Profil de recherche – Priorité au logement, et à la santé
Photo de la Dre Cheryl Forchuk
En partenariat avec la Ville de London, en Ontario, des chercheurs adoptent une approche avisée du sans-abrisme chez les jeunes.
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Aider les sans-abris à s'en sortir n'est pas une mince tâche. Le sans-abrisme peut être attribuable à un ensemble complexe de causes, comme l'incapacité, des problèmes de santé mentale ou la dépendance.
« Les sans-abris forment un groupe extrêmement hétérogène, précise la Dre Cheryl Forchuk, de l'Institut de recherche en santé Lawson, affilié à l'Université Western. Nous devons bien comprendre la réalité de certaines sous-populations pour trouver des stratégies efficaces. »
De nombreux chercheurs et responsables des politiques sont d'avis qu'il faut d'abord fournir un logement stable aux sans-abris avant de traiter leurs problèmes de santé mentale et de dépendance. Cette approche, qui a vu le jour aux États-Unis sous le nom de « priorité au logement », s'est révélée très efficace et est à l'origine du projet pilote de la Commission de la santé mentale du Canada, Chez soi.
En bref
Qui – La Dre Cheryl Forchuk, Institut de recherche en santé Lawson, Université Western.
Question – L'approche « priorité au logement » visant à mettre fin au sans-abrisme a fait ses preuves, mais son efficacité auprès des jeunes reste encore à confirmer.
Approche – La Dre Forchuk s'est associée à la Ville de London pour définir les types de politiques de logement les plus efficaces dans le cas des jeunes sans-abris.
Impact – La Dre Forchuk et son équipe ont noué des liens solides avec les jeunes, et les résultats du projet aideront les municipalités à élaborer de meilleures politiques de logement.
Or plusieurs raisons expliquent pourquoi cette approche ne produit pas les résultats escomptés auprès des jeunes sans-abris. D'abord, nombre de jeunes sans-abris n'ont pas l'âge légal pour signer un bail. Ensuite, les sans-abris plus âgés ont souvent droit aux prestations d'invalidité, dont ils peuvent se servir pour payer leur loyer, mais les jeunes ne sont pour la plupart admissibles qu'à l'aide sociale générale. Enfin, les jeunes n'en sont pas au même point dans leur vie et ils peuvent avoir d'autres priorités.
« À notre sens, il y a suffisamment de questions pour lesquelles il s'avère nécessaire de considérer les jeunes comme un groupe distinct afin de vérifier si les résultats positifs observables chez une population plus âgée s'appliquent également à ce groupe », explique la Dre Forchuk.
Son équipe de recherche s'est donc associée à la Ville de London et à un organisme d'approche appelé Youth Opportunities Unlimited pour se pencher sur ces questions. Grâce aux jeunes sans-abris de la communauté, l'équipe a pu recruter 187 participants à une étude triennale.
Les chercheurs ont d'abord demandé à chaque participant laquelle des approches il préférait : priorité au logement, priorité au traitement, une combinaison des deux, ou une approche différente. Chaque jeune participait ensuite au programme de son choix.
Tout au long du projet, cofinancé par la Commission de la santé mentale du Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada, les chercheurs et leurs partenaires ont tenu de nombreuses consultations auprès de jeunes sans-abris, qui leur ont fourni de précieuses suggestions pour recruter les participants et les suivre durant l'étude. Ils ont par exemple eu l'idée de distribuer aux participants des cordons où serait écrit le courriel des chercheurs et qu'ils porteraient sous leurs vêtements; ainsi, ils pourraient garder un contact avec les chercheurs en tout temps.
Les jeunes se sont également employés à mettre sur pied un groupe d'entraide, qui permet à ceux qui sont aux prises avec un problème de logement de se réunir, d'échanger des stratégies et même de trouver des colocataires potentiels.
Les résultats préliminaires de l'étude confirment l'hypothèse selon laquelle il n'y a pas de solution unique au sans-abrisme. En effet, environ 40 % des jeunes, en majorité des femmes et de jeunes parents, ont opté pour l'approche priorité au logement; 30 % des participants, surtout de jeunes hommes souffrant de dépendance, ont choisi la priorité au traitement; et environ 20 % des jeunes ont préféré une approche combinée.
Dans les derniers mois du projet, les chercheurs continueront de rencontrer les jeunes à intervalles réguliers pour évaluer la réussite de chaque stratégie.
Selon Jan Richardson, directrice du secteur de l'itinérance, des refuges pour femmes battues et des clientèles particulières de la Ville de London, collaborer avec la Dre Forchuk à ce projet de recherche a permis de prendre des décisions éclairées quant aux politiques publiques relatives aux programmes et aux services, de même qu'à leur financement.
« Comme nous ne prenons pas simplement connaissance des résultats mais que nous participons activement au processus de recherche, nous pouvons mettre à l'épreuve les modifications aux règlements municipaux en vue de promouvoir un changement immédiat », indique Mme Richardson.
« Il n'existe aucune solution universelle au sans-abrisme, mais au moins, l'hébergement et l'hébergement avec services de soutien ont l'avantage d'être une solution permanente. »
– Dre Cheryl Forchuk, Institut de recherche en santé Lawson, Université Western
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