Automne 2011
Volume 1, numéro 1

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Des examens normalisés du genou et de la hanche pour un dépistage précoce de l'arthrose

Détecter l'arthrose avant qu'elle ne paraisse sur les radiographies

En bref

Qui : Dre Jolanda Cibere, Université de la Colombie-Britannique

Question : L'arthrose est une maladie qui se développe pendant des années, mais dont le diagnostic est confirmé une fois que les changements physiques dans les articulations peuvent être observés à la radiographie.

Recherche : La Dre Cibere a étudié de nombreuses méthodes d'examen du genou et a mis au point un examen normalisé.

Impact : La méthode nouvelle et éprouvée pour l'examen normalisé du genou permet de déceler la maladie beaucoup plus tôt – avant que les signes paraissent à la radiographie. Cette nouvelle méthode est utilisée dans de nombreuses études internationales importantes.

Sources : Reliability of the Knee Examination in Osteoarthritis: Effect of Standardization. ARTHRITIS RHEUM, vol. 50, no 2, février 2004, p. 458-468. Association of Clinical Findings with Pre-Radiographic and Radiographic Knee Osteoarthritis in a Population-based Study. ARTHRITIS CARE RES (HOBOKEN), vol. 62, no 12, décembre 2010, p. 1691-1698. Epub 27 juillet 2010.

À la fin des années 1990, alors que la Dre Jolanda Cibere recrutait des patients pour une étude sur l'arthrose, elle avait l'impression que la plupart des personnes qui voulaient faire partie de l'étude avaient la maladie, mais qu'elles étaient inadmissibles. Pourquoi? Parce que les signes de leur maladie n'étaient pas encore apparents sur les radiographies. Ces personnes souffraient certes de douleurs, de raideurs et d'autres symptômes, mais à l'époque, la règle d'or pour diagnostiquer l'arthrose était de se fier aux changements observables à la radiographie.

L'arthrose, maladie dégénérative du cartilage des articulations, est l'affection articulaire la plus courante. Elle peut être la conséquence à long terme de la lésion mécanique d'une articulation. Les autres facteurs de risque sont le vieillissement, l'hérédité et l'obésité. La maladie peut toucher n'importe quelle articulation; les hanches, les genoux, la colonne vertébrale, les pieds et les mains sont particulièrement vulnérables. On estime que 10 % de la population canadienne souffre d'arthrose symptomatique1, et cette maladie est la principale cause de remplacement du genou2.

Les faits : un diagnostic précoce

La règle d'or pour diagnostiquer l'arthrose consistait à se fier aux signes observables à la radiographie. Une nouvelle méthode éprouvée pour l'examen normalisé du genou permet de déceler la maladie beaucoup plus tôt, avant que les signes paraissent à la radiographie. Les travaux de la Dre Cibere ont permis de découvrir des signes précoces d'arthrose qui ne paraissaient pas à la radiographie chez 49 % des patients.

Même si l'arthrose est une maladie qui met plusieurs années à se développer, elle est souvent diagnostiquée bien après l'apparition des symptômes. Habituellement, le diagnostic est confirmé une fois que les changements peuvent être observés sur les radiographies.

« Si l'arthrose était diagnostiquée plus tôt, on pourrait mettre en place des stratégies et des traitements pour ralentir la progression de la maladie, réduire l'invalidité et diminuer les coûts associés à la maladie à long terme », affirme la Dre Cibere, rhumatologue et professeure adjointe en médecine à l'Université de la Colombie-Britannique. Selon un sondage effectué en Ontario, en 2005, auprès de plus de 1200 personnes souffrant d'arthrose de la hanche ou du genou, la maladie coûte environ 12 200 $ par année, principalement en raison de l'absentéisme au travail et des heures non payées des aidants naturels.3

Dès les années 1990, alors qu'elle travaillait à la première étude, la Dre Cibere s'est rendu compte que de nombreux patients pourraient bénéficier d'un traitement précoce, si l'on ne se fiait pas uniquement aux résultats des radiographies pour définir la maladie. Elle a aussi conclu qu'il serait avantageux d'étudier les patients au début de leur maladie afin d'en apprendre davantage sur la progression de l'arthrose et découvrir pourquoi elle évolue rapidement chez certains sujets et lentement chez d'autres.

« Je me suis alors intéressée aux stades précoces de la maladie », dit-elle.

Cependant, un problème persistait : il n'existait aucun moyen normalisé de détecter précocement la maladie. En fait, rhumatologues et chercheurs pouvaient compter sur plus de 40 signes physiques et techniques pour évaluer le genou, mais la précision et la fiabilité de ces tests restaient à démontrer, et l'on ignorait lequel de ces tests permettait de diagnostiquer précocement la maladie.

Les outils et les techniques d'examen du genou pour dépister l'arthrose variaient d'un praticien à l'autre et d'un centre à l'autre, et peu de travail avait été fait pour évaluer leur efficacité. Pour la Dre Cibere, il était temps d'en apprendre davantage sur les stades précoces de la maladie, de trouver de meilleurs moyens de la détecter et de chercher à mettre au point un examen normalisé étayé par des données probantes.

