Profil de recherche - Faire la somme des inconnues

Dr Gregory Zaric
Dr Gregory Zaric

La simulation par ordinateur permet de mettre un prix sur l’utilisation de nouveaux tests génétiques pour résoudre les mystères de cancers d’origine inconnue.

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La Société canadienne du cancer estime à 177 800 le nombre de nouveaux cas de cancer au Canada en 2011. De 3 500 à 9 000 de ces cas étaient probablement des carcinomes métastatiques sans origine claire et sans traitement optimal évident.

Classés dans la mystérieuse catégorie des métastases d’un cancer primitif inconnu, ces carcinomes sont un cauchemar pour le patient, une énigme pour l’oncologue et une importante dépense pour le système de soins de santé.

Actuellement, les oncologues qui s’attaquent à ces cancers primitifs inconnus « doivent s’en remettre à des régimes de traitement très généraux qui sont efficaces contre différents types de cancer », dit le Dr Gregory Zaric, de l’Université Western Ontario.

En bref

Qui – Gregory S. Zaric, chaire de recherche du Canada en sciences de la gestion des soins de santé, professeur agrégé, École de commerce Ivey et École de médecine et de dentisterie Schulich, Université Western Ontario.

Question – Traiter les cancers d’origine inconnue, qui représentent 2 à 5 % de tous les nouveaux cas, est difficile. Sans connaître la source première, les oncologues consacrent temps et ressources à des traitements généraux qui peuvent ne pas convenir. Par contre, des tests génétiques peuvent parfois permettre de déterminer le meilleur traitement pour un patient.

Approche – L’équipe du Dr Zaric utilise la modélisation par ordinateur pour calculer l’efficacité par rapport aux coûts de l’adoption de deux nouveaux tests génétiques. Le premier, appelé « test du tissu d’origine », est approuvé par la FDA aux États‑Unis, et le second, CupPrint, est offert en Europe.

Impact - Les résultats de l’étude seront publiés et mis à la disposition des responsables des politiques pour les aider à décider de financer ou non le dépistage génétique pour diagnostiquer les cancers d’origine inconnue.

Toutefois, ce genre de traitement générique peut être une navrante perte de temps pour le patient, doublé d’un gaspillage de précieuses ressources pour le système de santé. Il ne faut pas oublier non plus les coûts élevés de l’imagerie du corps entier, généralement utilisée pour essayer d’identifier ces cancers.

Les tests génétiques offrent la possibilité de résoudre le dilemme en changeant la manière dont le cancer est diagnostiqué et traité, mais l’intégration des nouvelles technologies dans la pratique clinique établie se poursuit toujours, dit le Dr Zaric, titulaire d’une chaire de recherche du Canada en sciences de la gestion des soins de santé.

Financé par les IRSC, le Dr Zaric dirige une étude de trois ans sur le rapport coût‑efficacité de l’utilisation de deux tests génétiques récemment mis au point pour mettre en évidence les tumeurs primitives dans les carcinomes métastatiques. Essentiellement, les tests permettent de suivre l’activité d’un certain nombre de gènes dans une tumeur témoin pour essayer d’identifier le type de cancer primitif. Toutefois, les tests ne sont pas parfaits – les marges d’erreur (résultats faux ou non concluants) oscillant entre 12 % et 17 %.

« Les tests peuvent coûter de 3 750 $ à 4 600 $ », dit le Dr Zaric. « Dépense‑t‑on de l’argent pour tout le monde afin d’identifier environ 85 % de tous les patients et de les diriger vers de meilleurs régimes de traitement qui pourraient déboucher sur des résultats plus souhaitables? Nous essayons de déterminer où se situe le meilleur compromis entre les coûts et les bienfaits possibles pour la santé. »

Le Dr Zaric utilise un processus assisté par ordinateur appelé modélisation analytique décisionnelle pour évaluer les avantages de ces tests par rapport à leurs coûts.

« Cela peut être vu comme une expérience de pensée où, dans un monde, les gens seraient traités selon le statu quo. Nous déduisons à quoi cela ressemblerait en examinant les bases de données administratives en santé dans tout le Canada. Ensuite, nous pouvons faire une comparaison avec un monde hypothétique où cette technologie est disponible. »

Pour créer ce monde hypothétique, le Dr Zaric fusionne les données compilées au cours des essais cliniques de tests génétiques avec les données des dossiers provinciaux de soins de santé. À l’aide de ces données, il estime quels seraient les résultats si les patients qui présentent des cancers d’origine inconnue subissaient les tests et recevaient éventuellement des traitements plus ciblés.

« Nous pouvons fournir cette information aux responsables des ministères de la Santé qui doivent prendre la décision de commencer à payer ou non pour ces tests. Ces responsables peuvent alors voir comment nos chiffres se comparent à ce pour quoi ils paient déjà. »

Pour le Dr George Rodrigues, radiooncologue à l’Institut de recherche en santé Lawson et au Centre de sciences de la santé de London, ce genre de recherche est indispensable.

« Nous savons que les cancers ne sont pas tous pareils », dit le Dr Rodrigues, qui participe aussi au projet. « Des questions génétiques sous‑jacentes se posent au sujet non seulement de la tumeur, mais aussi de la façon dont le patient répond au traitement. Nous avons besoin de cette recherche parce qu’un plus grand nombre de tests cliniques du genre sont maintenant utilisés, et que nous nous dirigeons de plus en plus vers l’individualisation des traitements. »
« Les sommes que les Canadiens peuvent consacrer aux soins de santé ne sont pas illimitées. Vient un temps où nous devons essayer de déterminer si des tests font partie de ceux qui assurent la meilleure utilisation possible des ressources. »
– Dr Gregory Zaric, Université Western Ontario

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