Profil de recherche - Les origines de la dépendance au tabac

Dre Rachel Tyndale
Des enzymes métabolisant la nicotine semblent être déterminantes dans le choix du traitement de renoncement au tabac
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Pourquoi certains fumeurs se contentent‑ils de quelques cigarettes par jour alors que d'autres ont besoin d'un paquet ou plus? Et pourquoi certaines personnes peuvent‑elles vaincre la dépendance à la nicotine relativement facilement tandis que d'autres trouvent la vie pratiquement impossible sans tabac?
Selon la Dre Rachel Tyndale de l'Université de Toronto, la triste réalité réside en ceci : plus une personne parvient, par son métabolisme, à inactiver efficacement la nicotine, plus elle ressent le besoin de fumer et plus elle aura de difficulté à vaincre cette dépendance cancérigène qui abrège la vie.
« Une enzyme exprimée dans le foie (CYP2A6) intervient dans l'inactivation métabolique de la nicotine, explique la Dre Tyndale. L'activité de cette enzyme peut varier considérablement, certains individus n'ayant aucune copie active du gène, tandis que d'autres en ont hérité de multiples copies. »
En bref
Qui – Dre Rachel Tyndale, professeure, Université de Toronto, chef de la section de pharmacogénétique, Centre de toxicomanie et de santé mentale, titulaire d'une chaire de recherche du Canada.
Question – Des biomarqueurs génétiques, comme la présence et l'activité d'une enzyme du foie appelée CYP2A6, indiquent que certains fumeurs métabolisent la nicotine plus rapidement, ont des envies plus impérieuses de fumer et courent de plus grands risques d'une dépendance à long terme au tabac.
Approche – La Dre Tyndale dirige une étude de quatre ans comparant les données biologiques d'une étude de cohorte où 1 200 Canadiens sont suivis de l'adolescence jusqu'à l'âge adulte et les données d'études finlandaises auprès de milliers de participants, pour évaluer des biomarqueurs génétiques qui rendent des individus vulnérables à la dépendance.
Impact – Les connaissances acquises conduiront à des approches plus ciblées pour prévenir la dépendance et favoriseront la création de programmes de renoncement au tabac plus personnalisés.
Les fumeurs chez qui l'enzyme CYP2A6 est très active neutralisent la nicotine rapidement, ce qui crée un impérieux besoin de fumer de nouveau pour éviter les symptômes de sevrage du tabac.
La Dre Tyndale dirige un projet de quatre ans, financé par les IRSC, pour étudier les origines de la dépendance au tabac chez les adolescents. Elle comparera des données biologiques réunies par la Dre Jennifer O'Loughlin, de l'Université de Montréal, aux données d'études finlandaises réalisées par le Dr Jaakko Kaprio. La Dre Tyndale espère ainsi aider à mieux comprendre les mécanismes biologiques qui déterminent les probabilités de devenir - et de rester - dépendant du tabac.
« Nous axons nos efforts sur l'adolescence, car la dépendance se crée surtout au cours de cette période, explique la Dre Tyndale. Nous nous penchons sur la période où les gens se livrent au tabagisme, du moment où ils commencent à fumer jusqu'à ce qu'ils cessent, nous servant à cette fin de la cohorte de la Dre O'Loughlin, qui a permis de suivre 1 200 participants pendant l'adolescence, lesquels sont justement l'objet de mesures à l'âge de 25 ans. »
La Dre Tyndale comparera les conclusions canadiennes aux résultats des études finlandaises, qui ont porté sur des milliers de sujets pendant plusieurs décennies. « Nous voulons examiner la robustesse de certains gènes ou biomarqueurs dans les cohortes finlandaises, et les observer dans la cohorte canadienne. Nous aurons ainsi une idée de la force d'un signal génétique et nous pourrons voir si cette force varie entre différents environnements. »
En fin de compte, la recherche de la Dre Tyndale vise à rendre possible une approche plus personnalisée du traitement de la dépendance au tabac. Et c'est là où les facteurs génétiques entrent en jeu.
« Par exemple, des études antérieures nous ont appris que le timbre de nicotine fonctionne extrêmement bien chez les personnes dont le métabolisme est lent, en partie parce qu'il reproduit la cinétique caractéristique de la nicotine - la lente métabolisation de celle‑ci. Nous avons justement d'importants essais cliniques en cours chez des adultes. »
Par contre, le timbre n'est peut‑être pas la meilleure solution pour les personnes qui métabolisent la nicotine rapidement, ou chez qui l' « inactivation » rapide de la nicotine n'est pas synchronisée avec la libération lente de la drogue dans le traitement de renoncement.
« Nous examinons le bupropion (un antidépresseur commercialisé sous le nom de Zyban), qui semble fort efficace chez les personnes dont le métabolisme est rapide. C'est donc une possibilité. Nous avons aussi des données pilotes et nous procédons en ce moment à un essai clinique qui donne à penser que la varénicline (vendue au Canada sous le nom de Champix) est également efficace chez les fumeurs au métabolisme rapide et peut représenter une bonne solution pour eux. »
L'essentiel, selon la Dre Tyndale, est de donner des chances égales aux personnes prédisposées génétiquement à devenir dépendantes du tabac. « Notre espoir, c'est qu'en comprenant les effets de la biologie et de l'environnement, nous puissions comprendre qui est plus à risque, et pourquoi. Nous pouvons nous servir de ce savoir pour concevoir de meilleurs outils de prévention et médicaments. »
« Si nous pouvons interrompre l'habitude tabagique ou son renforcement plus tôt chez un fumeur, nous aurons une bien meilleure chance d'aider cette personne à renoncer au tabac. Autrement, il faut souvent attendre de 25 à 30 ans avant qu'une personne cesse réellement de fumer. »
- Dre Rachel Tyndale, Université de Toronto
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