« La première chose que j'avais à faire était de normaliser l'examen du genou », déclare-t-elle. Ce n'était pas une tâche facile. Elle a donc entrepris une étude pour évaluer les quelque 40 signes physiques et techniques, et en a publié les résultats en 20044. L'étude a permis de déterminer quels tests étaient les plus utiles, à la suite de quoi la Dre Cibere a mis au point un processus pour l'utilisation de ces tests d'une manière normalisée. L'étude a aussi permis de démontrer l'efficacité d'un examen normalisé pour détecter précocement la maladie.

« Nous pouvons affirmer que certains résultats de l'examen du genou sont hautement prédictifs du stade précoce de la maladie », selon la Dre Cibere. Depuis, l'examen normalisé du genou est devenu un outil valable, utilisé dans le monde entier.

Utilisation de l'examen normalisé à l'échelle internationale

Gayle Lester, Ph.D., chef de projet de l'Initiative sur l'arthrose (OAI) des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, utilise le protocole normalisé dans ses travaux de recherche. Cette initiative est une étude observationnelle, prospective et à long terme de l'arthrose du genou qui a débuté en 2002. Il s'agit de la plus grande étude du genre au monde à laquelle participent plus de 5000 personnes à risque de huit pays. Les chercheurs utilisent l'examen normalisé comme principal outil pour évaluer la santé des genoux.

« Sans l'examen normalisé du genou, nous aurions recours à des solutions moins complètes. Avec l'examen normalisé, nous détenons un protocole d'examen qui couvre tous les aspects », a déclaré le Dr Lester. L'examen est relativement rapide et des membres du personnel infirmier et du personnel clinique qui ont reçu la formation peuvent l'effectuer.

« En général, il est difficile de normaliser les examens existants parce qu'ils reposent sur les perceptions de chaque clinicien quant à la présence ou à l'absence d'un signe physique », ajoute Michael Nevitt, Ph.D., chercheur principal pour l'OAI. L'avis de la Dre Cibere a été capital. Il nous a aidés à déterminer quels examens des articulations pouvaient faire l'objet d'une normalisation, affirme le Dr Nevitt, professeur auxiliaire en épidémiologie et en biostatistique à l'Université de la Californie à San Francisco.

Des chercheurs du Royaume-Uni ont aussi recours à l'examen normalisé. En 2008, Lyndsey Goulston, physiothérapeute et chercheuse en rhumatologie à l'hôpital Southampton General, a communiqué avec la Dre Cibere en vue d'explorer la possibilité d'adapter l'examen normalisé du genou à une vaste étude de population à long terme.

Il s'agit de l'étude Chingford, étude de population longitudinale prospective qui suit une cohorte de femmes pendant une période de plus de 20 ans et observe les tendances en matière de santé. Les participantes y sont évaluées annuellement afin de déterminer leurs facteurs de risque pour l'arthrose et l'ostéoporose. Cette étude a commencé en 1989 et des protocoles d'examen du genou étaient nécessaires pour un suivi de 20 ans.

« Au cours de ce suivi de 20 ans, j'examinerai les genoux et les hanches de chacune des femmes qui resteront dans la cohorte. J'ai demandé à la Dre Cibere si elle voulait me communiquer ses protocoles pour l'examen du genou et de la hanche. Elle a gentiment accepté et elle m'a fait parvenir par courriel les descriptions des examens utilisées dans ses articles », déclare Lyndsey Goulston. Les chercheurs de l'étude Chingford utilisent l'examen rigoureusement en tant qu'outil de recherche, et la Dre Cibere a aidé l'équipe à adapter l'examen afin qu'il puisse être effectué par d'autres professionnels que des médecins.

Examen normalisé de la hanche

Les travaux de la Dre Cibere sur l'arthrose ne se limitent pas au genou. Elle a en effet mis au point un examen normalisé de dépistage précoce de l'arthrose de la hanche. Les résultats de ces travaux ont été publiés en 2008, et l'examen sert aussi d'outil de recherche5. En fait, les chercheurs de l'étude Chingford utilisent aussi l'examen normalisé de la hanche.

De plus, la Dre Cibere participe à des études sur des sujets tels que la douleur liée à l'arthrose, les tendances et les constantes de l'arthrose dans la population, et la mécanique du genou. En plus du travail effectué en laboratoire, l'équipe de la Dre Cibere a réalisé de courtes vidéos éducatives destinées aux professionnels de la santé où l'on explique comment effectuer des examens normalisés du genou.

Mais il y a toujours plus à faire en recherche. « Nous ne voulons pas seulement diagnostiquer précocement la maladie, nous voulons pouvoir déterminer qui sont les personnes dont l'état risque de s'aggraver et celles dont l'état pourrait s'améliorer », affirme-t-elle. Les examens normalisés aident les chercheurs à trouver des réponses à ces questions.


  1. L’arthrite au Canada – Une bataille à gagner.
  2. Nombre d’arthroplasties de la hanche et du genou, selon la province ou le territoire, Canada, 2007-2008.
  3. The economic burden of disabling hip and knee osteoarthritis (OA) from the perspective of individuals living with this condition (en anglais seulement). Rheumatology, vol. 44, no 12, décembre 2005, p. 1531-1537.
  4. Reliability of the knee examination in osteoarthritis: effect of standardization. Arthritis Rheum, vol. 50, no 2, février 2004, p. 458-468.
  5. Reliability of the hip examination in osteoarthritis: effect of standardization. Arthritis Rheum, vol. 59, no 3, 15 mars 2008, p. 373-381.