Profil de recherche - Excès immunitaire

Dre Elyse Bissonnette
Des chercheurs de Laval étudient le rôle de cellules immunitaires dysfonctionnelles dans l'asthme.
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Plus de 2,4 millions de Canadiens souffrent d'asthme. Cette affection peut causer des changements permanents dans la forme des poumons, et peut entraîner l'invalidité, voire la mort. Néanmoins, nombre d'asthmatiques ne réagissent pas aux traitements existants.
Or, des chercheurs au Québec ont mis au jour des détails au sujet des mécanismes qui sous‑tendent la maladie. Leurs découvertes, véritable changement de paradigme, pourraient conduire à l'établissement de nouvelles stratégies, ainsi qu'à une meilleure compréhension de la manière dont l'asthme finit par causer des lésions pulmonaires.
En bref
Qui – Dre Élyse Bissonnette, Université Laval.
Question – Nous ne comprenons pas tout à fait les causes de l'asthme.
Approche – La Dre Bissonnette étudie le rôle que les macrophages dysfonctionnels jouent dans l'asthme allergique.
Impact – Des macrophages dysfonctionnels pourraient être une cible pour de nouveaux traitements de l'asthme.
Soutenue par les Instituts de recherche en santé du Canada, la recherche porte sur un type de cellules immunitaires dans le poumon, les macrophages alvéolaires. Selon la Dre Élyse Bissonnette, professeure d'immunologie à l'Université Laval, les macrophages sont le principal type de cellules immunitaires présentes dans le poumon.
Les macrophages sont un type de leucocytes (globules blancs) qui « avalent » les corps étrangers comme les bactéries ou les débris cellulaires, et les digèrent ou dégradent. Ils jouent un rôle actif dans la protection des poumons contre les infections, mais ils stimulent aussi d'autres parties du système immunitaire lorsque de l'aide est requise pour combattre une infection.
« Nous pensons que dans l'asthme, les macrophages sont dysfonctionnels », dit la chercheuse. En fait, la recherche donne à penser qu'ils jouent un rôle beaucoup plus important qu'on le soupçonnait dans l'inflammation et l'hyperréactivité observées au niveau du tissu pulmonaire asthmatique dans une crise d'asthme.
Dans les modèles standards d'asthme allergique, différents types de cellules immunitaires sont considérés comme les principaux coupables : mastocytes, éosinophiles et lymphocytes T. On croit que dans l'asthme, les mastocytes sont excessivement actifs et causent trop d'inflammation dans les poumons. L'inflammation est une caractéristique de l'asthme; elle provoque la constriction des voies aériennes, qui empêche les asthmatiques de respirer librement.
La Dre Bissonnette dit que dans cet ancien modèle, les macrophages étaient vus comme des acteurs de second plan. Toutefois, la recherche de son laboratoire semble démontrer que des macrophages dysfonctionnels jouent un rôle beaucoup plus important dans l'asthme allergique (l'asthme qui est déclenché par un allergène particulier).
Dans une première expérience, les chercheurs ont étudié un groupe de rats non asthmatiques et un groupe souffrant d'asthme allergique. Les chercheurs ont découvert que les rats asthmatiques avaient des macrophages dysfonctionnels dans les poumons qui ne les protégeaient pas contre les symptômes d'asthme. Ils ont ensuite donné aux rats en santé un composé qui a détruit la plupart des macrophages dans leurs poumons et ont constaté alors que ces rats présentaient aussi des symptômes d'asthme. Un manque de macrophages fonctionnels semblait donc déclencher les symptômes.
Dans une deuxième expérience, les chercheurs ont réduit les macrophages dysfonctionnels dans les poumons de rats asthmatiques et les ont remplacés par des macrophages sains, ce qui a eu pour effet « en réalité de protéger les animaux contre les symptômes d'asthme. Nous essayons maintenant de comprendre comment cela se fait », dit la Dre Bissonnette.
La recherche au laboratoire de la Dre Bissonnette donne également à penser qu'il peut être possible de « réinitialiser » les macrophages pour les rendre fonctionnels.
Les chercheurs ont cultivé deux ensembles de macrophages : un où les macrophages ont été traités avec différents composés pour voir si l'un ou l'autre rendait les macrophages moins dysfonctionnels. Dans le deuxième ensemble, rien de particulier n'a été fait, ces macrophages servant d'ensemble témoin.
À la surprise des chercheurs, quand les macrophages témoins ont été réintroduits dans les poumons des rats asthmatiques, les symptômes chez ces rats ont diminué.
« Ces macrophages [non traités] protégeaient les animaux. Juste le fait de garder les macrophages alvéolaires d'un rat asthmatique en culture pendant 24 heures et de les réintroduire chez l'animal conférait une protection. C'est donc dire que les macrophages alvéolaires peuvent être reprogrammés pour avoir une action protectrice », dit‑elle.
On n'est pas certain si cet effet protecteur est durable. C'est possible qu'il y ait quelque chose d'autre au sujet du poumon asthmatique qui rend les macrophages dysfonctionnels. Le but est de trouver de meilleurs traitements pour les personnes atteintes, mais il faudra encore des années et davantage de travail en laboratoire avant d'en arriver là.
« Nous pensons que dans l'asthme, ces macrophages sont dysfonctionnels. »
– Dre Élyse Bissonnette, Université Laval
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