrew Paterson, généticien à l'Hôpital pour enfants de Toronto, pour mettre en évidence les gènes en cause dans l'androphilie masculine au Samoa. Au cours de la dernière année, j'ai passé cinq mois et demi au Samoa afin de recueillir des données au moyen d'un questionnaire et d'échantillons de salive auprès de 500 hommes et fa'afafine, qui constitue un imposant ensemble de données selon les normes transculturelles. Des analyses au laboratoire d'Andrew montrent que l'ADN dans presque tous les échantillons de salive est suffisant pour permettre des analyses plus poussées. La prochaine étape dans cet axe de recherche sera de réaliser une étude d'association pangénomique pour indiquer précisément les gènes intervenant dans l'orientation sexuelle masculine. Ces types d'études comparent les fréquences des gènes entre les individus qui possèdent le trait d'intérêt, en l'occurrence l'attirance sexuelle vers le même sexe, et ceux qui ne le possèdent pas. Les mêmes données génétiques seront aussi analysées afin de révéler toutes associations avec des corrélats sur le plan de la santé comme l'anxiété de séparation de l'enfant, qui sont déterminées au moyen de questionnaires. Jeter de la lumière sur la génétique de l'androphilie chez l'homme et certains de ses corrélats de la santé pourrait permettre de mieux comprendre ce trait ainsi que le devenir sur le plan de la santé des hommes qui le possèdent.

Un peu paradoxalement, ce travail peut aussi aider à comprendre quels gènes sont associés à la santé génésique des femmes, car, comme le suggère notre recherche antérieure, des gènes « sexuellement antagonistes » communs peuvent sous-tendre à la fois l'androphilie masculine et une fécondité élevée (capacité de reproduction) chez les femmes qui ont un lien de parenté avec les hommes androphiles. Selon l'hypothèse des gènes sexuellement antagonistes, les gènes associés à l'androphilie confèrent des avantages reproductifs à la femme, qui compensent les coûts reproductifs subis lorsque les mêmes gènes sont exprimés chez l'homme. Conformément à cette hypothèse, mon groupe de recherche et moi avons montré qu'une femme ayant un lien de parenté avec un fa'afafine (c.-à-d. mère, grand-mère) donne naissance à plus d'enfants qu'une femme membre de la famille d'un homme hétérosexuel samoan. L'étudiante au doctorat que j'encadre actuellement, Deanna Forrester, entreprend une série d'études expérimentales s'appuyant sur des questionnaires pour déterminer quels mécanismes psychologiques ou physiologiques pourraient sous-tendre ces différences entre les groupes dans la capacité de reproduction. Les résultats initiaux des expériences de Deanna sur les choix des partenaires d'accouplement semblent indiquer que la psychologie unique des soeurs de fa'afafine à cet égard diffère de celle des soeurs des hommes hétérosexuels.

Je pense que ce travail offre un exemple remarquable de la manière dont la recherche « fondamentale » dans un lieu éloigné et étranger comme le Samoa peut avoir des incidences « appliquées » à la fois inattendues et salutaires pour la santé et la société au Canada.

Les cochercheurs principaux Paul Vasey (Université de Lethbridge) et Andrew Paterson (Université de Toronto) ont reçu une subvention Catalyseur – Méthodes et mesures pour la recherche sur le genre, le sexe et la santé – de l'Institut de la santé des femmes et des hommes pour leur projet « Identification des gènes influençant l'orientation sexuelle masculine sur une île de la Polynésie ».

Le suicide et le paradoxe des genres

(par Anne E. Rhodes)

Le suicide est la deuxième cause de décès en importance chez les Canadiens âgés de 15 à 24 ans. Les taux de suicide augmentent généralement au moment du passage de l'enfance à l'adolescence et, presque partout dans le monde comme au Canada, ils sont plus élevés chez les garçons et les hommes. En revanche, tandis que les comportements non fatals liés au suicide (comme l'automutilation et les surdoses) augmentent aussi durant cette période, ces comportements sont plus répandus chez les filles. L'apparition à l'adolescence de ce paradoxe des genres suggère que les facteurs déterminants pour les deux sexes sont différents. Si nous parvenons à identifier ces facteurs de façon précoce, nous pourrions peut-être intervenir dans la prévention du suicide chez les jeunes et les groupes plus âgés. Plusieurs explications ont été avancées pour élucider ce paradoxe, dont les différences selon le genre dans les mauvais traitements durant l'enfance, la psychopathologie, l'intention suicidaire, l'accès aux moyens et la recherche d'aide. Un problème méthodologique clé est néanmoins que ces explications n'ont jamais été étudiées en profondeur au moment où les comportements en question commencent à apparaître chez les enfants et les adolescents. De plus, la possibilité d'erreurs de classification dans les causes de décès pour ces jeunes doit être prise en considération. C'est pourquoi notre équipe a entrepris d'étudier ces explications de manière systématique. Trois de ces explications sont présentées ci-après.

