Des chercheurs en santé font d’une pierre deux coups
Un nouveau projet de recherche canadien sur l'impact des champs électromagnétiques sur la santé et la sécurité fait germer l'espoir de la mise au point de traitements moins invasif pour les patients à un stade avancé de la maladie de Parkinson.
Dr Alexandre Legros
- Chercheur principal, Institut de recherche en santé Lawson (anglais seulement)
- Professeur adjoint, Département de biophysique médicale, École de médecine et de médecine dentaire Schulich et École de kinésiologie, Université de Western, London (Ontario).
Associés et partenaires
- Dr Alex Thomas
- Directeur, Bioelectromagnetics Group, chaire des IRSC en bioélectromagnétisme en partenariat avec l'industrie, Institut de recherche en santé Lawson
- Professeur agrégé, Département de biophysique médicale et Département d'imagerie médicale, Université de Western, London (Ontario).
- Dr Julien Modolo
- Boursier postdoctoral, Institut de recherche en santé Lawson
- Boursier postdoctoral, Université de Western, London (Ontario)
- Hydro-Québec (Canada)
- Électricité de France (EDF – France)
- Réseau de transport d'électricité (RTE – France)
- Electric Power Research Institute [Institut de recherche en énergie électrique] (EPRI – États-Unis) (anglais seulement)
- MITACS (Canada) (Canada)
- Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC – Canada)
Problème
Les Canadiens veulent savoir si des dispositifs comme les appareils d'imagerie par résonance magnétique (IRM), les téléphones cellulaires ou les lignes de transport d'électricité sont sécuritaires ou peuvent avoir des répercussions sur leur milieu de travail. De nouvelles données issues d'une recherche canadienne contribueront à répondre à ces questions.
En effet, des études montrent que les champs électromagnétiques associés à ces technologies peuvent entraîner des modifications chez l'humain sur les plans moteur (mouvement), cardiovasculaire (coeur et respiration), cognitif (facultés mentales) et de l'activité cérébrale normale. Cependant, la plupart des recherches portant sur les seuils systématiques au-delà desquels des effets aigus sont ressentis remontent aux années 1980. Pourtant, ces données sont essentielles pour documenter les limites sécuritaires d'exposition générale aux champs électromagnétiques de faibles et de hautes intensités et leur utilisation dans le cadre de traitements médicaux.
Les organismes de réglementation et les producteurs d'électricité promeuvent et encouragent des recherches indépendantes pouvant servir de base à des recommandations plus spécifiques et fondées sur des données probantes en matière d'exposition à ces champs magnétiques. En effet, les producteurs et distributeurs d'électricité d'Europe et d'Amérique du Nord continueront la mise à niveau de leurs réseaux au cours des prochaines années.
Recherche
Le Dr Legros, de l'Institut de recherche en santé Lawson à London, en Ontario, a dirigé deux projets de recherche multidisciplinaire d'envergure portant sur les répercussions des champs électromagnétiques variables dans le temps de faibles et de hautes intensités sur l'activité cérébrale et les comportements physiques. Une subvention des IRSC a été accordée pour son projet de 2008 dans le cadre du Programme de recherche en collaboration avec l'industrie (PRCI).
Lors de chacun des projets, des volontaires ont été exposés à des champs électromagnétiques variables dans le temps de différentes intensités au cours de deux expériences différentes délivrant l'exposition soit à l'aide d'un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM) soit d'un système spécial développé au laboratoire qui permet d'exposer le corps entier aux champs magnétiques. Chaque volontaire a subi une série de tests cognitifs et physiques : une fois lors d'une exposition délivrée soit par l'IRM soit par le système spécial d'exposition corps entier, et une fois sans aucune exposition. Plusieurs degrés d'exposition ont été testés à la fréquence utilisée par les réseaux électriques en Amérique du Nord (60 Hz).
