Profil de recherche - Questions et réponses : un rôle évolutif
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Dre Ingrid Sketris
Avec 16 000 médicaments sur le marché au Canada et plus de patients qui prennent plusieurs médicaments sur une longue période, le rôle du pharmacien est en train de changer.
Une chercheuse financée par les IRSC, la Dre Ingrid Sketris, est une des principales théoriciennes du Canada sur le rôle en devenir du pharmacien. Elle a été titulaire d'une chaire de recherche sur les services de santé à l'Université Dalhousie pendant dix ans, où elle s'est concentrée sur la politique pharmaceutique et l'utilisation des médicaments. Elle a également été une des responsables de l'initiative du Collège de pharmacie de l'Université Dalhousie sur la gestion des médicaments, l'analyse de la politique, la recherche et la formation (IMPART). La Dre Sketris nous fait part de sa perspective.
Question : Que pensez-vous de l'évolution du rôle du pharmacien dans les soins de santé, et quel est le moteur de ce changement?
Réponse : Un certain nombre de facteurs expliquent ce changement. D'abord, les pharmaciens sont de mieux en mieux formés. J'enseigne et je fais de la recherche dans le domaine de la pharmacie à Dalhousie depuis 31 ans. Au début, on insistait beaucoup sur les sciences biomédicales de base et l'action des médicaments. Les pharmaciens reçoivent encore cette solide formation, mais ils en apprennent aujourd'hui davantage sur les aspects cliniques des médicaments pour déterminer lequel sera probablement le plus efficace pour tel ou tel patient. Nous nous sommes aussi appliqués à améliorer leurs habiletés de communication pour qu'ils puissent travailler plus efficacement avec les patients à l'établissement de plans de soins individualisés conduisant à de meilleurs résultats des traitements médicamenteux.
En chiffres : situation des pharmaciens parmi les professionnels de la santé*
- Personnel infirmier : 348 499
- Médecins : 68 101
- Pharmaciens : 30 553 (sans le Québec et le Nunavut); 31 384 selon l'Association nationale des organismes de réglementation de la pharmacie
- Technologues de laboratoire médical : 19 238
- Physiothérapeutes : 17 312 (sans compter les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut)
- Ergothérapeutes : 13 122
* Source : Rapports sur la main-d'oeuvre de la santé de l'Institut canadien d'information sur la santé pour 2009 – les plus récentes données disponibles.
Q : Qu'est-ce qui a amené ce changement?
R : Encore une fois, c'est un certain nombre de facteurs. Il y a plus de 16 000 médicaments sur le marché canadien, et les pharmaciens doivent tous les connaître. Le pharmacien peut, par un contrôle, limiter les risques d'interactions, réduire les effets indésirables et s'assurer que le patient ne prend pas par inadvertance plusieurs médicaments pour le même problème. Les maladies chroniques sont aussi plus répandues aujourd'hui. Il y a quelques décennies, les médicaments étaient souvent utilisés pour traiter les maladies aiguës : on avait une infection et on prenait des médicaments pendant une semaine ou deux. Maintenant, différentes maladies chroniques, comme le diabète et l'hypertension, exigent que les gens soient médicamentés pendant de très longues périodes. Il est donc important que quelqu'un au sein de l'équipe de soins surveille quels médicaments prend le patient et lesquels sont les meilleurs pour lui. Les médicaments procurent-ils les résultats thérapeutiques voulus? Ont-ils des effets secondaires évitables?
Q : La pénurie de médecins de famille a-t-elle fait en sorte que quelqu'un devait combler le manque?
R : Sans aucun doute. Nombre de Canadiens – quatre millions selon certaines études1 – n'ont pas de médecin de famille. Leurs médicaments doivent souvent être revus et renouvelés. Le pharmacien peut jouer un rôle en renouvelant les prescriptions. Toutefois, la réglementation varie d'une province à l'autre. Ici en Nouvelle-Écosse, le pharmacien peut renouveler une prescription s'il a une relation professionnelle avec le patient depuis un certain temps et si l'état de ce dernier est stable. De nombreuses provinces permettent aux pharmaciens d'adapter les prescriptions. Par exemple, un médecin peut rédiger une ordonnance pour des comprimés, mais si le patient a de la difficulté à avaler, le pharmacien peut substituer une forme liquide aux comprimés sans devoir appeler le médecin pour obtenir son autorisation.
Q : Dans certaines provinces, les pharmaciens peuvent établir des ordonnances et administrer des vaccins contre la grippe. Les gouvernements provinciaux reconnaissent donc que les pharmaciens peuvent jouer un plus grand rôle, non?
R : Trois provinces – le Nouveau-Brunswick, l'Alberta et la Colombie-Britannique – permettent actuellement aux pharmaciens de prescrire et d'administrer des vaccins. Cela est particulièrement utile durant la saison de la grippe, lorsque les gens qui travaillent ont de la difficulté à s'absenter. La pharmacie est un endroit pratique où se faire vacciner. Bien que les pharmaciens soient autorisés par la loi à prescrire des vaccins en Nouvelle-Écosse, ils ne peuvent pas encore les administrer.
Q : Les pharmaciens accueillent-ils favorablement ces défis?
R : Comme pour n'importe quelle nouvelle pratique, il y a les adeptes précoces et les autres qui suivent. En Nouvelle-Écosse, les pharmaciens revoient la médication des personnes âgées, aux frais du gouvernement, si ces dernières répondent à un certain nombre de conditions. Les pharmaciens s'assoient avec les patients pour passer en revue tous leurs médicaments et déterminer s'il y en a qu'ils doivent cesser de prendre ou s'ils doivent commencer à en prendre d'autres, et ils relaient cette information à leurs médecins. Une étude a montré que 30 % des pharmacies de la Nouvelle-Écosse ont effectué au moins une revue de médicaments. Donc, ce n'est pas tout le monde encore, mais c'est un progrès.
Q : Le corps médical accepte-t-il que les pharmaciens jouent un plus grand rôle dans la prestation des soins de santé? Les médecins commencent-ils à se faire à l'idée?
R : Les soins de santé sont devenus très complexes. La prévention et la prise en charge de la maladie présentent tant de facettes qu'il est impératif d'y faire participer tous les spécialistes – médecins, infirmières, pharmaciens, physiothérapeutes, diététistes ou autres – qui peuvent contribuer aux soins des patients. Les aspects cruciaux sont la collaboration, la coordination et l'efficacité de la communication. Selon des études récentes en provenance du Royaume-Uni, les omnipraticiens sont encore les quarts-arrières souvent, mais il doit y avoir une bonne communication entre les membres de l'équipe.
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