Profils de recherche – Épigénétique : ajouter les détails manquants

Quand des chercheurs ont percé le code génétique, la société a obtenu une nouvelle perspective saisissante sur la santé humaine. Cette découverte s'est accompagnée d'un nouvel ensemble d'outils pour étudier, et éventuellement traiter, la maladie. Elle a permis d'établir que des modifications d'un seul gène étaient à l'origine de maladies comme la chorée de Huntington et la fibrose kystique. Et à mesure que la recherche génétique est devenue plus technologiquement avancée, les chercheurs ont commencé à mettre en évidence des variations génétiques en cause dans des troubles plus complexes, comme le cancer et les maladies cardiaques.
Jusqu'ici, toutefois, la recherche des marqueurs génétiques de maladies donne à penser que les mutations génétiques seules ne peuvent expliquer les causes de la plupart des maladies complexes. La variabilité génétique ne semble tout simplement pas suffisante entre la personne en bonne santé et la personne malade. Il semble de plus en plus évident que le code génétique n'explique pas tout.
Un nouveau champ de recherche, l'épigénétique, apporte certains des détails manquants. Dans le sein de notre mère et durant toute notre vie, des facteurs environnementaux modifient notre ADN – non le code génétique lui‑même, mais les molécules qui commandent l'activité de nos gènes. Ces changements, qui peuvent être causés par des toxines, des habitudes alimentaires ou même des expériences de vie, contribuent à déterminer quels gènes sont activés, et quand et pendant combien de temps ils le sont. Deux des plus importants changements épigénétiques sont la méthylation de l'ADN (l'ajout de molécules de méthyle à l'ADN) et les modifications des histones (les grosses protéines autour desquelles s'enroulent les brins d'ADN).
L'épigénétique fournit de nouveaux indices de l'interaction entre notre environnement physique direct et notre patrimoine génétique. Les chercheurs utilisent maintenant les mêmes technologies qui ont révélé la séquence du génome humain pour mettre au jour l'épigénome – les modifications épigénétiques qui commandent l'activité des gènes.
Les IRSC ont créé une nouvelle initiative, le Consortium canadien de recherche en épigénétique, environnement et santé (CCREES), pour explorer le rôle de l'épigénétique dans la santé. Les chercheurs financés en vertu de cette initiative phare du plan stratégique essaieront de découvrir les changements épigénétiques associés à la maladie, de déterminer de quelle façon des stimuli environnementaux provoquent ces changements et de voir si oui ou non ils peuvent être transmis du parent à l'enfant. L'initiative encouragera aussi l'utilisation pratique des conclusions de la recherche dans des tests diagnostiques, des traitements médicaux innovants et la politique de la santé.
La recherche dans ce domaine améliore déjà notre compréhension de maladies aussi diverses que l'autisme, l'asthme, la schizophrénie et les maladies inflammatoires intestinales. Elle aide les chercheurs à déterminer les mécanismes sous‑jacents qui peuvent faire dérailler un code génétique autrement sain. La recherche épigénétique peut nous permettre d'avoir un tableau plus complet des causes de nombreuses maladies humaines (et des remèdes possibles).
Nous sommes ravis de présenter une série de profils mettant en vedette un modeste échantillon des projets d'épigénétique que les IRSC appuient actuellement.
- Ratisser plus large – Les Drs Luigi Bouchard et Diane Brisson, du laboratoire ÉCOGÈNE‑21 à l'Hôpital de Chicoutimi, étudient les changements épigénétiques dans les gènes associés au diabète gestationnel.
- Changer de paradigme – Le Dr Arturas Petronis, de l'Université de Toronto, élabore une théorie épigénétique cohésive pour définir les causes sous‑jacentes de maladies aussi différentes que les maladies inflammatoires intestinales et la schizophrénie.
- Les cicatrices de la maltraitance – Une équipe de recherche de l'Université McGill étudie les changements épigénétiques chez les victimes de mauvais traitements dans l'enfance pour voir si ces changements augmentent le risque de suicide.
- À la source des troubles envahissant du développement – Rosanna Weksberg parle de sa recherche sur les changements épigénétiques associés à diverses expositions environnementales au cours du développement.
Nous espérons que ces profils vous intéresseront. Restez à l'écoute pour connaître les dernières nouvelles au sujet du CCREES.
Dr Anthony Phillips
Directeur scientifique
Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des IRSC
Dr Paul Lasko
Directeur scientifique
Institut de génétique des IRSC
Dre Morag Park
Directrice scientifique
Institut du cancer des IRSC
- Mise à jour :