Automne 2011
Volume 1, numéro 1
[ PDF (1,3 Mo) ] Les effets indésirables des médicaments compromettent la sécurité des patients
La présence de pharmaciens au sein des équipes de soins de santé permet de réduire les effets indésirables des médicaments et d'améliorer la santé et la sécurité des personnes âgées.
En bref
Qui : Dre Lisa Dolovich, Faculté de médecine, Université McMaster
Question : Selon une étude menée aux États-Unis par la Substance Abuse and Mental Health Services Administration, chaque année, 51,5 % de toutes les visites aux services d'urgence sont attribuables à des réactions indésirables aux médicaments chez des adultes de 50 ans et plus. En outre, 62 % des personnes âgées prennent cinq médicaments ou plus par jour, et presque 30 % des personnes âgées de 85 ans ou plus en prennent dix ou plus.1
Recherche : Dans le cadre de l'étude de la Dre Dolovich, réalisée sur une période de deux ans et appelée IMPACT (Integrating family Medicine and Pharmacy to Advance Primary Care Therapeutics), 1 554 patients ont été dirigés vers un pharmacien pour une évaluation complète de leurs médicaments prescrits.2
Impact : Cette recherche a permis de cerner et d'étudier des réactions indésirables à des médicaments chez 241 patients. Elle a aussi fourni les données concluantes pour justifier des postes de pharmaciens au sein d'équipes de médecine familiale en Ontario et en Saskatchewan.
Source : Integrating Family Medicine and Pharmacy to Advance Primary Care Therapeutics. Clinical Pharmacology & Therapeutics, vol. 83, no 6, juin 2008, p. 913-917.
Madame Rhoda Malone (pseudonyme), âgée de 71 ans, présentait des étourdissements, de la fatigue et de l'œdème aux chevilles. Une pharmacienne travaillant avec Lisa Dolovich, professeure de pharmacie à l'Université McMaster, a alors passé en revue la médication de la patiente.
Entrevue de la Dre Dolovich
Madame Malone présentait une réaction indésirable à deux médicaments prescrits pour traiter son hypotension artérielle. La pharmacienne a suggéré au médecin de madame Malone de diminuer la dose de l'un des médicaments (métoprolol) et de remplacer un type de médicament agissant sur la tension artérielle (inhibiteur des canaux calciques) par un autre type de médicament (diurétique). Une fois ces changements effectués, madame Malone a commencé à se sentir mieux : ses étourdissements ont disparu, son niveau d'énergie a augmenté et son œdème s'est résorbé.
Grâce aux connaissances de la pharmacienne sur les interactions médicamenteuses et à la collaboration avec le médecin de madame Malone, cette dernière a pu éviter une chute ou tout autre effet potentiellement grave résultant des effets indésirables des médicaments.
Les faits : une amélioration de la qualité de vie
Les chiffres sont éloquents! La recherche de la Dre Dolovich a montré que 93 % des participants à l'étude présentaient au moins un des quelque 4000 problèmes liés aux médicaments observés, ce qui a permis d'éliminer des réactions indésirables pour 241 patients.
Grâce à l'étude menée par la Dre Dolovich au moment où son équipe s'est penchée sur le cas de madame Malone, des milliers de personnes âgées en Ontario, en Saskatchewan et en Alberta bénéficient des mêmes avantages que si un pharmacien faisait partie de leur équipe soignante, soit directement au bureau du médecin soit à la clinique.
Professeure agrégée à l'Université McMaster à Hamilton, en Ontario, scientifique et directrice adjointe du Centre d'évaluation des médicaments au Centre de soins de santé St-Joseph de Hamilton, Lisa Dolovich a observé sept pharmaciens travaillant avec 70 médecins de famille en Ontario afin de voir quelle influence ils avaient sur les pratiques en matière d'ordonnances et de médicaments pour 14 000 patients.
Dans le cadre de cette étude de deux ans appelée IMPACT (Integrating family Medicine and Pharmacy to Advance Primary Care Therapeutics), 1 554 patients ont été dirigés vers des pharmaciens pour une évaluation complète de leurs médicaments. Les pharmaciens ont relevé au moins un problème lié aux médicaments chez 93 % d'entre eux, ce qui représente 3 974 problèmes en tout. Parmi ces problèmes, on a constaté des réactions indésirables à des médicaments chez 241 patients (26,5 %), et ce nombre monte à 315 en tenant compte des réactions indésirables possibles.
Cette étude est particulièrement importante puisque les personnes âgées de plus de 75 ans prennent en moyenne de six à huit médicaments par jour. La possibilité de présenter une réaction indésirable aux médicaments augmente avec chaque médicament ajouté au régime médicamenteux, puisque les interactions médicamenteuses sont à l'origine de 15 à 20 % de ces réactions indésirables.
