Une ancienne technique médicale pour lutter contre un nouveau mal

Considérée par le magazine TIME comme la percée médicale de l'année en 2008, l'ancienne tradition de la circoncision masculine revient en force comme moyen de prévenir la transmission du VIH en Afrique.

[ Communiqué 2009-30 ]

Coup d'oeil

Qui – Le Dr Stephen Moses est professeur de microbiologie médicale à l'Université du Manitoba et travaille actuellement à des programmes de prévention du VIH en Inde.

Question – Le VIH se répand rapidement dans toute l'Afrique, et il existe très peu de moyens efficaces d'en freiner la propagation.

Solution – Le Dr Moses a constaté que la circoncision masculine réduisait de plus de 50 % le risque de transmission du VIH.

Impact – L'Organisation mondiale de la Santé et les Nations Unies ont toutes les deux reconnu la circoncision masculine comme un moyen efficace de réduire la propagation du VIH, et des services médicaux sont déployés dans toute l'Afrique pour offrir cette intervention.

L'Afrique a un des plus hauts taux de VIH et de sida au monde. Face à cette situation, de nombreux efforts ont été entrepris pour enrayer la transmission du VIH en Afrique. Aucun n'a été aussi fructueux que la recherche sur la circoncision masculine réalisée par le Dr Stephen Moses, professeur de microbiologie médicale à l'Université du Manitoba, et ses collègues.

À la fin des années 1980, Moses a commencé à travailler avec le groupe de recherche de l'Université du Manitoba et de l'Université de Nairobi à des cliniques médicales kenyanes, où il avait été constaté que les taux d'infection par le VIH étaient moins élevés chez les hommes circoncis que chez les hommes non circoncis. Le groupe a procédé à des études plus vastes et a publié des résultats selon lesquels les taux d'infection par le VIH étaient significativement plus bas chez les hommes circoncis.

Toutefois, en dépit d'études similaires dans différents pays, qui corroboraient la recherche de Moses, les sceptiques dans les milieux de la médecine et de la santé publique étaient encore nombreux.

« Cela a été très difficile de convaincre les gens qu'il existait réellement une relation entre la circoncision masculine et une réduction du risque de VIH », dit Moses. « La plupart des études étaient observationnelles plutôt qu'expérimentales, et nombre de personnes croyaient que les preuves ne seraient pas véritablement convaincantes tant que les conclusions n'auraient pas été confirmées dans des essais contrôlés randomisés. »

Donc, en 2002, après quelques années de préparation, Moses et son groupe ont entrepris un essai contrôlé randomisé dans l'Ouest du Kenya. Ils ont suivi un vaste groupe de jeunes hommes pendant plusieurs années, et ils ont constaté que ceux qui étaient circoncis couraient 60 % moins de risque de contracter le VIH que ceux qui ne l'étaient pas. En fait, les résultats étaient si convaincants que le comité qui supervisait l'étude a conclu que celle‑ci devait être interrompue et que la circoncision devait être offerte au groupe témoin.

D'autres groupes dans d'autres régions de l'Afrique ont mené des études semblables et ont constaté une réduction du risque de même ordre. C'est ce qui a amené l'Organisation mondiale de la Santé et le Programme des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) à reconnaître la circoncision masculine comme méthode permettant de réduire la propagation du VIH.

« La plupart des pays attendent de l'OMS et de l'ONUSIDA qu'elles établissent des lignes directrices et une politique à cet égard », dit Moses. « Le fait qu'elles aient sanctionné ces résultats et aient recommandé la circoncision masculine quand le contexte le justifie, notamment là où les taux de VIH sont particulièrement élevés et où la circoncision est une pratique peu répandue, est très important pour la prévention du VIH. »

Nombre de pays en Afrique centrale et orientale, où la circoncision masculine n'est pas normalement pratiquée, ont déjà commencé à offrir le service, et les premiers résultats indiquent qu'il est très en demande. Il faut donc s'attendre à ce que la transmission du VIH ralentisse dans ces pays.

« Cela a été très excitant », dit Moses. « Peu de méthodes de prévention du VIH se sont révélées aussi efficaces. Au cours des quelques dernières années, un certain nombre de promesses se sont plutôt transformées en déceptions, d'où le grand plaisir d'être associé à une recherche sur une méthode de prévention du VIH qui s'est montrée extrêmement efficace, pas seulement pour nous, mais pour d'autres intervenants aussi. »