Profil de recherche - Pour écarter le danger en région éloignée
Prévenir et traiter les blessures en milieu rural au Canada
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Dr Dosman

Dr William Pickett
La passion qui anime le Dr William Pickett et le pousse à vouloir mettre fin à ce qu'il appelle une « épidémie » d'accidents de ferme au Canada a pris naissance dans la municipalité agricole de St. George, en Ontario, où son père était coroner.
Enfant, il comprenait déjà les risques uniques que des amis et membres de la famille couraient chaque jour, tellement il avait été touché par ce qu'avait raconté son père à propos d'un enfant d'âge préscolaire écrasé dans une grange lorsque les tablettes sur lesquelles il grimpait s'étaient effondrées, et l'ami de la famille mort étouffé quand un crib à maïs s'était écroulé sur lui. Cette prise de conscience allait plus tard amener l'épidémiologiste en lui à étudier les causes des accidents de ferme, et à élaborer des stratégies de prévention.
En bref
Qui : Le Dr William Pickett, professeur d'épidémiologie à l'Université Queen's; le Dr James Dosman, directeur du Centre canadien de santé et sécurité en milieu agricole, Université de la Saskatchewan; la Dre Barbara Haas, étudiante des cycles supérieurs à l'Université de Toronto
Question : En moyenne, de 100 à 120 personnes perdent la vie dans un accident de ferme au Canada chaque année. Les populations rurales sont aussi plus à risque pour les accidents de la route et les blessures d'autres causes. Amener les patients blessés de milieux ruraux à des centres de traumatologie spécialisés augmente leurs chances de survie de 25 %.
Approche : Les Drs Pickett et Dosman sont des cochercheurs du Saskatchewan Farm Injury Project, une équipe internationale qui a suivi 5 500 personnes dans 2 400 fermes pour examiner les causes sous‑jacentes des blessures subies à la ferme. À Toronto, la Dre Haas a comparé les résultats des traitements aux blessés en milieu rural qui sont soignés dans des centres de traumatologie et ceux soignés dans d'autres centres.
Impact : La première phase du Saskatchewan Farm Injury Project a révélé que les longues heures, la fatigue et l'état matériel des fermes, plutôt que le stress ou les conditions financières, font augmenter les risques de blessures. Après avoir communiqué ces connaissances aux familles agricoles, l'équipe espère que sa recherche influencera les politiques de prévention des blessures. À Toronto, les chercheurs travailleront avec les premiers intervenants et les équipes de soins de santé de centres non spécialisés en traumatologie, ainsi qu'avec les responsables des politiques et les décideurs, pour améliorer les protocoles de traitement et de transfert.
Le Dr Pickett, professeur à l'Université Queen's, à Kingston (Ontario), s'est joint dans le cadre de son travail à une équipe multidisciplinaire internationale et au Dr James Dosman, cochercheur principal, du Centre canadien de santé et sécurité en milieu agricole à l'Université de la Saskatchewan. Leur recherche financée par les IRSC, intitulée Saskatchewan Farm Injury Project, a été renouvelée pour une deuxième phase après que l'équipe eut découvert que la fatigue et l'état matériel des fermes étaient d'importantes causes de blessures : écrasements sous des tracteurs, chutes et blessures contondantes infligées par des animaux, par exemple.
L'équipe, qui comprend des chercheurs de l'Australie et des États‑Unis, a sondé et suivi plus de 5 500 personnes vivant dans 2 400 fermes en Saskatchewan, entre autres au sujet de leurs habitudes de sommeil et du type de blessures qu'elles ont subies, et de leur connaissance des risques. Au départ, les chercheurs s'attendaient à constater que les circonstances économiques difficiles et les traditions de la vie à la ferme expliquent l'épidémie de traumas. Au contraire, ils ont découvert que les longues heures de travail des familles agricoles et les dangers comme l'état des bâtiments ou de l'équipement étaient les principaux facteurs de risque.
Les personnes âgées et les enfants sont les plus vulnérables aux blessures, affirme le Dr Pickett. Et le problème se pose avec d'autant plus d'acuité que la plupart des agriculteurs travaillent jusqu'à l'âge de 70 ou 80 ans et plus, et que les enfants accompagnent leurs parents lorsqu'ils travaillent. Les enfants sont souvent tués en présence d'adultes, dit‑il.
« Dès qu'ils regardent ailleurs, l'enfant est exposé à un risque : soit qu'il tombe d'un tracteur et se fasse écraser, soit qu'il se noie », explique le Dr Pickett.
Les Drs Pickett et Dosman et leur équipe partagent leurs conclusions avec les 29 000 membres du réseau de santé et sécurité en milieu agricole, et avec d'autres intervenants. La sensibilisation ne suffit pas, toutefois, dit le Dr Pickett. Il croit que des politiques qui encouragent les agriculteurs à faire de l'état de leur équipement et de leur ferme une priorité sont essentielles.
« Lorsque des enfants ou des adultes se blessent en milieu rural, par suite d'un accident ou autrement, réussir à les transporter à un centre de traumatologie spécialisé augmente de 25 % leurs chances de survie », déclare la Dre Barbara Haas, résidente en chirurgie à l'Université du Collège St. Michael's de Toronto et étudiante diplômée en épidémiologie clinique.
La Dre Haas, qui a obtenu une bourse de recherche des IRSC, fait partie d'une équipe dirigée par le Dr Avery Nathens qui a étudié l'issue des personnes blessées en milieu rural. Dans son étude de 3 486 décès accidentels en Ontario au cours des années 2002 et 2003, l'équipe a constaté que les personnes dans les endroits les plus ruraux et éloignés des grands centres et celles qui avaient un accès limité à des soins offerts dans de courts délais dans un centre de traumatologie étaient deux fois plus susceptibles de mourir avant d'arriver à l'hôpital. Les patients qui étaient transportés à un hôpital, mais qui avaient un accès limité à un centre de traumatologie, risquaient trois fois plus de mourir à l'urgence que ceux qui étaient traités dans un centre de traumatologie.
« De notre point de vue, les soins dans un centre de traumatologie constituent l'aspect le plus important du traitement d'une personne gravement blessée, et assurer l'accès à ces soins est primordial », estime la Dre Haas.
En Ontario, tous les centres de traumatologie se trouvent en milieu urbain. Comme au moins 15 % des habitants de l'Ontario vivent à plus d'une heure d'un centre de traumatologie, l'écart quant à l'accessibilité des soins de traumatologie est considérable. Les transferts, par ambulance aérienne ou terrestre, sont un moyen de combler cet écart.
La Dre Haas et ses collègues travailleront avec les premiers intervenants, les médecins et les infirmières dans les centres non spécialisés en traumatologie pour déterminer et réduire les obstacles qui empêchent les fournisseurs de soins de santé de reconnaître les blessés graves et d'assurer leur transport direct à un centre de traumatologie ou leur transfert le plus rapidement possible.
Apporter de petits changements à tous les niveaux du système de soins de santé traitant ces patients blessés peut se traduire par de grandes améliorations » , explique la Dre Haas. « C'est un énorme casse-tête, et l'assembler nous aidera à trouver des solutions pour les patients », ajoute-t-elle.
« La santé rurale est un domaine de recherche d'une importance considérable, car environ 21 % des Canadiens vivent en milieu rural ou éloigné, et que nombre des déterminants de la santé de ces populations sont souvent très différents de ceux des populations en milieu urbain. »
– Dr James Dosman, directeur du Centre canadien de santé et sécurité en milieu agricole
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