Impacts de l'Institut du cancer des IRSC 2001-2009

[ Table des matières ]

Introduction

À propos des IRSC

L'Institut du cancer est l'un des 13 instituts virtuels qui composent les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), mis sur pied en 2001. Chacun des instituts est doté d'un directeur scientifique, de personnel de soutien et d'un conseil consultatif, formé de chercheurs de premier plan, de partenaires et d'utilisateurs de la recherche.

Lorsqu'un chercheur présente une demande dans le cadre d'un des programmes des IRSC, il choisit lui même l'institut qui semble correspondre le mieux à chaque demande de subvention ou de bourse, ce qui crée un bassin de chercheurs associés à chaque institut. De plus, chacun des instituts dispose de son propre budget, qui sert à gérer les priorités de recherche stratégiques déterminées par son directeur et son conseil consultatif. Ce budget est passé d'environ 500 000 $ par année par institut à un montant annuel de 8,4 millions de dollars.

À propos de l'Institut du cancer

L'Institut du cancer se consacre à appuyer la recherche visant à réduire l'incidence du cancer sur les personnes et les familles par des stratégies de prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement, les systèmes de soutien psychosocial et les soins palliatifs.

Lorsque l'Institut a élaboré sont premier plan stratégique en 20021, il comptait six orientations stratégiques. Puisque l'Institut a utilisé des approches similaires pour atteindre plusieurs de ces objectifs, nous avons évalué l'Institut en tenant compte de quatre catégories fusionnées, comme l'indique le tableau ci dessous :

Orientation stratégique Consulter la section :
Jouer un rôle de chef de file dans l'établissement du programme canadien de recherche stratégique sur le cancer. D. Formation d'une communauté nationale de la recherche
Jouer un rôle de premier plan dans la coordination du financement de la recherche sur le cancer (par les organismes canadiens nationaux, provinciaux et régionaux).
Appuyer et élaborer des initiatives, des programmes et des projets de recherche sur le cancer qui correspondent à ce programme. E. Exécution des initiatives et des activités de l'IC
Promouvoir et soutenir le renforcement des capacités dans le domaine de la recherche sur le cancer
Rechercher des possibilités de collaboration/partenariat avec d'autres organisations et intervenants du domaine F. Établissement de partenariats
Stimuler la recherche nécessaire pour faciliter la dissémination, le transfert et l'application des connaissances issues des résultats de la recherche dans les politiques, les interventions, les services et les produits G. Application des connaissances à l'amélioration de la santé

En même temps que son plan de 2002, l'Institut a aussi établi huit priorités de recherche, qui sont décrites brièvement à la section « Exécution des initiatives et activités de l'IC », et en détail à l'annexe A, que le lecteur peut consulter en cliquant sur les hyperliens ci dessous.

  1. Soins palliatifs et soins de fin de vie
  2. Profil moléculaire des tumeurs
  3. Essais cliniques
  4. Détection précoce du cancer
  5. Comportements à risque et prévention
  6. Imagerie moléculaire et fonctionnelle
  7. Accès à des soins de qualité pour les personnes atteintes du cancer
  8. Formation en recherche

À propos de l'évaluation de l'impact

L'Institut est maintenant arrivé au terme de son premier plan stratégique et souhaite évaluer les succès, les défis et les leçons apprises qui ont ponctué la création et le lancement de cette nouvelle approche pour soutenir la recherche sur le cancer au Canada. Il souhaite évaluer son rendement général dans le milieu de la recherche sur le cancer, de même que sa contribution à l'accomplissement du mandat des IRSC.

L'Institut travaille en ce moment à l'élaboration de son deuxième plan stratégique, dont le lancement est prévu en 2010. Afin d'orienter la mise en oeuvre de son nouveau plan stratégique, l'Institut cherche à déterminer comment il peut, de la manière la plus efficace possible, intégrer à sa planification ses pratiques exemplaires, ses forces et ses approches les plus efficaces, et relever les défis restants.

Les auteurs de ce rapport ont déjà accompli une tâche similaire pour l'une des initiatives de recherche stratégiques les plus importantes de l'Institut, soit l'Initiative sur les soins palliatifs et les soins de fin de vie2. Plutôt que de répéter cette analyse ici, nous nous pencherons surtout sur les orientations stratégiques de l'Institut et ses autres priorités.