Explication 1 : Les causes de décès ne sont pas bien classifiées

Peu de chercheurs et chercheuses ont pris en considération la possibilité d'erreurs de classification dans les suicides d'enfants et de jeunes, c'est-à-dire que la cause de décès officielle n'est pas la bonne. Dans une étude sous presse dans La revue canadienne de santé publique, nous avons analysé 1 294 décès par suicide, 961 décès accidentels et 254 décès de causes indéterminées survenus du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2007 chez des Ontariens et Ontariennes de 10 à 25 ans. Nous avons étudié les données de dossiers du coroner pour reclassifier les causes de décès dans l'optique d'y relever des erreurs potentielles. Nous avons calculé les taux de suicide réels et reclassés selon le sexe, le groupe d'âge et l'année du décès. Chez les 16 à 25 ans, des différences dans les taux de suicide ont été constatées pour les deux sexes avant et après la reclassification. Et pour chaque année étudiée, les taux de suicide réels et reclassés étaient plus élevés chez les garçons.

Nous avons donc conclu qu'il est peu probable que les différences de genre dans les taux de suicide à l'adolescence soient le résultat d'une erreur de classification.

Explication 2 : Les comportements de recherche varient selon le sexe

Cette explication suppose que, chez les enfants et les jeunes, les filles sont moins portées à se suicider parce qu'elles sont plus disposées à demander de l'aide et à parler de leurs problèmes émotifs. La vérification de cette hypothèse exigerait cependant l'accès à des données précises sur l'utilisation des services de santé par les enfants et les jeunes l'année avant leur mort, information difficile à obtenir. Nous avons donc recoupé les données des dossiers du coroner avec les registres administratifs de santé (soins externes, hospitalisations et urgences) pour les jeunes décédés par suicide en Ontario.

Nos conclusions préliminaires suggèrent qu'environ 80 % des enfants et des jeunes qui se sont suicidés ont eu recours aux services de santé l'année avant leur mort, et que plus de filles l'ont fait que de garçons, et à plus grande répétition. Cette prédominance féminine apparaissant à l'adolescence n'était cependant pas spécifique aux soins de santé mentale en consultation externe, et n'était pas présente pour les consultations externes en psychiatrie, les hospitalisations et les services d'urgence. En effet, les garçons étaient plus nombreux que les filles à se présenter aux services d'urgence pour des problèmes précis.

Somme toute, nous ne pouvons exclure cette explication des facteurs contribuant au paradoxe des genres. De plus amples études restent nécessaires pour confirmer ces résultats et déterminer si ces problèmes (et l'utilisation de services qui s'ensuit) exposent les garçons et les hommes à un risque accru de suicide par rapport aux filles et aux femmes. Par exemple, en raison de la nature de ces problèmes, il se pourrait que les premiers soient particulièrement difficiles à prendre en charge et/ou à garder en soins externes, ce qui réaffirme l'importance de la recherche pour prévenir ces problèmes dès le début et le besoin d'intervenir tôt et de façon intensive là où se présentent les garçons et les hommes.

Explication 3 : Les différences entre les sexes en lien avec les mauvais traitements durant l'enfance

La recherche montre un lien entre la violence physique et sexuelle subie durant l'enfance et les tentatives de suicide chez les enfants et les jeunes, un des principaux indicateurs de suicide pour ces groupes d'âge. Nous avons procédé à un examen systématique des résultats de la recherche et avons découvert que la corrélation entre la violence sexuelle durant l'enfance et les tentatives de suicide était moins forte chez les filles que chez les garçons, comme publié dans la revue Suicide and Life-Threatening Behavior. Bien que plus de recherches demeurent nécessaires, il est possible que la nature et le moment de l'agression ainsi que le sexe de la personne l'ayant commise soient particulièrement traumatiques pour les garçons et façonnent la façon dont ils en parlent et, par conséquent, leur demande d'aide, les rendant du coup plus susceptibles de se suicider.

