Profil de recherche - Coût efficacité et compassion

Dr François Rousseau
Des chercheurs utilisent la simulation par ordinateur pour proposer une façon d'épargner aux femmes enceintes des soucis inutiles et des interventions coûteuses et superflues.
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La modélisation mathématique et les ratios coûtefficacité incrémentiels ne constituent pas l’apanage des comptables purs et durs.
En effet, pour le Dr François Rousseau, de l’Université Laval, ces outils essentiels aident les médecins à pratiquer une médecine personnalisée et factuelle.
« Les médecins doivent intégrer une foule d’informations », dit le Dr Rousseau, qui a un cœur de médecin et un cerveau de programmeur informatique. « C’est l’art de la médecine jusqu’à un certain point : utiliser toute l’information disponible pour s’assurer que le diagnostic et le traitement sont adaptés au patient. »
En bref
Qui – Le Dr François Rousseau, professeur, Département de biologie moléculaire, biochimie médicale et pathologie, Faculté de médecine, Université Laval.
Question – De nombreuses options s’offrent aux femmes pour le dépistage prénatal. Chaque test diffère pour ce qui est de sa justesse, de sa sécurité et de son protocole. Il est difficile de déterminer la meilleure stratégie de dépistage prénatal et de traitement.
Approche – Le Dr Rousseau et ses collègues de Laval se servent de simulations par ordinateur pour créer des « populations virtuelles » sur mesure qui permettent d’étudier les impacts potentiels et de suivre tous les résultats possibles selon divers scénarios de dépistage prénatal.
Impact - Les décideurs auront accès à des données quantitatives indépendantes sur lesquelles ils pourront fonder leurs décisions quant à la meilleure façon de gérer les soins de santé.
Le fait de porter ou non un diagnostic certain peut avoir des conséquences permanentes, en particulier dans les soins prénatals. À l’heure actuelle, il existe plusieurs stratégies différentes pour dépister des troubles comme le syndrome de Down. Chaque stratégie suppose un protocole différent pour recueillir des « biomarqueurs », soit des indicateurs biologiques qui peuvent être mesurés pour déceler ou surveiller les changements dans la santé d’une personne. Des interventions comme des analyses de sang et des échographies permettent de recueillir ces biomarqueurs.
Selon la stratégie utilisée, « la différence dans le nombre de cas qui peuvent être détectés est énorme », dit le Dr Rousseau. « L’idée est de minimiser le nombre de faux positifs ou de faux négatifs pour épargner aux femmes beaucoup de soucis. »
En plus d’être source d’anxiété, un résultat faux positif obtenu tôt peut entraîner des interventions médicales superflues et coûteuses, comme une biopsie choriale (extraction d’un échantillon du placenta pour déceler des défauts génétiques) ou une amniocentèse (extraction d’un peu du liquide amniotique dans lequel baigne le fœtus pour rechercher des anomalies).
« Chaque fois que l’on intervient chirurgicalement pour un fœtus normal dans un cas de faux positif, on risque de perdre le fœtus », dit le Dr Rousseau.
Pour résoudre le problème, le Dr Rousseau a travaillé avec une équipe multidisciplinaire formée d’un économiste de la santé, le Dr Daniel Reinharz, d’un généticien, le Dr Jean Gekas, et d’un ingénieur informaticien, le Dr Christian Gagné, pour créer une simulation par ordinateur de 110 948 grossesses (le nombre exact de grossesses documentées au Québec en 2001). Les chercheurs ont analysé les résultats de 19 options différentes possibles à l’aide de quatre approches de dépistage de base.
Les résultats, d’abord publiés dans le prestigieux British Medical Journal en 2009, ont montré que le « dépistage contingent », où les résultats de dépistage au premier trimestre sont utilisés pour classer les femmes dans des catégories de risque élevé, intermédiaire et faible, était de loin le plus avantageux du point de vue de la justesse, de la sécurité et du coût.
Le but du Dr Rousseau est de faire en sorte que les responsables des politiques et les gestionnaires de la santé aient facilement accès à des modèles de simulation par ordinateur afin de pouvoir prendre leurs décisions à la lumière de résultats quantitatifs, et non de données anecdotiques ou d’opinions.
En 2010, ses collègues de Laval et lui ont dévoilé un simulateur informatique appelé SCHNAPS (pour SynCHroNous Agent et Population-based Simulator – agent synchrone et simulateur fondé sur la population) pour analyser diverses options de dépistage, de diagnostic, de surveillance et de traitement des maladies. SCHNAPS peut créer une population virtuelle pour reproduire les caractéristiques de tout groupe de personnes que les chercheurs, les planificateurs des soins de santé et les responsables des politiques veulent étudier.
L’équipe de Laval peut exploiter la formidable puissance d’un superordinateur appartenant au CLUMEQ, consortium de recherche pour le calcul scientifique de haute performance dont font partie l’Université McGill et les constituantes du réseau des universités du Québec.
« Nous avons décidé d’utiliser le superordinateur il y a trois ou quatre ans parce que nous analysons des centaines de scénarios différents et que nous devons voir rapidement si les résultats tiennent la route », dit le Dr Rousseau, dont la recherche financée par les IRSC comprend l’examen de scénarios de dépistage pour l’ostéoporose, la fibrose kystique et certaines applications pharmacogénétiques. « Il nous permet de faire et de refaire les simulations encore et encore, en changeant les paramètres pour voir si cela influence les résultats. »
« Nous pouvons introduire dans le programme différents paramètres comme un test de dépistage qui révélera les cas de maladie plus tôt, ce qui permettra d’offrir un traitement particulier aux patients. Un certain nombre de gens accepteront ce traitement, d’autres préféreront des traitements de rechange, et d’autres encore choisiront de ne pas se faire traiter. Nous mettrons tout cela dans le simulateur pour voir quelles seront les différentes trajectoires des patients. »
– Dr François Rousseau, Université Laval
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