Le rapport a pour but d'évaluer :

  1. le rôle de l'Institut dans le milieu de la recherche sur le cancer, au Canada et à l'étranger, ainsi que sa contribution à ces milieux;
  2. la mesure dans laquelle les objectifs des priorités de recherche de l'Institut ont été atteints ou sont en cours de réalisation;
  3. l'évolution du milieu canadien de la recherche sur le cancer depuis 2000, et la mesure dans laquelle elle peut être attribuée directement ou indirectement à l'Institut;
  4. les points forts de l'Institut et les défis qu'il reste à relever, qui devraient constituer le fondement du nouveau plan stratégique.

Processus d'évaluation

L'évaluation combine des approches quantitatives et qualitatives et repose sur plusieurs sources de données pour comparer certaines données probantes et faire ressortir celles qui ont généré un impact. L'analyse comprend entre autres une analyse contextuelle des documents des IRSC, des partenaires et des intervenants; l'analyse de bases de données, dont celles des IRSC et d'autres bailleurs de fonds, de même que des sources privées et publiques de données bibliométriques3; et des entrevues avec environ 40 répondants clés, dont des chercheurs dans le domaine du cancer, des chefs de file des activités de l'Institut, des représentants d'autres bailleurs de fonds de la recherche sur le cancer au Canada et d'autres intervenants du domaine de la recherche sur le cancer. Les citations anonymes des répondants sont indiquées entre guillemets dans le texte; les plus pertinentes seront présentées dans des encadrés.

Notre objectif principal est de mesurer les impacts de l'Institut : de quelle manière la recherche sur le cancer au Canada a t elle changé à la suite de la création de l'Institut, et quelles sont les conséquences de ces changements? Ainsi, nous avons choisi de ne pas évaluer toute la recherche sur le cancer et tous les chercheurs du domaine, mais de nous attarder aux aspects qui ont été influencés jusqu'à maintenant par les activités de l'Institut. Nous commencerons par un aperçu de l'environnement dans lequel l'Institut évolue.

Le financement de la recherche sur le cancer au Canada : d'hier à aujourd'hui

2000 : Deux bailleurs de fonds principaux

Chacun des 13 instituts des IRSC a été créé avec ses propres possibilités et défis. Bien que certains d'entre eux aient eu à composer avec des milieux de recherche petits ou fragmentés, l'Institut du cancer a été confronté au problème inverse : en effet, il s'agissait d'un milieu de recherche vaste, bien développé, bien financé et arrivé à maturité, qui pouvait compter sur le soutien financier de nombreuses organisations provinciales et caritatives.

La plus importante de ces organisations, l'Institut national du cancer du Canada (INCC)4, a proposé, au cours des premières étapes de planification des IRSC, qu'un institut conjoint dépendant de l'INCC soit créé, plutôt que d'établir un nouvel institut du cancer chapeauté par les IRSC, qui pourrait devenir un doublon des structures existantes. Avec un investissement en recherche de 42 millions de dollars pour l'année 1999-20005, l'INCC avait une influence comparable à celle du Conseil de recherches médicales (CRM), qui a investi 38 millions de dollars dans ce domaine au cours du même exercice financier.

D'autres organisations occupaient une place importante dans le domaine, notamment des organisations caritatives régionales et d'autres qui se consacrent à un type de cancer en particulier, comme la Fondation Terry Fox et la Fondation canadienne de recherche sur le cancer du sein. De plus, contrairement à d'autres domaines des soins de santé, bon nombre de provinces finançaient déjà des organismes de traitement du cancer qui menaient des recherches intramuros. Ainsi, au moment de son lancement, l'Institut du cancer disposait d'un budget stratégique annuel d'environ 500 000 $6, alors que le montant total du financement pour la recherche sur le cancer au Canada était de 100 à 150 millions de dollars par année.

2009 : Déplacement du centre de gravité

Le financement de la recherche examinée par les pairs

L'Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer (ACRC) s'est attelée à la tâche considérable de recenser tous les fonds octroyés à la recherche examinée par les pairs dans le domaine du cancer. Dans son dernier rapport7, l'ACRC a rapporté qu'en 2007, le montant consacré aux subventions ayant fait l'objet d'un examen par les pairs avait dépassé les 400 millions de dollars par année (fig. 1); ce montant a donc triplé, voire quadruplé, en sept ans. Bien que les IRSC constituent le bailleur de fonds le plus important, ils ne sont responsables que de 30 % de ce total. La situation est très différente dans la plupart des autres domaines de la recherche en santé, où les IRSC fournissent la majeure partie du financement d'origine canadienne. Pourtant, les investissements des IRSC (fig. 2) sont maintenant beaucoup plus importants que les 50 millions investis en 2008 par l'Institut de recherche de la Société canadienne du cancer (qui a succédé à l'INCC), bien que l'Institut du cancer n'en contrôle qu'environ 8 millions (ce qui constitue pour ses partenaires une question litigieuse, dont il sera question plus loin).