C'est pourquoi nous ne pouvons pas exclure non plus cette explication des facteurs contribuant au paradoxe des genres. (En fait, elle peut contribuer, en partie, à l'explication 2.) Nous réalisons présentement un autre examen systématique en partenariat avec la Section des blessures et de la violence envers les enfants (Division de la surveillance de la santé et de l'épidémiologie) de l'Agence de la santé publique du Canada, afin de déterminer si la plus forte corrélation observée chez les garçons que chez les filles pour les tentatives de suicide est aussi valable pour les décès par suicide, avec les incidences pour les recherches futures.

Du paradoxe à la prévention

L'explication 2 (différents comportements de recherche d'aide) et l'explication 3 (différences liées aux mauvais traitements dans l'enfance) sont toutes deux plausibles, et l'explication 3 pourrait influer sur l'explication 2. Notre équipe examine donc ces possibilités plus en détail. Nous envisageons également d'analyser comment les autres explications possibles, qui n'ont pas encore été étudiées, pourraient être liées aux explications 2 et 3 et aussi contribuer au paradoxe des genres. De manière générale, une meilleure compréhension du paradoxe des genres facilitera la mise au point d'interventions pour prévenir le suicide.

Anne Rhodes (Université de Toronto) a reçu une subvention Catalyseur – Méthodes et mesures pour la recherche sur le genre, le sexe et la santé – de l'Institut de la santé des femmes et des hommes pour son projet « L'accès aux soins pour les garçons et les filles suicidaires ». Équipe de recherche : Anne E. Rhodes, Saba Khan, Michael H. Boyle, Christine Wekerle, Deborah Goodman, Lil Tonmyr, Jennifer Bethell, Bruce Leslie, Hong Lu, Ian Manion.

Jeunes parents : les plus récentes révélations de la bibliothéconomie à leur égard

(par Devon Greyson)

Cécile* attend son premier enfant. À dix-huit ans, elle sera une jeune maman selon les normes canadiennes. Elle est toutefois déterminée à être une bonne mère. À son premier rendez-vous prénatal, elle reçoit beaucoup de conseils de son médecin et elle repart avec toute une série de dépliants sur l'alimentation, l'exercice, le gain de poids, le renoncement au tabac, et un programme facultatif de rencontres sur les soins prénatals. Dans l'autobus qui la ramène chez elle, Cécile remarque une annonce lui disant de faire dormir son bébé sur le dos et entend deux femmes se demander si elles doivent faire vacciner leurs enfants contre la varicelle. En plus de ses examens à passer et d'un nouvel appartement à trouver, il lui semble tout à coup qu'il y a beaucoup de choses auxquelles elle doit penser.

Les interventions informationnelles – en personne par des praticiens de la santé ou par les médias – constituent un élément important de la trousse d'outils en santé publique au Canada. Ces campagnes d'éducation, au nom d'entités gouvernementales et non gouvernementales, visent à accroître les connaissances et la sensibilisation sur des questions de santé, dans le but d'encourager des comportements sains.

La santé prénatale et la santé du nourrisson sont depuis longtemps une priorité dans les efforts de santé publique. Les campagnes d'information visant à contrôler le comportement et à prévenir les effets indésirables conseillent aux futures ou nouvelles mères de cesser de fumer, de s'abstenir de boire de l'alcool pendant la grossesse, de surveiller leur alimentation, d'obtenir des soins prénatals, de faire vacciner leur nouveau-né, et de faire dormir leur bébé dans telle ou telle position, entre autres choses. Ces messages sont bien en vue sur les sites Web gouvernementaux, dans les revues destinées aux parents, sur les babillards, dans les salles d'attente des cliniques, et même dans des lieux semi-privés comme les toilettes de restaurant.

Puisque la grossesse est liée au sexe biologique, et que le soin des enfants est une fonction fortement liée au genre, ces messages sont communiqués de façon particulière. Par exemple, des autocollants déconseillant la consommation d'alcool durant la grossesse peuvent être placés dans les toilettes des femmes, et des dépliants sur le sommeil du nouveau-né peuvent être imprimés dans des teintes de rose ou de pastel afin de séduire un public censément féminin et s'identifiant comme tel.