En utilisant cette approche progressive, le Dr Legros et son équipe ont obtenu des renseignements précieux sur les changements observés dans l'activité cérébrale et le comportement physique qui surviennent lors d'expositions à des champs électromagnétiques dont l'intensité augmente graduellement. Ainsi, les recherches pourront mieux répondre aux besoins des autorités de réglementation, qui cherchent à fixer différents seuils d'exposition sécuritaire.
« Il est aussi passionnant de constater que même les expositions à des champs électromagnétiques de faibles intensités semblent modifier la plasticité du cerveau ou la capacité du cerveau à "apprendre" », explique le Dr Legros. Au cours de la troisième phase du projet – financée en partie par une subvention des IRSC obtenue en 2011 dans le cadre du PRCI – l'activité cérébrale de volontaires sera surveillée par IRM et par électroencéphalographie (enregistrement de l'activité électrique du cerveau) pendant qu'ils subissent des tests physiques et de perception, avec et sans exposition à des champs électromagnétiques. Ainsi, les chercheurs auront une meilleure idée des zones du cerveau dont l'activité pourrait être modifiée par des expositions à des champs électromagnétiques de faibles et hautes intensités variables dans le temps, ce qui ouvrirait la voie à la mise au point de nouvelles méthodes de traitement recourant à une forme de cette technologie.
Résultats
Les recherches pionnières menées par le Dr Legros et son équipe ont eu un impact dans deux domaines.
- Elles contribuent d'abord à l'amélioration de la sécurité du public et des travailleurs en documentant les mises à jour actuelles des recommandations internationales en matière d'exposition aux champs électromagnétiques. La Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) et l'Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE) ont manifesté un intérêt à faire le suivi des découvertes du Dr Legros sur les champs électromagnétiques de haute et de faible intensité et à les intégrer à leur travail.
- Les recherches du Dr Legros ouvrent également des perspectives d'amélioration en matière de santé et de qualité de vie en ouvrant la porte à la possibilité d'utiliser les champs électromagnétiques de haute et de faible intensité pour mettre au point des traitements non invasifs pour les personnes qui souffrent d'un stade avancé de la maladie de Parkinson, ou d'autres maladies qui interfèrent avec le bon fonctionnement du cerveau.
Souvent, à mesure que ces maladies progressent, les médicaments peuvent perdre de leur efficacité, ce qui peut se traduire par des tremblements et d'autres symptômes incapacitants. À l'heure actuelle, les options de traitement sont limitées. L'une d'entre elles, la stimulation cérébrale profonde (SCP), est une technique très invasive qui ne convient qu'à certains patients.
Le Dr Legros espère qu'en utilisant les champs électromagnétiques, des chercheurs pourront un jour mettre au point des traitements plus sécuritaires, moins invasifs et plus abordables qui pourraient être accessibles à davantage de patients.
« Un jour, il y aura peut-être un appareil que les patients parkinsoniens pourront attacher à leur tête chaque jour pendant une heure et qui produirait des champs magnétiques variables dans le temps conçu spécialement pour modifier leur activité cérébrale et atténuer certains de leurs symptômes, explique le Dr Legros. Un tel appareil pourrait vraiment améliorer leur qualité de vie au quotidien. »
Le Dr Legros dirige une équipe multidisciplinaire qui offre des possibilités de formation pour les étudiants des cycles supérieurs et les boursiers postdoctoraux. Le Dr Legros et d'autres membres de son équipe donnent des conférences sur leurs méthodes de recherche à l'Université de Western.
« Nos partenaires financiers sont très emballés par ces découvertes et nous encouragent à publier librement les résultats, explique le Dr Legros. Leur intérêt principal est l'amélioration globale de la sécurité dans l'industrie de l'électricité. Il ne poursuivent pas le dépôt de brevets ou l'homologation de ces découvertes pour usage thérapeutique. Il s'agit simplement d'un avantage supplémentaire qui pourra profiter à la population du Canada et de partout dans le monde. »
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