Le sondage de l'ACRC a répertorié 38 organismes de financement. Les huit plus importants génèrent 82 % du financement total (pour une moyenne de 40 millions par année par organisme, soit l'équivalent des dépenses respectives du CRM et de l'INCC en 1999-2000), alors que la contribution des 16 plus petits bailleurs de fonds ne s'élève qu'à 1 %. De nombreux répondants ont fait remarquer que depuis 2000, on ne retrouve pas qu'un nombre plus élevé de bailleurs de fonds, mais un nombre plus élevé de gros bailleurs de fonds : au lieu de se limiter à deux bailleurs de fonds principaux et une série de petits bailleurs de fonds, on retrouve maintenant un nombre beaucoup plus élevé de partenaires aux moyens comparables dans le milieu du financement.

Fig. 1. Sources du financement de la recherche sur le cancer au Canada, 2007. Données provenant du rapport de l'ACRC (réf. 1)

Fig. 1. Sources du financement de la recherche sur le cancer au Canada, 2007.

Autres sources de financement pour la recherche sur le cancer

Investissement direct des provinces

La compilation remarquable de l'ACRC des activités liées aux subventions de recherche sur le cancer au Canada7 constitue une base essentielle pour commencer à élaborer un programme national de recherche coordonné. Toutefois, le milieu de la recherche sur le cancer est excessivement complexe, et l'ACRC reconnaît que ses données ne sont pas complètes. Entre autres, elles ne tiennent pas compte du type de financement, beaucoup plus difficile à caractériser, qui est accordé directement à un établissement donné plutôt que de le rendre accessible à grande échelle grâce à un mécanisme d'examen par les pairs. Les deux sources majeures de financement direct de la recherche, qui maintiennent un rythme de croissance effréné, sont les organismes de bienfaisance dans le domaine de la santé et les organismes provinciaux. De tels investissements ne peuvent pas être comparés directement ni ajoutés au total de 400 millions de dollars en subventions calculé par l'ACRC, car ils servent souvent à financer les infrastructures de recherche et d'autres types de soutien qui ne sont généralement pas couverts par les subventions. De plus, un même bailleur de fonds peut accorder une partie de son financement par le biais de mécanismes d'examen par les pairs, et une autre partie sous forme d'investissement direct dans certains établissements, ce qui cause un certain chevauchement dans les calculs.

La nouvelle organisation majeure la plus souvent mentionnée est l'Institut ontarien de recherche sur le cancer (IORC). Avec un budget annuel de 80 millions de dollars, cet organisme a réussi à changer la nature de la recherche au Canada. D'autres provinces ont aussi commencé à investir massivement dans la recherche sur le cancer. La Colombie Britannique entreprend des recherches par le biais de la BC Cancer Agency, grâce à des fonds recueillis par la BC Cancer Foundation. Quant à l'Alberta, elle finance la recherche à la fois par des subventions et de manière directe dans le milieu universitaire et dans des établissements de recherche intramuros grâce aux fonds du nouvel Alberta Cancer Research Institute et de Cancer Legacy, en plus de ceux recueillis par les collectes de fonds de l'Alberta Cancer Foundation. Collectivement, les provinces et le gouvernement fédéral se sont associés au Partenariat canadien contre le cancer (PCCC), dont la stratégie de lutte contre le cancer comprend un nouvel investissement en recherche d'environ 50 millions de dollars pour les cinq années que durera la stratégie.