De l'échelle locale à l'échelle internationale, on investit des ressources dans des campagnes d'information visant à améliorer la santé des parents – notamment des parents « à risque » comme les adolescents – et de leurs enfants. Par contre, que sait-on de l'efficacité de ces interventions pour améliorer les résultats sur le plan de la santé des jeunes parents et de leurs enfants? Nous en savons très peu, voilà la réponse.

Certaines campagnes d'information, comme celles qui ont pour objet le sommeil des nouveau-nés en toute sécurité, semblent produire le résultat souhaité, en l'occurrence la réduction de l'incidence du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN). Par contre, d'autres efforts, comme ceux qui visent à éliminer la consommation d'alcool durant la grossesse, semblent avoir un effet limité sur le comportement réel. On diffuse des messages dans la collectivité, mais ces messages sont-ils reçus et compris comme prévu? Ces investissements sont-ils efficaces? Et, lorsque l'information de santé publique n'a pas l'effet souhaité, qu'est-ce qui influence le comportement en matière de santé?

À mesure que sa grossesse avance, Cécile reçoit un déluge de conseils de la part d'amis et même de parfaits inconnus dans la rue. À son travail après l'école, les femmes plus âgées n'hésitent pas à la conseiller, mais ces renseignements ne concordent pas tous avec les recommandations de son médecin. Perplexe, Cécile demande à sa mère : « Est-ce vrai que je dois dormir sur le côté gauche seulement? Ou que je ne devrais pas manger de thon? » Sa mère hausse les épaules et lui dit : « Je ne sais pas réellement quoi te répondre. Il y a vingt ans, mon médecin m'a dit que les bébés devaient dormir sur le ventre, aujourd'hui, on recommande le contraire. Que veux-tu, les temps changent. »

Les données probantes ayant la cote en santé publique, on doit s'assurer que les interventions, comme les campagnes d'information, sont guidées par la recherche scientifique. Dans le corpus de recherche visant à déterminer ce qui fonctionne pour améliorer la santé de la population, un courant de critique savante des campagnes d'information en santé publique a commencé à se faire jour.

La recherche actuelle en la matière a jeté des doutes sur l'efficacité des messages axés sur la peur et le risque, tels que les fameuses publicités américaines « This is your brain on drugs » des dernières décennies. Les universitaires ont soulevé des questions d'éthique au sujet des campagnes qui s'appuient sur des preuves limitées ou qui font appel à des techniques de « marketing » semi-coercitives (comme des statistiques trompeuses et angoissantes sur le cancer) pour encourager le changement de comportement en l'absence de consentement pleinement éclairé.

Une façon de mieux comprendre l'impact des messages de santé publique sur la vie, les expériences et les décisions réelles des gens est d'aller au-delà de la théorie et des méthodes traditionnellement utilisées par les chercheurs en santé pour leur substituer celles dont se servent les bibliothécaires et les documentalistes. La bibliothéconomie et les sciences de l'information ont une riche tradition de recherche dont le but est de comprendre la façon dont les gens interagissent avec l'information en santé et dans d'autres domaines.

Nombre de petites questions tracassent Cécile tout au long de sa grossesse. La plupart ne justifient pas une visite chez médecin, comme peut-elle prendre des médicaments pour les maux de tête? Pour trouver rapidement les réponses, elle cherche sur Internet ou demande à des amis Facebook.

La bibliothéconomie et les sciences de l'information puisent dans la recherche comportementale en sciences sociales pour étudier les besoins en information des gens de même que les techniques qu'ils utilisent pour trouver, éviter, consulter, évaluer, utiliser et échanger divers types d'information. Bien que la recherche sur le comportement à l'égard de l'information n'ait pas toujours tenu compte du genre, mélanger la théorie et les méthodes de cette recherche avec celles de la recherche interventionnelle en santé des populations permet de répondre à des questions comme les suivantes : comment les jeunes parents déterminent-ils leurs besoins en information? Où et comment cherchent-ils à obtenir de l'information, et pourquoi choisissent-ils ces sources? Que font-ils de l'information qu'ils trouvent et reçoivent? Quelle information est considérée comme fiable, utile, précieuse et pertinente? Quelle information influence au bout du compte la prise de décisions en matière de santé des jeunes en âge de procréer?

