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D'année en année, les virus de la grippe nous donnent du fil à retordre; ils mutent, se transforment et les scientifiques tentent constamment de prévoir comment nous serons touchés par la prochaine éclosion. Plusieurs chercheurs financés par les Instituts de recherche en santé du Canada contribuent à changer notre façon de suivre l'évolution de la grippe.
La Dre Danuta Skowronski, épidémiologiste au Centre de lutte contre les maladies de la Colombie-Britannique, a mis au point une approche d'équipe en vue d'identifier les nouvelles souches virales et d'évaluer l'efficacité des vaccins contre la grippe. Son équipe surveille les altérations génétiques subies par les virus pour vérifier si ces mutations mènent à la création de nouvelles souches pouvant échapper à la protection immunitaire. La méthode du dépistage génétique est plus rapide que la méthode traditionnelle d'identification des virus, puisqu'elle permet aux chercheurs de repérer une nouvelle souche grippale plusieurs mois plus tôt.
« Nous examinons les altérations génétiques et protéiques chez le virus grippal, et nous évaluons leur importance par rapport à l'efficacité des vaccins, déclare la Dre Skowronski. Nous cherchons à savoir en quoi les changements au niveau moléculaire - mutations de virus - influent sur la protection individuelle et sur la population. Il s'agit d'un projet unique qui englobe l'ensemble du spectre d'étude, depuis l'analyse des molécules jusqu'à la macroanalyse. »
Ce programme de surveillance a notamment aidé à améliorer la communication entre les nombreuses personnes qui participent à la lutte contre la grippe. Les médecins de première ligne recueillent, chez des patients présentant des symptômes de la grippe, des échantillons de virus et de l'information relative aux vaccins. En laboratoire, on analyse les échantillons et les épidémiologistes interprètent ensuite les résultats des tests dans le but d'établir des tendances. Avant que la Dre Skowronski et ses collègues n'instaurent leur programme, il n'existait au Canada aucun système de surveillance stratégique de ce genre permettant d'établir des liens.
« Ce partenariat entre les médecins, les laboratoires et les épidémiologistes est tout à fait essentiel puisqu'il permet de se préparer en vue d'une pandémie, explique la Dre Skowronski. Lorsque l'infrastructure du partenariat aura été établie, il nous sera plus facile de s'attaquer au problème des pandémies de grippe, mais aussi de prendre en charge d'autres maladies infectieuses. »
D'autres chercheurs, comme le Dr Gunther Eysenbach du Centre for Global eHealth Innovation du Réseau de santé universitaire de Toronto, se tournent vers la technologie d'aujourd'hui pour trouver des réponses à leurs questions.
« De nos jours, beaucoup de personnes consultent l'Internet avant d'aller chez le médecin. On devrait pouvoir établir les caractéristiques des recherches effectuées sur Internet et possiblement prévoir ce qui se passera dans les bureaux des médecins et en matière de santé publique », fait-il remarquer.
Pendant une récente saison de grippe, le Dr Eysenbach a acheté dans le moteur de recherche Google une annonce qui paraît lorsque les internautes canadiens entrent le terme « grippe » ou l'expression « symptômes de la grippe ». Sur l'annonce, qui coûte moins de 400 $ et qui est liée à un site éducatif, on peut lire « Avez-vous la grippe? ». À titre d'annonceur, le Dr Eysenbach a pu vérifier le nombre de personnes qui ont cliqué sur son annonce.
Lorsqu'il a comparé les données qu'il a recueillies aux données sur la grippe recueillies par l'Agence de la santé publique du Canada pour la même saison, le Dr Eysenbach a constaté que son système permettait non seulement de donner un bon aperçu du nombre de Canadiens atteints de la grippe cette année-là, mais aussi de relever les éclosions de grippe plus rapidement que les méthodes de surveillance habituelles.
Le suivi des recherches sur Internet ne remplacera pas de sitôt les pratiques de surveillance plus directes, mais il peut aider les représentants de la santé publique à repérer les endroits où la grippe sévit.
« N'importe quelle technologie de l'information comportant une interaction avec des utilisateurs pourrait éventuellement servir à la surveillance en santé publique » fait remarquer le Dr Eysenback.