Les provinces, qui cumulent les rôles de fournisseurs de soins de santé et de bailleurs de fonds, ont des priorités différentes de celles des organisations qui investissent surtout dans la recherche universitaire, comme les IRSC et l'ancien INCC, et ont provoqué un changement d'orientation rapide des priorités de recherche vers les activités d'application des connaissances et d'amélioration des soins de santé. Il est maintenant plus probable que les projets de recherche financés se déroulent dans un hôpital ou dans un établissement de soins de santé communautaire que dans le monde universitaire, ce qui brouille la limite entre l'investissement en recherche et l'investissement en milieu clinique : l'infrastructure des soins de santé facilite la recherche, pendant que les activités de recherche mènent à l'amélioration des soins. Par exemple, la BC Cancer Foundation a accordé à la BC Cancer Agency près de 20 millions de dollars en 2005-2006 pour de la « recherche fondamentale », et 13 millions de plus pour des améliorations en recherche et dans le domaine clinique7. Le financement provincial est aussi beaucoup plus ciblé, souvent très spécifique et de plus en plus dépendant d'un contrat plutôt que d'une subvention, comme c'est déjà le cas pour le PCCC. En outre, les provinces et le PCCC ont investi massivement dans les types de financement que les organismes subventionnaires canadiens ont traditionnellement du mal à assurer, comme les projets à grande échelle et les plateformes majeures, qui nécessitent un engagement à long terme.

Investissements caritatifs directs

Le domaine caritatif a connu « une explosion du nombre de groupes qui organisent des collectes de fonds et défendent une cause - c'en devient parfois étourdissant! » De nombreuses organisations caritatives investissent maintenant en bloc dans un institut de recherche donné, au lieu de distribuer leurs fonds de manière plus dispersée au moyen de subventions individuelles ayant fait l'objet d'un examen par les pairs. Par exemple, le « Week end pour vaincre le cancer du sein » a permis de recueillir 33 millions de dollars en 2009, dont la plus grande partie a été concentrée dans des établissements de recherche individuels dans l'ensemble du Canada; à Toronto, l'événement a permis de faire un don de 17 millions de dollars au Princess Margaret Hospital. Un autre événement associé, « The Ride to Conquer Cancer » (le Cyclo défi contre le cancer) a permis d'amasser 14 millions de dollars à Toronto en une seule journée. L'événement « La Course à la vie CIBC » a permis à la Fondation canadienne du cancer du sein de recueillir 26,5 millions de dollars en 2009, qui ont été utilisés à la fois pour du financement approuvé après un examen par les pairs, par l'entremise de l'Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer du sein, et pour des investissements directs.

Les fonds recueillis au moyen de dons publics à des organisations caritatives et à des fondations ont tendance à être assez ciblés et à se cantonner dans des domaines qui bénéficient déjà de l'attention du public. Par conséquent, ce type de financement peut s'accumuler de façon disproportionnée dans certains secteurs; par exemple, la collecte de fonds pour le cancer du sein est devenue une entreprise nationale majeure. Les données de l'ACRC montrent que le financement de la recherche sur ce type de cancer, de même que sur les cancers touchant les enfants, est plus élevé, proportionnellement à l'incidence sur la santé, que les cancers « sous la ceinture », comme les cancers de la prostate ou de la vessie, ou les cancers colorectaux.

Investissements des IRSC dans la recherche sur le cancer

Les investissements des IRSC peuvent être évalués par diverses méthodes (fig. 2)8, qui montrent toutes une hausse marquée depuis 2000, laquelle correspond cependant à la croissance du budget général des IRSC : en effet, le pourcentage des dépenses en recherche consacrées au domaine du cancer est quant à lui demeuré constant. C'est à la recherche biomédicale que revient la part du lion des investissements des IRSC en recherche sur le cancer (fig. 3), bien que les investissements dans les autres thèmes de recherche en santé connaissent une croissance plus rapide que le biomédical.

La répartition thématique par l'Institut des fonds destinés à la recherche stratégique est très différente du profil global des IRSC, et a toujours été mieux équilibrée entre les quatre thèmes. Comme nous le verrons plus loin, une telle différence est issue du choix de l'Institut d'investir dans l'appui aux secteurs sous financés et sous étudiés de la recherche sur le cancer.

La répartition des investissements des IRSC et d'autres bailleurs de fonds par mécanisme de financement (subventions, bourses salariales et bourses de formation, etc.), pour différents objectifs de recherche (étiologie, prévention, traitement, etc.) et pour différents types de cancers (pour la totalité du financement fédéral, dont les IRSC représentent 55 %) est décrite en détail dans le rapport de l'ACRC.

Fig. 2. Investissements des IRSC et de l'IC dans la recherche sur le cancer (consulter la réf. 8 pour l'explication de la légende)

Fig. 2. Investissements des IRSC et de l'IC dans la recherche sur le cancer.

Fig. 3. Investissements des IRSC dans la recherche sur le cancer pour les quatre thèmes de recherche en santé des IRSC. Les données de l'IC pour 2008-2009 comprennent les contributions d'autres instituts des IRSC aux initiatives de financement de l'IC.