Une approche interdisciplinaire adaptée au genre pour explorer les pratiques informationnelles en matière de santé des jeunes en âge de procréer et d'être parents pourrait fournir des connaissances fort utiles sur le véritable impact des efforts de santé publique pour renseigner Cécile (et son ami, le père). Ce savoir, en retour, peut permettre aux systèmes de santé d'offrir des interventions fondées sur l'information de la manière qui favorise le plus la santé des jeunes familles.

* « Cécile » est un amalgame d'anecdotes et de situations hypothétiques; toute ressemblance avec une personne quelconque est purement accidentelle.

Titulaire d'une bourse d'études supérieures du Canada Vanier des IRSC, Devon Greyson est étudiante au doctorat au Programme d'études supérieures interdisciplinaires de l'Université de la Colombie-Britannique (directrice de recherche : Jean Shoveller). Elle a aussi participé à l'atelier d'été de l'ISFH en 2011. Sa thèse porte sur les pratiques d'utilisation de l'information sur la santé des jeunes en âge de procréer.

Coup d'oeil sur l'AC

Une collaboration contre l'intimidation

(par Bonnie Leadbeater)

Le problème

La violence conjugale, un problème qui touche principalement les femmes, débute tôt et menace la formation comme la stabilité de la famille. Selon Statistique Canada, les jeunes de 25 à 34 ans sont trois fois plus susceptibles que les 45 ans et plus de signaler une agression physique ou sexuelle par leur partenaire. Plus la prévention commence tôt, mieux c'est. Notre projet de recherche longitudinale financé par les IRSC permet d'examiner sur dix ans les facteurs prévisionnels d'agression dans les relations amoureuses de l'adolescence au début de l'âge adulte. Les résultats montrent clairement que les agressions relationnelles ou physiques dans les relations amoureuses sont plus fréquentes chez les jeunes adultes ayant déjà été victimes d'agression au sein de leur famille ou de leur réseau de pairs. Le simple fait que de nombreux programmes de prévention de l'intimidation existent pour les enfants et les adolescents ne garantit pas qu'ils sont utilisés! Nous devons en savoir plus sur la façon de favoriser l'utilisation à l'échelle nationale des programmes de prévention et de promotion de la santé mentale par les intervenants dans les domaines de l'éducation et de la santé qui travaillent directement auprès des enfants et de leur famille.

La solution d'AC

Nous nous efforçons donc de diffuser à l'échelle nationale les programmes WITS, fondés sur des données probantes. Les programmes WITS (Walk Away, Ignore, Talk it Out and Seek Help, c'est à dire Éloigne-toi, ignore-les, parles-en et va chercher de l'aide) et WITS LEADS (Look and Listen, Explore Points of View, Act, Did it Work? and Seek Help, c'est à dire Écoute et observe, explore les points de vue, agis, vois si ça fonctionne et va chercher de l'aide) sont le fruit d'un partenariat de 14 ans entre policiers, éducateurs et chercheurs de l'Université de Victoria. Ces programmes ont fait l'objet d'une évaluation approfondie, et toutes les ressources, y compris les programmes de formation, sont disponibles gratuitement en ligne. Le programme WITS cible les enfants du jardin à la troisième année, tandis que le programme WITS LEADS ajoute un côté leadership aux messages de WITS pour aider les jeunes de la quatrième à la sixième année à faire face aux problèmes de victimisation relationnelle par les pairs. En mobilisant parents, personnel scolaire et dirigeants communautaires (corps policier municipal ou GRC, premiers intervenants, maires, athlètes, aînés, animateurs de jeunes, etc.), ces programmes visent à créer des collectivités sensibilisées à la victimisation par les pairs. Les programmes WITS créent un langage commun qui aide les enfants à régler pacifiquement les conflits entre pairs et à aller chercher de l'aide au besoin. La diffusion pilote des programmes WITS a été amorcée en partenariat avec le Réseau de promotion des relations et d'élimination de la violence (PREVNet) et le Programme national des policiers éducateurs de la GRC.

Le résultat

Depuis décembre 2011, des agents de la GRC de régions rurales et éloignées de sept provinces canadiennes ont reçu une formation pour catalyser la mise en place du programme. Ces agents ont déjà obtenu la participation de onze écoles ainsi que de 1 380 enfants et de leurs parents. Leurs efforts suscitent déjà des réactions positives de la part des écoles, des enfants, des représentants communautaires et des médias.