En travaillant étroitement avec des pharmaciens, les médecins qui participaient à l'étude IMPACT ont pu corriger les problèmes et prévenir ainsi des réactions indésirables graves aux médicaments chez les personnes âgées. De plus, l'étude a fourni des données justifiant l'intégration de pharmaciens au sein d'équipes de médecine familiale. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait l'Ontario, la Saskatchewan et l'Alberta, à la lumière des travaux de Lisa Dolovich.3
« On trouve des études qui remontent à 20 ou 25 ans dans lesquelles les pharmaciens assumaient un tel rôle, affirme Derek Jorgenson, professeur adjoint en pharmacie à l'Université de la Saskatchewan. Toutefois, ces études n'ont jamais été faites à grande échelle à l'aide de méthodes de recherche de qualité. »
Une fois que les travaux de Lisa Dolovich ont été publiés (13 études ont été réalisées dans le cadre du projet IMPACT), Derek Jorgenson a cessé d'être le seul pharmacien de la Saskatchewan à travailler dans un milieu de soins de santé primaires. Il s'est appuyé sur les travaux de l'Université McMaster pour persuader la province d'embaucher 25 pharmaciens pour travailler au sein des équipes de soins de santé. « Je ne dirais pas qu'IMPACT est le seul élément ayant mené à l'expansion de ce modèle, mais je dirais qu'il a eu une influence déterminante auprès des ministères de la Santé du pays pour l'appuyer et l'adopter », a déclaré M. Jorgenson.
L'Ontario a pris bonne note. Les travaux de Lisa Dolovich ont fourni les données nécessaires pour inclure des pharmaciens dans les équipes de soins. « Lorsque de nouvelles propositions sont présentées au ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario, nous voulons nous assurer que des pharmaciens sont du nombre dès la conception du projet », déclare Mary Fleming, directrice, Soins primaires. « À l'heure actuelle, 170 équipes en sont à différentes étapes de leur mise en place », affirme-t-elle. La plupart de ces équipes comptent un pharmacien4, et cela inclut les pharmaciens qui ont pris part à l'étude IMPACT.
La recherche a aussi changé la façon de former les étudiants à l'Université McMaster. On enseigne maintenant aux futurs médecins l'importance d'encourager les patients à les informer de tout effet secondaire de leurs médicaments ainsi que l'importance de discuter avec les patients des moyens d'améliorer la prise de médicaments en ayant recours à un pilulier, à un aide-mémoire ou à tout autre outil.
« En Ontario, nous avons mis en application les connaissances générées par la recherche », affirme Lisa Dolovich. Dans le cas de Rhoda Malone, l'intervention d'une pharmacienne n'a pas servi uniquement à prévenir une réaction indésirable grave aux médicaments, elle a permis d'augmenter la qualité de vie de la patiente. Au cours de l'évaluation, la pharmacienne a répondu aux questions de madame Malone qui se demandait si elle risquait de devenir dépendante si elle prenait des analgésiques vendus sans ordonnance au coucher. La pharmacienne lui a répondu qu'elle pouvait prendre de l'acétaminophène au coucher pour soulager ses douleurs, ce qui a amélioré son sommeil et sa qualité de vie en général. Cette expérience cadre avec les travaux subséquents de Lisa Dolovich, qui ont montré que les pharmaciens travaillant en médecine familiale améliorent non seulement la prise en charge médicamenteuse, mais aussi la surveillance des maladies chroniques, de la tension artérielle et de la cholestérolémie.
Les faits : des économies
Au Canada, les événements indésirables et les décès évitables causés par les médicaments chez les personnes âgées coûtent environ 11 milliards de dollars par an.
Les travaux de Lisa Dolovich ont fourni des données montrant qu'une plus grande participation des pharmaciens au sein des équipes de soins de santé et des programmes d'intervention communautaires constituait un moyen d'améliorer la santé des personnes âgées au Canada.
Au Canada, les événements indésirables et les décès évitables causés par les médicaments chez les personnes âgées coûtent environ 11 milliards de dollars par an5. Compte tenu des efforts que doivent faire les médecins de famille pour demeurer au fait des effets indésirables des nouveaux médicaments et du manque de formation de la plupart d'entre eux sur la reconnaissance des interactions médicamenteuses, il semble qu'une approche fondée sur le travail d'équipe permettant de jumeler médecins et pharmaciens soit un changement rentable et efficace dont la valeur a été démontrée par cette recherche révolutionnaire.
Lectures complémentaires :
- Les personnes âgées et l’utilisation des médicaments prescrits.
- Pharmacist's identity development within multidisciplinary primary health care teams in Ontario; qualitative results from the IMPACT project. Res Social Adm Pharm, vol. 5, no 4, décembre 2009, p. 319-326. Epub 25 avril 2009
- L'Ontario a commencé à intégrer des pharmaciens aux équipes de médecine familiale en 2004, l'Alberta en 2006 et la Saskatchewan en 2008.
- En août 2010, il y avait en tout 200 équipes de médecine familiale.
- Rapport d’étape sur La Stratégie nationale relative aux produits pharmaceutiques : Une ordonnance non remplie.
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