Fig. 3. Investissements des IRSC dans la recherche sur le cancer pour les quatre thèmes de recherche en santé des IRSC.

Budget de recherche de l'Institut

Bien que personne ne puisse indiquer avec certitude le montant annuel exact de la contribution financière canadienne à la recherche sur le cancer ne provenant pas de l'industrie, il est certain qu'elle dépasse de beaucoup les 400 millions de dollars indiqués par l'ACRC pour l'année 2005-2006, peut être même par 100 à 200 millions, et qu'elle continue à augmenter. Il n'est donc pas surprenant qu'une majorité écrasante des répondants affirment que la transformation du milieu du financement est le changement le plus important des 10 dernières années en ce qui concerne le milieu de la recherche au Canada.

Par contre lorsque vient le temps de définir la place de l'IC au sein de cet environnement, les gens de l'Institut et les intervenants externes ne s'entendent pas : là où les premiers considèrent l'IC comme le premier bailleur de fonds canadien en recherche sur le cancer, les seconds ne le voient que comme un participant mineur. Les principaux intervenants ne considèrent pas que le fait que les IRSC consacrent une partie plus importante de leurs fonds à la recherche sur le cancer est pertinent pour l'Institut, compte tenu du peu d'influence qu'a ce dernier sur la manière dont les fonds sont utilisés. Pour eux, l'Institut n'est qu'un organisme doté d'un budget de 10 millions - un acteur de second plan sur la scène canadienne de la recherche sur le cancer. Nombre d'intervenants considèrent que le petit budget de l'Institut limite grandement son efficacité : « Le potentiel d'impact ne peut pas être considéré indépendamment du petit budget. »

Un certain nombre de répondants ont mentionné en particulier l'incapacité des IRSC à procéder à l'expansion des rôles et des budgets des instituts, comme l'avait recommandé le Comité d'examen international durant l'examen des IRSC au cours de leur cinquième année d'existence9 : « Si l'Institut avait un meilleur contrôle des 120 millions de dollars [investis dans la recherche sur le cancer par les IRSC], on remarquerait une grande différence, même si l'argent continuait à être investi dans des projets entrepris à l'initiative des chercheurs. Je me demande quelle devrait être l'importance des instituts au sein des IRSC. » Au cours des premières années d'existence des IRSC, il était raisonnable de centraliser la plus grande partie du budget de subventions des IRSC, car la viabilité de leur structure n'était pas encore démontrée. Après 10 années d'existence, et considérant l'approbation qu'ont reçu les instituts de l'examen international, de même que les nombreux exemples d'activités innovatrices et réalisées avec succès par les instituts au cours des cinq années suivantes, on pourrait s'attendre à ce que les instituts soient collectivement responsables de bien plus qu'un maigre 15 % du budget des IRSC. Toutefois, concrètement, les instituts ne semblent pas être devenus le coeur de la structure organisationnelle des IRSC, et ce problème n'a pas non plus été abordé dans leur nouveau plan stratégique.

Pour la plupart des instituts des IRSC, leur budget, bien que limité, leur permet tout de même de jouer un rôle prépondérant dans leur domaine. Toutefois, dans l'étendue du financement de la recherche sur le cancer, les quelque huit millions de dollars du budget de recherche stratégique de l'IC ne représentent qu'une goutte d'eau (fig. 1). Il s'agit d'un problème important pour l'Institut : comment peut il avoir un impact significatif avec un budget somme toute négligeable dans un domaine de recherche au financement riche et varié?

Investissements dans les infrastructures et subventions de fonctionnement

Plusieurs établissements canadiens ont fait de la lutte contre le cancer une priorité de recherche, et les chercheurs du domaine ont eu beaucoup de succès dans les concours pour obtenir du financement fédéral de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), des chaires de recherche du Canada (CRC) et de Génome Canada. Par exemple, environ 230 titulaires de chaires de recherche du Canada (sur les 700 chaires consacrées à la recherche en santé) s'intéressent à des domaines pertinents par rapport à la recherche sur le cancer, et la contribution de la FCI et de ses partenaires a permis d'investir 850 millions de dollars dans de nouvelles infrastructures utiles à la recherche sur le cancer au cours des 12 dernières années, sur un total d'environ 12 milliards pour tous les domaines de recherche, de l'archéologie à la zoologie. Le milieu de la recherche s'est énormément agrandi : le tableau 1 donne un aperçu de cette croissance, qui présente également une idée de l'augmentation de la productivité.

