Profil de recherche - Fertilité? Mais je ne suis qu’un garçon!
Dr Peter Chan
On doit parfois prendre des décisions lorsqu'on est encore très jeune, des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences plus tard.
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Ces conséquences pourraient être tardives et de longue durée, même pour les garçons qui survivent à un cancer en bas âge. Des avancées dans les traitements font en sorte que de plus en plus de ces garçons survivront. Malheureusement, ces mêmes traitements rendront souvent les survivants infertiles, une situation particulièrement problématique pour les garçons.
C'est différent pour les hommes adultes. Les banques de sperme leur permettent de congeler leur sperme avant qu'ils subissent les traitements et d'y recourir lorsqu'ils seront prêts à devenir parents. Or, le sperme n'est pas produit avant la puberté. Quelles sont alors les options pour les garçons prépubères qui ont le cancer?
En bref
Qui : Dr Peter Chan, directeur de la Médecine de la reproduction masculine, et professeur agrégé, Université McGill
Question : Plus d'enfants que jamais survivent au cancer, mais sont condamnés à l'infertilité à cause des traitements mêmes qui les ont sauvés. Chez les garçons, le problème est compliqué du fait qu'ils ne commencent pas à produire de sperme avant la puberté.
Approche : Le Dr Chan étudie la possibilité de prélever des cellules souches des spermatozoïdes, de les entreposer, et de les utiliser plus tard pour restaurer la fertilité des hommes qui ont vaincu le cancer étant enfants.
Impact : La recherche du Dr Chan pourrait aider à restaurer la fertilité non seulement chez les survivants du cancer infantile, mais aussi chez les hommes adultes qui ont subi des traitements pour le cancer.
Le Dr Peter Chan veut s'assurer que ces enfants – ou, de façon plus réaliste, que ces enfants et leurs parents – ont un choix. Avec le Dr Makoto Nagano, il étudie les cellules souches des spermatozoïdes (les cellules qui sont présentes dans l'organisme à la naissance, mais qui ne deviennent des spermatozoïdes qu'au moment de la puberté) pour voir si elles ne pourraient pas être prélevées avant les traitements contre le cancer, congelées et conservées, puis être utilisées pour devenir des spermatozoïdes quand un homme décide de devenir un père.
« Nous nous penchons sur ce problème depuis longtemps », dit le Dr Chan, directeur de la Médecine de la reproduction masculine à l'Université McGill.
Des travaux antérieurs du Dr Chan avaient montré l'impact que la chimiothérapie pouvait avoir sur la fertilité. Ses travaux ont joué un rôle dans l'élaboration de lignes directrices ordonnant le stockage de sperme pour les hommes traités pour le cancer. De fait, le stockage de sperme est devenu la norme internationale. Toutefois, dit le chercheur, quand la réserve de sperme est épuisée, les hommes sont effectivement infertiles.
« Voilà pourquoi cette recherche est si prometteuse », dit‑il. « Elle va un pas plus loin que la préservation de la fertilité par le stockage de sperme pour rétablir la fertilité. De deux choses l'une : après le traitement contre le cancer, des cellules souches des spermatozoïdes peuvent être réimplantées dans les testicules, où elles parviendront à maturité et assureront une réserve permanente de sperme exactement comme chez les hommes qui n'ont pas été traités pour le cancer; ou des cellules peuvent être amenées à maturité en laboratoire et utilisées avec des techniques de reproduction assistée. » D'où l'importance de la recherche du Dr Chan non seulement pour les enfants, mais aussi pour tous les hommes traités pour le cancer.
Il s'agit d'une recherche encore très fondamentale, prévient‑il, et il reste beaucoup de travail à faire sur la biologie du sperme avant qu'une application quelconque soit possible. Il faut apprendre, par exemple, si les cellules souches des spermatozoïdes peuvent être prélevées, si elles peuvent survivre longtemps hors de l'organisme et si elles peuvent se transformer en spermatozoïdes.
La préservation de la fertilité est l’utilisation de traitements médicaux pour aider les patients atteints du cancer à avoir des enfants après avoir été traités pour leur maladie.
La restauration de la fertilité consiste à redonner la capacité d’avoir des enfants sans autre intervention médicale aux personnes qui ont été traitées pour le cancer.
Malgré une réponse positive à toutes ces questions, le Dr Chan devra encore déterminer si les cellules souches des spermatozoïdes peuvent être réintroduites là où elles ont été prélevées.
Il demeure néanmoins persuadé que son équipe peut être la première à concrétiser cette possibilité. En fait, le chercheur est si optimiste qu'il travaille avec des survivants du cancer infantile et leur famille, ainsi qu'avec les professionnels de la santé qui les ont soignés, pour savoir ce qu'ils auraient aimé comme counseling en matière de fertilité et quels genres d'interventions préservant la fertilité ils seraient prêts à accepter. En plus de mettre au point la technologie, le Dr Chan veut élaborer des lignes directrices pour faire en sorte que les fournisseurs de soins conseillent bien les jeunes garçons atteints de cancer et leurs parents par rapport à la question de la fertilité.
« Notre priorité est la technologie. Si cela ne fonctionne pas, tout le reste n'a plus d'importance », dit‑il. « Mais quand on a affaire à une question aussi délicate, il faut s'assurer que les gens accepteront la solution proposée. Sinon, ce ne sera que de la science vaudou. »
« Nombreux sont les projets où le lien avec le monde réel est absent. »
L'étude
Le Dr Peter Chan entreprend un projet à deux volets où science fondamentale et optimisation de la prestation des services se marient. Dans le volet de la science fondamentale, il étudie la biologie des cellules spermatogoniales, ou cellules souches des spermatozoïdes, pour savoir comment elles peuvent être prélevées, stockées et amenées à devenir des spermatozoïdes, et si elles peuvent être réimplantées là où elles ont été prélevées. Dans le volet de la prestation des services, il travaille avec des professionnels des soins de santé et des survivants du cancer infantile ainsi que leurs parents pour déterminer ce qu'ils aimeraient recevoir comme information pour faciliter leurs décisions, et si le prélèvement de cellules souches des spermatozoïdes serait acceptable. Étant donné ces deux aspects plutôt différents de la recherche, le Dr Chan a réuni une équipe d'experts – des chercheurs, des cliniciens, des psychologues, des pédiatres et des spécialistes du cancer – qui sont renommés dans le monde dans leurs sphères respectives. Le défi, dit‑il, sera de les amener à se parler.
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