Qui - Le Dr Nizar Mahomed est chef de la chirurgie orthopédique au Toronto Western Hospital University Health Network.
Question - Les remplacements du genou ou de la hanche exigent actuellement une longue hospitalisation ou un séjour prolongé dans un autre établissement de soins pour la réadaptation du patient. L'augmentation continue du nombre de remplacements de la hanche entraînera une pénurie de lits, et les temps d'attente seront de plus en plus longs.
Solution - On a donné leur congé à des milliers de patients pour qu'ils poursuivent leur réadaptation dans d'autres milieux de soins ou chez eux, plutôt que dans des lits de soins actifs ou à l'hôpital.
Impact - Les résultats pour ce qui est de la santé des patients ont en fait été meilleurs. Les patients sont restés moins longtemps à l'hôpital, les hôpitaux ont pu faire plus d'opérations, et les contribuables ont épargné des millions de dollars.
Les places dans les hôpitaux sont rares en Ontario, ce qui cause de longues attentes pour les chirurgies non urgentes comme les remplacements d'articulations. En 2005, 23 organisations de soins de santé dans la région du Grand Toronto se sont unies pour former le Total Joint Network. Leur but : réduire les temps d'attente, raccourcir la période de rétablissement pour les patients, et faire économiser les contribuables.
Sous la conduite du Dr Nizar Mahomed, chef de la chirurgie orthopédique du Toronto Western Hospital University Health Network, le groupe a commencé à répartir les patients entre deux programmes de rétablissement. Un groupe passait cinq jours dans un hôpital de soins actifs, puis rentrait à la maison et recevait la visite régulière d'un spécialiste en réadaptation. L'autre groupe recevait des soins actifs pendant trois jours, et restait hospitalisé pendant sept jours de plus pour recevoir des soins de réadaptation.
L'essai a révélé que le nouveau modèle était clairement avantageux. Il a permis de réduire le nombre de jours de réadaptation à l'hôpital d'environ 40 % et la durée du séjour aux soins actifs d'environ 30 %. En plus, le rétablissement et la satisfaction des patients restaient aussi élevés qu'avant, et la région du Grand Toronto économisait 10 millions de dollars par année au titre des soins de santé.
« Nous avons fait le nécessaire pour que la sécurité et les résultats cliniques pour les patients soient maintenus, la satisfaction a été élevée, et le système a réalisé des économies », dit Mahomed. « Cela a été un bel exemple de la manière dont un important nombre d'organisations peuvent travailler ensemble, en collaboration, pour apporter des améliorations fondées sur des preuves dans la prestation des soins de santé. »
Non content de seulement révolutionner la chirurgie de remplacement du genou et de la hanche, le groupe s'est ensuite intéressé aux victimes de fractures de la hanche, pour qui les services de soins aux patients, au dire de Mahomed, « sont marginalisés et laissent à désirer ».
Le succès du premier projet a attiré un plus grand nombre d'organisations de soins de santé pour la deuxième expérience, soit 35 hôpitaux de soins actifs en tout. Les objectifs étaient ambitieux : opérer le patient dans les deux jours, les faire passer en réadaptation à l'hôpital après cinq jours, et limiter à 35 jours le séjour total en réadaptation. Précédemment, l'attente moyenne avant d'aller en réadaptation était de 10 à 12 jours, et la durée de séjour moyenne en réadaptation, de 42 jours.
En fin de compte, le plan de Mahomed a fonctionné mieux que prévu. Parce que les patients n'avaient pas à passer des jours à l'hôpital avant d'être opérés, ils avaient plus de forces et étaient en meilleure condition au moment de leur opération. Par conséquent, le groupe a réussi à ramener le séjour total en réadaptation à 28 jours. Cette période de traitement plus brève et, au bout du compte, plus efficace, a eu pour résultat que 20 % plus de patients ont retrouvé l'état de santé qu'ils avaient avant d'être blessés. Leur retour à la santé permet à la province d'épargner environ 17 millions de dollars par année en aidant les personnes qui ont subi une fracture de la hanche à éviter d'être placées dans des centres de soins de longue durée.
« Les résultats ont été en fait meilleurs que ce que j'avais prévu lorsque l'étude a débuté », dit Mahomed. « J'espérais qu'on améliore au moins un peu la façon dont on fournit les soins et, si possible, qu'on puisse offrir un meilleur accès aux patients, mais les résultats ont été bien meilleurs. C'est vraiment un exemple de ce qu'on peut faire pour que tout le monde gagne dans ce domaine particulier des soins de santé. »