Tableau 1 (données de Web of Science)
Nombre d'auteurs* ayant participé à la rédaction d'une publication canadienne dans le domaine du cancer :
2000 2008
qui ont participé à 10 publications ou plus durant l'année 15 138
qui ont participé à 6 publications ou plus durant l'année 68 435
qui ont participé à au moins 1 publication durant l'année 5 824 16 187

* collaborateurs étrangers inclus

Parmi les personnes financées par les IRSC, 779 ont reçu des subventions dans le domaine de la lutte contre le cancer en 2000-2001, et 1 403 en 2008-2009.

Malgré le fait que ces nouveaux investissements ont profité de façon exceptionnelle aux activités scientifiques canadiennes, les IRSC et le milieu de la recherche s'inquiètent depuis des années du déséquilibre entre le financement des infrastructures de recherche et du personnel, et les coûts de fonctionnement10. Ce déséquilibre est perçu comme un problème particulièrement important dans le domaine de la lutte contre le cancer, où il est aggravé par des investissements massifs provenant entre autres de l'Institut ontarien de recherche sur le cancer (IORC) : « À cause de l'afflux de ressources humaines et matérielles créé par l'IORC, le problème est le nombre de personnes qui présentent des demandes de subvention aux IRSC. Malheureusement, l'augmentation du nombre de demandes n'est pas compensée par le financement des subventions de fonctionnement. »

Bien que la question ait été souvent soulevée par les répondants, nous n'avons trouvé aucun signe que les chercheurs dans le domaine du cancer sont particulièrement désavantagés lorsqu'ils soumettent une demande dans le cadre des concours ouverts de subventions (annexe B) : en effet, les taux de réussite sont en chute libre dans tous les domaines. En outre, il n'est pas clair que le volume de demandes liées au cancer a augmenté de manière disproportionnée. Toutefois, la précision de notre analyse a été compromise en partie par des données manquantes, et l'Institut pourrait souhaiter mener une analyse plus complète. De plus, les taux de réussite chez les autres bailleurs de fonds sont aussi en baisse : les taux de réussite de l'INCC étaient d'environ 37 % au début des années 2000, mais ont récemment chuté sous la barre des 20 %11.

Les nouveaux besoins en financement : soutenir la « mégascience »

L'un des changements les plus importants à survenir au cours des 10 dernières années dans le milieu canadien de la recherche est la croissance de la « mégascience », qui comprend la génomique, l'étude des cellules souches, les études de cohortes, les consortiums internationaux et les mégaprojets. Une telle évolution des approches de recherche nécessite une évolution proportionnelle des approches de financement de la recherche.

Plusieurs répondants sont d'opinion que les nouveaux venus comme l'IORC et le PCCC excellent dans la création et le soutien de telles plateformes, mais que les bailleurs de fonds plus traditionnels comme les IRSC, axés sur les subventions de fonctionnement, ne sont pas adaptés à ce type de projets. Certains répondants se sont même demandé si les IRSC allaient finir par ne jouer qu'un rôle marginal en privilégiant des approches de recherche sur le cancer qui tombent en désuétude : « L'idée du scientifique isolé, d'une ou deux personnes travaillant dans un petit laboratoire à réaliser leurs expériences – c'est une idée un peu dépassée ». Comme on pouvait s'y attendre, d'autres s'inquiètent du fait qu'une proportion trop élevée du financement et de l'attention est accordée aux mégas-projets et à la recherche stratégique, aux dépens des subventions de fonctionnement individuelles.

En plus du financement des mégaprojets eux mêmes, les bailleurs de fonds doivent tenir compte des répercussions en aval entraînées par la création de ces plateformes. Quel type de suivi de la recherche et quelle capacité d'application seront nécessaires pour « passer d'activités générant une énorme quantité de données comme la génomique à des améliorations des soins de santé réalisables »? En outre, avec la mise en commun de plateformes comme le séquençage génomique à haut débit et les études de vastes cohortes, « on assiste à une fusion de disciplines jusqu'à maintenant très éloignées », qui ont le potentiel de faire avancer à pas de géant des disciplines comme la médecine personnalisée : « La recherche sur le cancer est mieux placée pour tirer parti de la situation que d'autres domaines. Nous assistons en ce moment à une révolution à l'échelle mondiale. »