Dans la première de trois entrevues de suivi, les membres de la GRC présents dans les écoles ont mentionné de nombreux facteurs qui ont aidé au lancement rapide des programmes WITS, notamment les discussions dans la collectivité sur la prévention de l'intimidation qui ont préparé le terrain pour les programmes; le leadership et l'enthousiasme des directeurs d'école; l'empressement des représentants communautaires (à part la GRC) à se joindre à la cérémonie d'assermentation qui a donné le coup d'envoi au programme; le temps alloué à la formation des professeurs en salle de classe; et le fait que le programme complète bien les initiatives scolaires existantes.

Selon la GRC, les programmes pourraient aussi avoir un impact au-delà de la prévention de la violence. Un agent définit l'utilité du projet pilote ainsi : « Nous avons tellement besoin de programmes comme WITS, parce qu'ils permettent aux enfants d'avoir des relations constructives et positives avec les policiers, étant donné que plusieurs de ces jeunes nous voient dans leur vie de tous les jours à la maison. Les écoles, les professeurs et les directeurs ont tous été formidables, comme l'a été le conseil de bande ». En travaillant ensemble, les collectivités peuvent mettre un terme à la violence relationnelle.

Bonnie Leadbeater (Université de Victoria) a reçu des fonds pour son projet « Vers la dissémination nationale des programmes de promotion de la santé mentale pour les enfants » dans le cadre d'une annonce de priorités de l'Institut de la santé des femmes et des hommes, s'inscrivant dans le programme Activités de dissémination des IRSC.

La parole aux stagiaires

Quatre questions à NADIA LAKIS

Notre compréhension de l'incidence du sexe biologique sur le fonctionnement cérébral chez les patients schizophrènes est extrêmement limitée, possiblement en raison du manque de femmes recrutées pour participer aux études sur le sujet. Nadia Lakis, étudiante au doctorat en sciences biomédicales, option psychiatrie à l'Université de Montréal (sous la supervision de la Dre Adrianna Mendrek), cherche à combler cette lacune. Sa recherche est la première exploration des différences entre les sexes dans le fonctionnement du cerveau pour ce qui est de la mémoire émotionnelle chez les schizophrènes. Nadia est une des deux lauréates de la bourse d'excellence pour la recherche sur le genre, le sexe et la santé 2011 de l'ISFH des IRSC.

Ville d'origine : Montréal
Dernier livre lu : The Girl who Kicked the Hornet's Nest
Aliment favori : Chocolat au caramel croquant de Lindt
Devise : Rien n'arrive pour rien.
Quelque chose d'inconnu à mon sujet : Je tricote tous mes foulards.
Lorsque je ne suis pas à l'ordinateur, je suis habituellement : Avec mes neveux
Ce que j'aimerais faire au moins une fois : Visiter la Thaïlande

  1. Qu'est-ce que la mémoire émotionnelle et pourquoi est-ce important de l'étudier chez les personnes atteintes de schizophrénie?

    D'un côté, la mémoire émotionnelle renvoie à la notion que les événements émotionnels ont plus de chances de laisser un souvenir que ceux qui sont banals (p. ex. accident de la circulation traumatique par rapport à ce que l'on a mangé pour souper il y a deux semaines). La mémoire émotionnelle peut aussi être la façon dont un objet, un événement ou même une personne peut nous faire sentir en évoquant un souvenir existant d'une certaine importance émotionnelle. Dans la schizophrénie, le traitement des émotions et des souvenirs présente une déficience. Comme nos émotions et nos souvenirs sont inexorablement liés, étudier le traitement des souvenirs émotionnels chez les personnes atteintes de schizophrénie offre une possibilité unique d'examiner l'interaction entre la cognition et l'émotion au sein de cette population psychiatrique. Nous pouvons mieux comprendre les mécanismes fondamentaux de la mémoire émotionnelle chez ces personnes.

