Profil de recherche - Préserver la confiance du public : la transparence dans la mise au point des vaccins

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Les vaccins vedettes contre le cancer, le VIH et les maladies chroniques comme l'asthme et le diabète se profilent à l'horizon et constituent le meilleur espoir pour améliorer la santé publique et augmenter la longévité. Les percées médicales ne suffiront toutefois pas à assurer le succès de ces vaccins.

À l'Université Dalhousie, à Halifax, l'anthropologue médicale Janice E. Graham et son équipe étudient les enjeux entourant la réglementation et les communications pour trois nouveaux vaccins afin de s'assurer d'atteindre les personnes qui en ont besoin. En examinant les décisions scientifiques, cliniques et stratégiques touchant la mise au point et la distribution du vaccin contre la grippe pandémique H1N1 et du vaccin contre le VPH, virus qui peut mener au cancer du col de l'utérus, ainsi que la distribution du vaccin contre le méningocoque du groupe A au Burkina Faso, les chercheurs de Halifax explorent différents procédés de réglementation pour en tirer des leçons qu'ils pourront appliquer à l'échelle internationale.

En bref

Qui: Janice Graham, professeure et titulaire de la chaire de recherche du Canada en bioéthique, Université Dalhousie

Question: La réglementation joue un rôle primordial dans la mise au point et le lancement de nouveaux vaccins. Cest pourquoi il est important de s'inspirer de différents régimes et pratiques de réglementation pour mieux aborder les enjeux liés aux vaccins au Canada.

Approche: Graham et deux boursiers postdoctoraux étudient la mise au point et le lancement de trois vaccins : le vaccin contre la grippe pandémique H1N1 et celui contre le VPH au Canada, ainsi que le vaccin contre le méningocoque du groupe A au Burkina Faso.

Impact: Graham et son équipe travaillent à l'élaboration de recommandations pour les responsables des politiques et les décideurs sur la mise au point et l'adoption de vaccins, et sur les façons d'aborder en toute transparence les enjeux scientifiques et publics entourant l'innocuité et l'efficacité des vaccins.

« Dans un contexte de mondialisation, l'immunologie, les maladies infectieuses et les vaccins n'ont pas de frontières, explique Mme Graham. Il est malgré tout essentiel de travailler dans un cadre national de réglementation. »

Elle ajoute que de nombreux facteurs contribuent à l'innocuité, à l'efficacité et à la qualité des nouveaux vaccins, et à la volonté du public de se faire vacciner.

« Nous devons investir beaucoup plus de temps dans le renforcement des capacités des structures de santé publique, du système de registre et de distribution des vaccins, et du système d'information. En outre, nous devons nous renseigner sur les connaissances, la compréhension et les réactions des gens à propos de notre système de soins de santé publique. »

Le travail de Mme Graham aboutira à des recommandations pour l'amélioration des secteurs public, privé et public-privé de la vaccination au Canada, dont elle étudie les réseaux et les liens.

Dans le cas de la grippe pandémique H1N1, l'équipe de Halifax a étudié la mise au point d'un nouveau vaccin et sa distribution en temps réel, au moment où la pandémie sévissait. Les chercheurs ont observé que les disparités des systèmes de prestation de soins de santé des différentes provinces ont mené à des malentendus, comme une certaine confusion quant à qui pouvait se faire vacciner dans chaque province et un accès inégal au vaccin dans le pays.

La décision du gouvernement fédéral d'allouer 300 millions de dollars aux provinces canadiennes pour qu'elles administrent le vaccin Gardasil de Merck & Cie inc. contre le VPH aux jeunes filles a mené les chercheurs à explorer les problèmes de confiance du public envers ce vaccin, la méfiance envers les sociétés pharmaceutiques et la nécessité de rendre transparent le processus d'homologation et de réglementation des vaccins au Canada.

« Nos vaccins sont très sûrs [au Canada], mais nous avons de toute évidence échoué à faire passer ce message au public, admet Mme Graham. Le public n'a pas confiance et ne croit pas nécessairement à la valeur ajoutée de l'immunisation. »

L'équipe de Mme Graham a observé que le manque de confiance a mené de nombreux parents à remettre en question la nécessité du vaccin et son innocuité, et des rumeurs se sont formées quant à la motivation réelle de l'entreprise à promouvoir Gardasil avec tant de ferveur.

Au Burkina Faso, Mme Graham étudie l'élaboration du vaccin conjugué contre le méningocoque du groupe A après le don de 70 millions de dollars de la Fondation Bill et Melinda Gates en 2001. Avant ce don, l'industrie pharmaceutique n'était pas intéressée à mettre au point un vaccin, malgré le besoin criant, puisque ni les patients ni les pays d'Afrique subsaharienne ne pouvaient payer une immunisation à coût élevé.

Lorsque la Fondation a fourni l'argent, le Serum Institute, société indienne, a élaboré un vaccin à 50 cents la dose – comparativement aux coûts de 20 $ ou 30 $ la dose qui, selon les sociétés pharmaceutiques, étaient nécessaires pour couvrir les dépenses.

« J'ai l'impression que le Serum Institute a pu le faire parce qu'il n'avait pas à rendre de comptes aux actionnaires, explique Mme Graham. Les actionnaires s'attendent à des profits trimestriels à court terme; c'est ce qui mène l'industrie pharmaceutique. »

Les recherches de Mme Graham l'ont amenée à considérer le besoin d'un débat public sur les raisons qui ont fait de la vaccinologie une science industrielle alimentée principalement par des investissements privés, plutôt que par des fonds publics. Elle rappelle que le vaccin contre la poliomyélite était une initiative publique réalisée à l'aide de fonds publics.

Étant donné l'avènement possible de vaccins de plus en plus spécialisés, conçus en fonction de l'ADN de chaque personne, pour des problèmes allant de l'asthme au cancer, le coût des vaccins continuera probablement d'augmenter, ce qui limitera leur distribution, selon Graham. Elle craint qu'à l'avenir, les vaccins soient vendus aux particuliers simplement pour enrichir les fabricants, ce qui pourrait entraîner une baisse de l'intérêt du public pour la vaccination.

« Je ne voudrais pas voir ce qui a toujours été un bien public s'éroder en raison d'un manque de confiance. »

La poursuite de la recherche de Mme Graham aboutira à une série de recommandations destinées aux autorités de réglementation et mettant l'accent sur l'importance de la transparence dans le processus décisionnel relativement aux vaccins, une meilleure communication par les autorités de santé publique, pour que les gens sachent où se trouvent les cliniques de santé publique et où ils peuvent se faire vacciner, ainsi que la nécessité d'un registre national de vaccins, pour que les patients et les professionnels de la santé puissent suivre les taux de vaccination.

Elle souligne également la responsabilité des sociétés nationales de production de vaccins de partager les fruits de leur travail, à une époque où les maladies infectieuses n'ont pas de frontières. Finalement, Mme Graham insiste sur le fait qu'il est « impossible de séparer les enjeux politiques et scientifiques quand il s'agit de vaccination ».

« Je ne voudrais pas voir ce qui a toujours été un bien public s'éroder en raison d'un manque de confiance. »
Professeure Janice Graham, Université Dalhousie

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