Profil de recherche - La petite ville qui a tenu bon
Des collectivités résilientes aident les gens à être en santé
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Dre Judith Kulig
C'est également ce qu'a fait la Dre Judith Kulig, professeure à l'Université de Lethbridge, qui étudie pourquoi certaines collectivités survivent alors que d'autres meurent, et ce qui rend une collectivité résiliente. Le concept est important, croit‑elle, parce que vivre dans une collectivité en santé est un déterminant social de la santé de ses habitants.
« La résilience est la capacité d'une collectivité non seulement de faire face à l'adversité, mais aussi de parvenir à un plus haut niveau de fonctionnement après cette expérience », explique la Dre Kulig, ancienne infirmière de la santé publique et chercheuse financée par les IRSC. « Si les gens font partie d'une collectivité qui fonctionne bien, dont les dirigeants sont proactifs et dont les membres s'entendent et ont une vision commune, ils peuvent alors composer avec les facteurs de stress auxquels ils font face. »
En bref
Qui : La Dre Judith Kulig, professeure et chercheuse-boursière à l’Université de Lethbridge.
Question : Les petites collectivités diffèrent pour ce qui est de leur santé et de leur résilience. Le mode de vie dans nombre de collectivités change lorsque les écoles et d’autres services ferment, et que les industries primaires connaissent en alternance expansion rapide et récession.
Approche : À l’Université de Lethbridge, la Dre Kulig et son équipe ont étudié trois collectivités albertaines – une urbaine et deux rurales – et les ont évaluées du point de vue de leur résilience. Les chercheurs ont interrogé les résidants au sujet de leur santé, puis ont examiné les bases de données existantes sur les mesures de la santé pour les comparer aux cotes de résilience des collectivités. Ils ont conclu que les personnes qui sont attachées à une collectivité résiliente se disent en meilleure santé que les personnes qui n’ont pas de sentiment d’appartenance.
Impact : La Dre Kulig et son équipe espèrent que leurs conclusions influenceront la politique publique, pour que les décideurs comprennent les effets sur la santé qu’entraîne le soutien de la santé communautaire plutôt que de prendre des décisions qui portent atteinte à la résilience.
Quand la petite localité de Hardisty dans le centre de l'Alberta s'est opposée au projet de méga‑porcherie proposé par la Taiwan Sugar Corporation, peu d'observateurs pensaient que la population l'emporterait. Mais quand cette population a fait front commun et a recueilli 120 000 $ pour financer sa bataille juridique contre le projet et a eu gain de cause au tribunal, d'autres collectivités en ont pris bonne note.
La Dre Kulig et ses collègues ont étudié trois collectivités qui faisaient face à différents genres de stress. Dans le cas de Hardisty, c'était la perspective d'un parc d'engraissement qui, craignaient les citoyens, pourrait menacer leur santé et la viabilité de leur communauté.
Riverside Meadows, un quartier de Red Deer, sait ce que comporte la désignation de « mauvais » côté de la ville pour en avoir subi les effets. Les taux de dépression et d'autres problèmes de santé mentale sont devenus supérieurs à la moyenne dans ce quartier.
Hinton, une communauté tributaire de ressources naturelles, s'est vue menacée par la perte de revenu après la fermeture de mines et la réduction des opérations forestières. De plus, les taux d'asthme étaient élevés chez les habitants de la ville.
Quand la Dre Kulig a évalué les trois collectivités d'après son échelle de résilience, elle a constaté que Hardisty – la collectivité qui s'était unie pour combattre le projet de parc d'engraissement – était la plus résiliente. C'était aussi la plus agricole des trois. Les familles y vivaient depuis des générations, fréquentaient les mêmes lieux de culte, faisaient leurs courses aux mêmes magasins, et avaient les mêmes valeurs en commun.
Hinton et Riverside Meadows sont des collectivités plus fluctuantes, où les gens sont de passage seulement et nouent moins de liens. Selon la Dre Kulig, ce manque d'attachement nuit à la santé des gens.
« Nous savons que les gens qui ont un sentiment d'appartenance évaluent leur santé plus positivement » , dit‑elle. « On veut que les gens ressentent de l'attachement envers leur milieu parce qu'on veut qu'ils soient en meilleure santé. »
La Dre Kulig croit que sa recherche montre l'importance de politiques publiques qui favorisent la résilience de la collectivité.
« Cela semble aller de soi, mais dans les faits, nombre de politiques, surtout en milieu rural, vont à l'encontre de ce genre de choses », explique-t‑elle.
Par exemple, lorsque les pouvoirs publics à tous les niveaux ferment des écoles, des bureaux de poste ou des centres communautaires, les gens perdent leurs lieux de rencontre naturels. Il devient alors difficile de créer un sentiment d'appartenance et de regrouper les gens pour qu'ils travaillent vers un objectif commun.
« Dans toutes les entrevues que j'ai réalisées au fil des ans, j'ai entendu les gens dire « je ne sais plus à quelle collectivité j'appartiens, parce que les communautés où mes enfants vont à l'école, où je vais chercher mon courrier, où je vais faire mon épicerie et où je vais jouer au curling sont toutes différentes », explique la Dre Kulig.
Elle veut que les responsables des politiques et les décideurs comprennent que le fait d'éliminer les lieux de rencontre naturels des milieux ruraux détruit le tissu social des collectivités – le même tissu qui aide les gens à rester en santé.
L'intérêt de la Dre Kulig pour la résilience communautaire résulte de son enfance passée dans la petite ville charbonnière de Coleman, dans la municipalité de Crowsnest Pass, dans le Sud de l'Alberta. Une avalanche, des catastrophes minières, un incendie de forêt et des récessions, conséquence de la disparition de ressources naturelles, marquent l'histoire de la région. Pourtant, la collectivité survit grâce à son leadership solide et à un sentiment commun d'attachement.
« C'est encore une collectivité qui continuera de faire face à tout ce qui se dresse devant elle », dit‑elle.
La Dre Kulig espère qu'à la longue, son travail aidera d'autres collectivités rurales à acquérir la capacité non seulement de survivre, mais de s'épanouir.
« Nous savons que les gens qui ont un sentiment d'appartenance évaluent leur santé plus positivement. »
– Dre Judith Kulig, Université de Lethbridge
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