  2. Qu'est-ce qui vous a amenée à examiner les différences entre les sexes?

    Il existe d'abord de nombreuses données selon lesquelles le sexe influence la neurobiologie des fonctions mnésiques émotionnelles, du niveau cellulaire au niveau comportemental, chez les personnes en santé. De plus, la littérature regorge d'articles faisant état de différences entre les hommes et les femmes schizophrènes dans presque tous les aspects de la maladie, de son expression clinique à son épidémiologie. Avec de telles preuves de différences entre les hommes et les femmes, il était surprenant que personne n'eût exploré les différences d'un sexe à l'autre dans la fonction cérébrale associée à la mémoire émotionnelle dans la schizophrénie – un créneau parfait pour ma recherche.

  3. Certaines personnes prétendent qu'il est difficile et qu'il coûte cher d'étudier les différences entre les sexes. Qu'en pensez-vous?

    Étudier les différences entre les sexes peut coûter cher, mais cela dépend du plan expérimental. Dans notre cas, nous avons utilisé l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui est déjà une technique coûteuse, et comme nous examinions des sujets (hommes et femmes) sains et schizophrènes séparément, nous avions quatre groupes expérimentaux à étudier plutôt que deux. Néanmoins, il existe tellement de données selon lesquelles le sexe influe sur l'expression et l'expérience de la schizophrénie que ceux qui étudient les influences sexuelles possibles dans leur recherche n'ont plus à justifier ce qu'ils font. Ce sont plutôt ceux qui n'étudient pas ces influences qui doivent justifier pourquoi ils ne le font pas. Il est important pour tous les chercheurs de remettre en question le mythe que le sexe ne compte pas dans leur travail.

  4. Comment pensez-vous que votre recherche aidera les personnes atteintes de schizophrénie?

    Ma recherche contribuera à la compréhension des différences entre les sexes dans le cerveau des personnes atteintes de schizophrénie, pour permettre de mieux comprendre les mécanismes fondamentaux de la mémoire émotionnelle dans cette population. Ce travail a le potentiel d'orienter la mise au point future d'interventions cliniques fondées sur le sexe pour la schizophrénie, comme le dosage de la médication antipsychotique ou la thérapie psychosociale et la thérapie de remédiation cognitive.

Le coin Cochrane de l'ISFH

Sélection et résumé des revues

Le coin Cochrane de l'ISFH est une ressource pour encourager la prise en considération du sexe et du genre dans les revues systématiques. Il permet de consulter des résumés simplifiés de revues systématiques faisant le compte rendu des forces et des faiblesses de l'approche des auteurs des revues quant au sexe et au genre. Ce numéro de la chronique explique en détail comment les revues retenues sont choisies puis résumées, et comment les résumés sont évalués par les pairs.

Processus de sélection

Critères d'inclusion des revues retenues pour le coin Cochrane

  1. Conformité aux orientations stratégiques de l'ISFH
  2. État d'avancement et date de publication
    • Seules les revues systématiques achevées sont acceptées, les plus récentes ayant la priorité.
  3. Répercussions sur les hommes et les femmes
    • Comme nous souhaitons analyser la façon dont les revues prennent en considération le sexe et le genre selon les renseignements donnés, tels que les échantillons de population et les résultats de l'étude, nous limitons les sujets aux questions qui touchent les hommes et les femmes, plutôt que celles qui ne concernent qu'un sexe.

Résumés : analyse de l'influence du sexe et du genre

Bien que les auteurs de revues systématiques fournissent des résumés simplifiés, ceux-ci restent bien souvent techniques. Les résumés créés pour le coin Cochrane de l'ISFH sont rédigés de façon à ce qu'aucune connaissance particulière du sujet ne soit requise pour les comprendre.

Ces résumés :

  • présentent et définissent le sujet de la revue;
  • énoncent les objectifs de la revue;
  • donnent les résultats globaux selon le sexe et le genre;
  • évaluent l'approche adoptée dans la revue à l'égard du sexe et du genre;
  • évaluent les implications globales des résultats de la revue en ce qui a trait au sexe et au genre.

Pour présenter les résultats des revues et évaluer l'approche à l'égard du sexe et du genre, nos résumés posent trois questions.

  1. Comment a-t-on tenu compte du sexe et du genre dans cette revue?

    Prendre en considération le sexe et le genre signifie étudier comment une intervention donnée touche différemment les hommes et les femmes, ou les mâles et les femelles, ou la façon dont le sexe et le genre peuvent avoir influencé les résultats. Les conséquences pour le sexe et le genre peuvent être décrites dans les renseignements généraux au sujet d'une revue ou une analyse par sous-groupe. Cela sous-entend aussi jauger l'applicabilité des données; si les études considérées dans une revue n'ont fait appel qu'à des participants d'un même sexe ou genre, les résultats pourraient ne pas être applicables de manière universelle.

