Profil de recherche - La découverte de l’insuline : une formidable réussite canadienne

Dr Michael Bliss 
Dr Michael Bliss

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La découverte de l'insuline a été une des grandes avancées du 20e siècle. Elle n'a pas été le fruit d'un heureux hasard dont ont profité des amateurs doués, mais plutôt le résultat d'une équipe multidisciplinaire bien financée (selon les normes de l'époque).

« C'est une merveilleuse histoire canadienne qui nous en apprend beaucoup sur ce qu'était notre pays dans les années 1920 », indique le Dr Michael Bliss, professeur émérite d'histoire à l'Université de Toronto. « On y trouve des messages qui s'appliquent encore aujourd'hui. »

En réalité, dit le Dr Bliss, la découverte de l'insuline a été rendue possible dans une grande mesure par le développement préalable, avec des fonds publics et des dons privés, d'une solide capacité de recherche à l'Université de Toronto. « Certains pensent que la découverte de l'insuline a été la raison (du dynamisme de l'Université de Toronto en recherche), mais c'est presque le contraire », dit‑il. « La découverte a été le résultat de l'enthousiasme initial des Canadiens pour la recherche médicale. »

Ce soutien de la recherche n'était pas un hasard. Aux yeux du Dr Bliss, il reflétait une croyance ferme chez de nombreux Canadiens selon laquelle la recherche médicale pouvait aider les gens à mieux vivre, ce qui a eu pour résultat qu'ils ont financé des écoles de médecine et des installations de recherche de premier niveau. « La recherche ouvrait d'excellentes possibilités et il fallait vérifier si elles étaient réalisables ici au Canada : tel était le courant de pensée alors », dit le Dr Bliss.

C'est ce qui explique que lorsque Frederick Banting – jeune ancien combattant pratiquant la médecine à London (Ontario) – est revenu à son alma mater avec ses idées au sujet de la recherche sur le diabète, il a pu rencontrer une sommité mondiale dans le domaine, J.J.R. Macleod, un physiologiste né en Écosse et formé en Allemagne. Un jeune biochimiste, très talentueux, du nom de Bertram Collip et un étudiant en médecine nommé Charles Best se sont aussi joints au projet.

Comme aujourd'hui, fait remarquer le Dr Bliss, la recherche était dans une grande mesure une affaire internationale. Les frontières n'avaient pas grande importance. Des fondations privées aux États‑Unis, comme Carnegie et Rockefeller, finançaient activement la recherche au Canada – y compris le projet de Banting et Best. « Il y avait libre circulation du talent et de l'expertise, comme dans les sports aujourd'hui, où personne ne se soucie d'où vient un bon joueur », dit‑il.

Pour sa part, l'université finançait une société pharmaceutique américaine, Eli Lilly and Co., pour l'aider à produire de l'insuline en quantités suffisantes pour des essais cliniques, capacité que ne possédait aucune société canadienne. Ce partenariat a profité aux deux parties : Lilly est devenu un des principaux fournisseurs d'insuline avec les années, et sans cette société, le groupe de Toronto n'aurait pas pu procéder aux essais cliniques fructueux de l'insuline comme traitement du diabète.

Ce succès a été le haut fait de la carrière de Banting comme chercheur. Il a partagé le prix Nobel de médecine en 1923 avec Macleod, et il est devenu une des personnes les plus célèbres au Canada. Son laboratoire à l'Université de Toronto n'a jamais répété l'exploit qu'avait été la découverte de l'insuline.

Quand la guerre a éclaté de nouveau en 1939, il a rejoint l'armée et a servi son pays comme administrateur principal de la recherche médicale liée à l'effort de guerre. En route pour l'Angleterre au début de 1941, son avion s'est écrasé à Terre‑Neuve. Banting est mort avec la plupart des membres de l'équipage.

Jamais à l'aise sous les feux de la rampe et avec la gloire, il est mort en faisant ce qui lui tenait le plus à coeur : servir son pays et ses compatriotes canadiens.

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