Les bailleurs de fonds doivent donc s'attarder non seulement au choix des projets qu'ils financent, mais aussi à la manière dont ils les financent. Avec la « mégascience », les organismes de financement doivent exercer une surveillance plus importante qu'un simple examen par les pairs. Les IRSC ont tenté de transposer leurs méthodes traditionnelles, comme les programmes de subventions de fonctionnement, le processus d'évaluation et la faible ingérence dans la gestion, à l'approche par investissement stratégique, ce que bon nombre de répondants considèrent comme une erreur. L'efficacité des investissements stratégiques requiert l'établissement d'un partenariat actif et continu entre le chercheur et son organisme de financement, ainsi qu'une gestion active de l'investissement. Les projets de grande envergure nécessitent la création et le maintien de consortiums de financement, dont les choix de financement dépendront autant de l'impact probable que de l'excellence scientifique, car il ne sera possible de financer qu'un petit nombre de grands projets. Bien que les instituts semblent tout désignés pour jouer un tel rôle au sein des IRSC, en réalité la grande majorité du budget des IRSC n'est pas de leur ressort.

Évolution du rendement canadien en recherche sur le cancer

Productivité du Canada en recherche sur le cancer

Étant donné que le financement de la recherche sur le cancer par le Canada a quadruplé au cours de la dernière décennie et qu'il continue à augmenter, on pourrait s'attendre à des répercussions importantes sur les résultats de la recherche, mesurés selon la quantité et, espérons le, la qualité des publications scientifiques. Le nombre de publications par des chercheurs canadiens en recherche sur le cancer a en effet connu une croissance régulière depuis les 12 dernières années, croissance qui est survenue en deux étapes distinctes12 (fig. 4). La première, qui s'étend de 1998 à 2002, est caractérisée par un taux de croissance lent, d'environ 5 % par année. À partir de 2003, le taux de croissance est devenu plus variable, mais une moyenne de 12 % par année a été maintenue. Si on tient compte du délai à prévoir entre l'obtention des fonds et la publication des résultats, l'accélération de la croissance du nombre de publications canadiennes correspond assez fidèlement à l'augmentation du financement fédéral en recherche en santé qui a débuté à la fin des années 1990, notamment avec la création des IRSC et le triplement de leur budget, ainsi que le renouvellement des infrastructures de recherche par le truchement de la Fondation canadienne pour l'innovation. En fin de compte, le quadruplement du financement a mené à environ 2,5 fois plus de publications.

Fig. 4. Publications canadiennes sur le cancer / année (colonnes) et % des publications mondiales (ligne)
Les données de 2009 étaient probablement incomplètes au moment de la consultation (mars 2010).

Fig. 4. Publications canadiennes sur le cancer / année (colonnes) et % des publications mondiales (ligne)

La hausse du financement au Canada s'inscrit dans le cadre d'une tendance mondiale à l'augmentation des investissements en recherche sur le cancer : aux États Unis, par exemple, le budget du National Cancer Institute a presque doublé au cours de la même période (passant de 2,5 à 4,8 milliards de dollars américains)13. Le Canada s'est maintenu entre la 6e et la 8e place des pays auteurs de publications sur le cancer de 1999 à 200814 (fig. 5), et la proportion des publications provenant du Canada est passée de 3 % à près de 4 % (moyenne générale canadienne pour tous les domaines de recherche) au cours de la dernière décennie. Il s'agit d'un accomplissement notoire : à cause de l'arrivée de nouveaux acteurs majeurs comme la Chine et la Corée du Sud, une bonne partie des autres chefs de file comme les États Unis, le Royaume Uni, le Japon et l'Allemagne ont vu leur part décliner au cours de la même période.

Fig. 5. Proportion des publications mondiales en recherche sur le cancer par les principaux pays

Fig. 5. Proportion des publications mondiales en recherche sur le cancer par les principaux pays.

