Profil de recherche - Pourquoi l'arthrite fait-elle si mal?

Dr James Henry
Une équipe canadienne de chercheurs se penche sur l'origine génétique de l'arthrose et de la douleur qu'elle cause.
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Toute personne atteinte d'arthrite vous le dira : l'aspect le plus difficile de cette maladie est la constante douleur physique. Selon l'Enquête nationale sur la santé de la population, 80 % des personnes souffrant d'arthrite prennent des analgésiques. Malgré tout, il y a eu à ce jour très peu d'études sur la source de la douleur arthritique.

Dr Frank Beier
C'est pourquoi les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Réseau canadien de l'arthrite ont décidé de s'unir pour financer une équipe de chercheurs qui étudie le comportement des nerfs des articulations touchées par l'arthrose.
Selon le Dr James Henry, neurophysiologue à l'Université McMaster et l'un des membres à la tête de cette équipe de recherche, la douleur associée à l'arthrose pourrait être causée par un changement de rôle des neurones.
« La douleur ressentie par les patients atteints d'arthrose pourrait être neuropathique, c'est-à-dire causée en majeure partie par l'activation de nerfs qui ne sont pas habituellement des récepteurs de la douleur, explique le Dr Henry. C'est peut‑être pour cette raison qu'on ne parvient à en traiter qu'une petite partie, parce que les traitements antidouleur habituels ne sont pas très efficaces contre la douleur neuropathique. »
Coup d’oeil
Qui : Le Dr James Henry de l’Université McMaster et les Drs Frank Beier, Suzanne Bernier et David Holdsworth de l’Université Western Ontario
Problème : La douleur chronique est un problème très important pour les personnes atteintes d'arthrose, mais les chercheurs en ont encore beaucoup à apprendre sur la source de cette douleur et sur la façon de la traiter.
Solution : Ces chercheurs financés par les IRSC ont mis au point un nouveau modèle animal nous permettant de mieux comprendre le fonctionnement des nerfs dans les articulations arthritiques.
Impact : Leur recherche pourrait mener à des traitements de la douleur améliorés pour les personnes souffrant d’arthrose.
Les travaux du Dr Henry laissent supposer que des conditions chimiques inhabituelles dans les articulations entraînent l'envoi de signaux de douleur, par des neurones sensoriels qui ne détectent normalement pas la douleur, à la colonne vertébrale et au cerveau.
« Nous ne savons pas encore exactement ce qui cause ce changement, mais nous pensons qu'il est lié à l'expression de certains gènes dans les neurones, ajoute le Dr Henry. Nous saurons bientôt de quels gènes il s'agit. »
Pour déterminer quels sont ces gènes, le Dr Henry et son équipe ont recours à un modèle animal spécial, un rat souffrant en bonne partie des mêmes symptômes que les personnes atteintes d'arthrose. Ce modèle a été élaboré par le groupe de recherche du Dr Henry et est maintenant l'outil principal d'une équipe de chercheurs multidisciplinaire financée par les IRSC, composée initialement du Dr Henry, du Dr Frank Beier, du Dr David Holdsworth et de feu la Dre Suzanne Bernier, de l'Université Western Ontario. Ensemble, ils se sont servis du modèle pour entamer l'étude des causes de la douleur et de l'épuisement associés à l'arthrose.
Par exemple, le Dr Beier travaille actuellement, à l'aide du modèle animal, à chercher les gènes qui participent au développement et à la dégradation du cartilage. Avec ses collègues de l'Université Western Ontario, il étudie le matériel génétique des articulations de ces rats arthritiques. Au moyen de cette étude, les chercheurs souhaitent découvrir quels gènes sont actifs et lesquels ne le sont pas, ainsi que comparer cette activité génétique à celle des articulations non arthritiques. C'est donc une lourde tâche qui les attend.
« Nous allons étudier tous les gènes du rat, soit environ 20 000 », explique le Dr Beier. Cette recherche permettra de brosser un meilleur portrait des causes génétiques de l'arthrose et de la douleur qu'elle cause. Grâce à une bourse des Alliances communautaires pour la recherche en santé des IRSC, le Dr Henry sera en mesure d'appliquer les résultats obtenus afin de mettre au point des tests diagnostiques et des traitements plus efficaces.
« Nous avons déjà repéré des gènes qui sont des cibles prometteuses pour diagnostiquer l'arthrose et en ralentir la progression, ajoute le Dr Beier. Nous travaillons actuellement à valider ces cibles chez les souris et les rats et nous aimerions ensuite étudier ces gènes chez les humains. »