  2. Quelles sont les forces et les faiblesses de l'approche à l'égard du sexe et du genre?

    Nous mettons en évidence les forces des auteurs pour ce qui est de leur approche à l'égard du sexe et du genre, ainsi que ce qu'ils pourraient améliorer. Une force ou une faiblesse fréquente réside dans la capacité ou non des auteurs de faire la distinction entre le sexe (biologique) et le genre (socioculturel). D'autres forces découlent de la mesure dans laquelle les auteurs parviennent à présenter des résultats désagrégés, en fonction non seulement du sexe ou du genre, mais aussi d'autres motifs liés. Dans certains cas, les auteurs des revues systématiques entendent faire une analyse par sous-groupe selon le sexe, mais se trouvent limités par un manque de données provenant d'études primaires.

  3. Que savons-nous du sexe et du genre à partir de cette revue?

    Cette section vise à mettre en évidence les répercussions sur le plan de la politique et de la pratique, ainsi que pour la recherche future sur l'équité en santé. Les répercussions sur le plan de la politique et de la pratique consistent surtout à savoir si les revues systématiques concluent que l'intervention a été efficace ou non. Nous examinons aussi les différentes conséquences que les résultats peuvent avoir selon le sexe ou le genre. Par contre, si les résultats se révélaient non concluants, d'autres recherches pourraient être recommandées.

Processus d'évaluation par les pairs

Avant d'être publiés dans le coin Cochrane de l'ISFH, les résumés sont soumis aux auteurs de la revue pour qu'ils en prennent connaissance. Ces derniers ont ainsi droit de réplique et peuvent nous faire part de leurs recommandations.

Visitez le coin Cochrane en ligne.

Nouvelles

Initiatives phares des IRSC

Les initiatives phares des IRSC représentent des investissements importants dans des secteurs prioritaires en santé qui aideront les IRSC à affecter leurs ressources pour qu'elles aient un impact maximal sur la santé et les soins de santé. Le genre et le sexe sont importants dans toutes ces initiatives, et les investissements de l'ISFH appuieront l'incorporation de considérations à ce double égard dans nombre de ces programmes. Par exemple, avec l'Institut de la santé des Autochtones et l'Institut de la santé publique et des populations, l'ISFH codirige la création de Voies de l'équité en santé pour les Autochtones. Cette initiative vise à accroître la capacité des communautés autochtones à prendre part à la conception, à la surveillance et à l'application des résultats de recherches de qualité élevée, afin de réduire les disparités sur le plan de la santé chez les Autochtones. L'ISFH est également heureux d'être un partenaire du Consortium canadien de recherche en épigénétique, environnement et santé, de l'Initiative sur les soins de santé communautaires de première ligne, de la Stratégie internationale de recherche concertée sur la maladie d'Alzheimer et de la Stratégie de recherche axée sur le patient.

Programme de chaires de recherche sur le genre, le travail et la santé

L'ISFH et ses partenaires sont heureux de lancer un programme quinquennal de chaires de recherche sur le genre, le travail et la santé. Fort d'un investissement de 4,8 millions de dollars, ce programme représente une importante initiative qui contribue directement à l'orientation stratégique de l'Institut « Travail et santé : mise en pratique de la recherche ». Le genre et le sexe influencent la façon dont nous définissons les emplois et divisons le travail, l'adaptation physique ou non des postes de travail et de l'équipement à la morphologie des femmes et des hommes, et la manière dont les risques comme les expositions professionnelles touchent les travailleurs et travailleuses dont le genre, le sexe et les caractéristiques connexes, comme la taille, les taux de graisses corporelles, l'état reproductif ou les niveaux d'hormones, peuvent varier. Le programme de chaires appuiera un groupe multidisciplinaire de scientifiques de pointe qui développeront leurs programmes de recherche sur le genre, le travail et la santé, renforcera la capacité de recherche sur le travail et la santé qui tient compte du genre et du sexe, et favorisera l'application de cette recherche à des politiques et interventions adaptées au genre et au sexe qui améliorent la santé des travailleurs et travailleuses.