Spécialisation en recherche sur le cancer

La figure 6 illustre la place des publications canadiennes sur le cancer par rapport à la production mondiale, le but étant de déterminer les domaines dans lesquels la contribution des chercheurs canadiens est proportionnellement plus abondante15. En les comparant au reste du monde, on remarque que les publications canadiennes sont particulièrement spécialisées dans les aspects non biomédicaux de la recherche sur le cancer, par exemple : les sciences sociales, les services et les politiques de santé; la santé publique, l'hygiène du milieu et la santé au travail; ainsi que la psychologie. La pédiatrie et l'hématologie dans le contexte de la recherche sur le cancer font aussi partie des forces du Canada. Cependant, le Canada est moins spécialisé dans le domaine de la chirurgie et de ses sous spécialités (sauf en urologie, possiblement à cause de financement spécial pour la recherche sur le cancer de la prostate); dans certaines des disciplines et des approches qui influencent directement la commercialisation (biotechnologie, chimie, toxicologie, pharmacologie, méthodes de recherche en biochimie) et en sciences physiques (chimie, physique, sciences des matériaux et génie). Dans les domaines les plus vastes de la recherche sur le cancer (comme l'oncologie, la biologie cellulaire, la biochimie et la médecine générale et interne), le rendement canadien en recherche est proportionnel au rendement mondial.

Fig. 6. Indice de spécialisation, recherche sur le cancer au Canada, 2008

Fig. 6. Indice de spécialisation, recherche sur le cancer au Canada, 2008

Collaboration internationale

Comme c'est le cas dans plusieurs domaines de la recherche en santé, la recherche sur le cancer au Canada repose de plus en plus sur la collaboration internationale (fig. 7). Le pourcentage d'articles canadiens où figure au moins un auteur étranger16 a en moyenne doublé pour tous les pays, avec les augmentations les plus notables pour l'Espagne, la Chine et l'Allemagne. Le pourcentage total de publications canadiennes issues d'une collaboration internationale a augmenté, et leur importance est indéniable : en effet, ces publications sont citées en moyenne deux fois plus souvent que les publications qui comptent uniquement des auteurs canadiens.

Tableau 1. Collaboration internationale

Publié en 1998-2000 2006-2008
% des publications canadiennes avec un collaborateur étranger 35,3 % 42,2 %
citations par publication où tous les auteurs sont canadiens 28,4 5,8
citations par publication, avec coauteurs étrangers 57,4 12,4
À noter : Le nombre de citations pour la période 2006-2008 est plus faible à cause du fait qu'il s'est écoulé moins de temps depuis leur date de publication; cela n'est aucunement un signe d'une baisse de qualité entre les anciennes publications et les plus récentes.

Fig. 7. Pays avec lesquels les Canadiens collaborent : % des publications canadiennes dans la recherche sur le cancer dont au moins un coauteur provient des autres pays principaux

Fig. 7. Pays avec lesquels les Canadiens collaborent : % des publications canadiennes dans la recherche sur le cancer dont au moins un coauteur provient des autres pays principaux

Même si le nombre de collaborations internationales avec les pays nommés à la figure 7 a augmenté considérablement dans tous les cas de 2001 à 2008, les auteurs canadiens en oncologie17 sont généralement les plus portés à collaborer avec d'autres pays (fig. 8), à l'exception de la Chine, où une phase extraordinairement riche mais passagère de collaboration internationale s'était déroulée un peu plus tôt, au moment où le secteur de la recherche y évoluait rapidement. Les chercheurs américains sont ceux qui ont le moins tendance à participer à des collaborations internationales18.

Qualité de la recherche au Canada

Les publications canadiennes dans le domaine de la recherche sur le cancer attirent particulièrement l'attention, ce qui laisse supposer qu'elles sont de grande qualité ou qu'elles ont une importance particulière. Ainsi, comme la part des publications mondiales en recherche sur le cancer issues de chercheurs canadiens est passée de 3 % à 4 %, on pourrait s'attendre à retrouver trois ou quatre articles canadiens parmi les 100 articles les plus cités dans le monde. Bien au contraire, parmi ces 100 articles, 14 provenaient du Canada dans la période de 1998 à 2000, et 13 de 2006 à 200819.

De même, bien que le Canada se maintienne entre la 6e et la 8e place des pays les plus prolifiques, il est constamment 3e ou 4e pour ce qui est de la fréquence de citation20 (fig. 9), ce qui démontre que les publications canadiennes ont un impact élevé et que la forte croissance du nombre de publications n'a pas nui à leur qualité.

Fig. 8. Taux de collaboration dans la recherche en oncologie par pays : % des publications comportant au moins un auteur étranger.

Fig. 8. Taux de collaboration dans la recherche en oncologie par pays : % des publications comportant au moins un auteur étranger.

Fig. 9. Classement des principaux pays dans le domaine de la recherche sur le cancer selon le nombre moyen de citations de leurs publications dans les années indiquées

Fig. 9. Classement des principaux pays dans le domaine de la recherche sur le cancer selon le nombre moyen de citations de leurs publications dans les années indiquées